Dans la série, je vous emmène (2)

En poursuivant ma route après Montbrun-les-Bains et un coup d’œil à la carte, je projette d’aller jusqu’au col de L’Homme mort (1211 m) qui relie la haute vallée du Toulourenc au plateau d’Albion. J’imagine qu’une légende entoure ce toponyme, comme en Hautes Cévennes le col du même nom

A Barret-de-Lioure, le paysage au loin est enneigé. Si Barret m’évoque forcément une barre montagneuse, j’ignore ce que signifie « Lioure » : plus tard, je trouve loira/loeria, loutre, en occitan.

C’est ici que la Méouge (près de 40 km de long) prend sa source pour traverser ensuite les Hautes-Alpes. Le village est perché. Il surplombe la vallée de l’Anary, et les montagnes au loin font partie de la chaîne du Géant de Provence, c’est ainsi qu’on appelle aussi le Ventoux. Au col de Macuègne (1068 m), je décide finalement de laisser sur ma droite la route du col de l’Homme mort, pourtant ouvert, pour filer vers Séderon et rejoindre Nyons par Buis-les-Baronnies.

Dans ces paysages de moyenne montagne, apaisants et lumineux sous le soleil froid, j’admire le graphisme des champs labourés et des vignes dénudées, toute la gamme des verts, des bruns et des roux. Je croise quelques fermes isolées, de grands prés, des champs de cailloux qui se confondent avec les troupeaux de moutons (pour moi qui suis décidément de plus en plus miro…), quelques vignes et vergers. Pas une voiture, pas de « gens »…

Une petite église perdue au milieu d’un champ retourné attire les regards, c’est celle de sainte Bernadette, lieu remarquable de la vallée de la Méouge…

Et dans la foulée, c’est ce mamelon qui retient mon attention. Je me demande s’il s’agit de safre… cette roche tendre, très friable, parfois grisâtre, que l’on trouve tout près de Nyons aussi. Est-ce du sable, de l’argile agglomérée ? Je n’ai pas de réponse précise sur le net et Le Robert 2019 ne m’aide pas, qui me propose seulement « verre bleu coloré à l’oxyde bleu de cobalt, imitant le saphir »… Si un géologue (même amateur) me lit, merci de m’éclairer.

Il est midi ce samedi 9 novembre (oui, je commente à rebours mes balades comme tous mes carnets…). Je termine ici pour cette fois. La route se poursuit, vous le voyez bien, et je soupire de joie en me disant que quand même, je vis dans une « bonne place » (petit clin d’œil à l’attention de José-des-Cévennes)…

Photos : Marlen Sauvage

Dans la série « Je vous emmène »

En route ce samedi lumineusement froid pour Montbrun-les-Bains, commune du Parc naturel régional des Baronnies provençales (qui ne fait donc pas l’unanimité !).

Pourquoi Montbrun ? parce qu’une carte du Parc justement le présentait comme un des plus beaux villages de France. Me voilà donc à 8 h du matin par 3° C, roulant sur une départementale qui traverse quelques jolis villages et un vignoble roux orangé, vendangé, où plus rien ne reste à grapiller (avec une pensée pour Agnès Varda – Les Glaneurs et la Glaneuse – grâce à laquelle j’ai confectionné confitures et gelées à moindre coût en Val d’Oise pendant des années).

L’herbe craque sous les pas, encore gelée, et de légers nuages de brume découvrent lentement le paysage, c’est beau à murmurer « c’est beau » (et je murmure)…

Je croise peu de monde sauf des animaux, tous plus accueillants les uns que les autres ! Des chevaux, des bœufs assez placides et quelques chèvres curieuses. Seul le bouc me fait m’écarter avec prudence quand je le vois gratter du sabot en me fixant… Je réalise qu’il est hors du pré, par-delà la clôture !

Je l’ai à peine vue, la petite jasse, noyée dans la végétation…

Et je finis par arriver vers 9h30 à Montbrun, après quelques égarements, compte tenu de ma distraction habituelle. Nous sommes au pied du Ventoux, à 600 m d’altitude, il fait 7° C. A voir : le beffroi, le château, l’église… Je commence par le petit marché du jour et quelques pommes bio, admirant en mon for intérieur les quelques forains courageux qui doivent battre le pavé depuis deux bonnes heures dans le froid.

Montbrun-les-Bains ainsi nommé en 1887, apparaît pour la première fois dans les chartes sous le nom de Montis Bruni (1274). Je retrouve ici encore la trace du fameux Baron des Adrets de mon enfance (si je peux dire !) en la personne de Charles Dupuy de Montbrun, « digne » successeur dudit baron, condamné à mort en 1575 par le Parlement du Dauphiné – cour souveraine de justice – pour toutes les exactions, pillages et cruautés qu’il a commis, en tant que chef des calvinistes. (Une famille dont il a déjà été question dans ce blog !)

Montbrun fait partie de ces villages perchés typiques en Provence. Les maisons en hauteur abritaient les étables au rez-de-chaussée, le logement sur un étage ou deux, et le grenier sous les combles. Elles datent pour la plupart du XVIe siècle, à l’époque où les guerres de religion imposaient une vie derrière les fortifications du village. La vie se développe plus tard hors des murs, dans la vallée. (merci Wikipédia)

L’église date du XIIe siècle, elle abrite un retable de Jacques Bernus (1650-1728) qui (en dehors de la décoration du chœur, du maître-autel, du tabernacle et d’une gloire en bois doré ainsi que du sanctuaire de la cathédrale Saint-Siffrein de Carpentras) a sculpté de nombreuses statues et mobilier pour les églises de la région provençale.

Le château de la famille Dupuy-Montbrun…

Textes et photos : Marlen Sauvage