Construire une ville… – Sud

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Toujours plus au sud. Vers le soleil. La canicule. Vers la mer. Transparente, turquoise, porte close, mortelle. Vers les accents chauds et la parole facile. Vers la lumière écrasante de midi. Les marabouts comme des seins dans la ville. Vers les toits plats et les fils électriques. Vers les cimetières blancs. Vers les maquis épineux, les figuiers de barbarie. Vers le ventre de la terre. Vers les églises-mosquées. Vers les basiliques-marchés. Vers les kilims et les margoums. Vers les médinas et leurs escaliers. Vers les boutiques aux devantures bleues, aux faïences mauresques. Vers les chotts, les oueds, les canyons, les oasis de montagnes. Là où les ânes tirent encore des charrettes de fruits. Vers les coins de rues ombragés où palabrent des hommes âgés. Vers les petites mosquées de brique sans prétention. Vers les trottoirs encombrés de bidons de plastique, de cageots colorés. Vers les marchands d’amandes, de pistaches, de cacahuètes, de bsissa. Vers l’enfance. 

Texte et photos : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

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Carthage, un soir

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Une vue de Carthage un soir, peu de chose…
La mosquée Ben Ali, la file des voitures vers le fond de l’image
Un taxi jaune en route pour La Marsa ou Sidi Bou Saïd
Le souvenir de nos allers retours, Amal, matin et soir
de nos fous rires et de nos discussions
de tes zigzags sur l’autoroute et de ton assurance
de jeune femme émancipée
de tes gants blancs
dans la canicule tunisoise et du sourire que te décochait
toujours ce vieux mendiant au feu invariablement rouge
quand nous arrivions à sa hauteur
Carthage, une émotion.

Licence Creative Commons

Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

Texte et photo : M. Sauvage

Sidi-Bou-Saïd, en avez-vous rêvé ?

Une après-midi de solitude et de janvier, traîné mes baskets dans le joli port de Sidi-Bou-Saïd. Arpenté la rue Habib Tameur (à moins que ce ne soit encore l’avenue Bourguiba) et pris ce cliché parce que le bleu me rappelle celui de Majorelle, qui contraste avec le bleu plus clair qui égaye ici toutes les habitations.

1RueThameur

Grimpé dans les ruelles au rythme de ma flânerie et de l’effort que réclame la petite montagne, le  djebel Manâr, à laquelle s’accroche le village. Il y a de l’attente dans cette ascension, quelque chose de l’ordre du dévoilement qui se mérite, qui ne saurait tarder, il faut grimper encore. Et jeter un œil par dessus le mur, sur la droite, à un moment…

2SidiPortAuloin

Ou même se glisser par la porte du café des Délices sur la terrasse qui surplombe ce paysage, ne pas répondre aux avances des serveurs, juste embrasser la vue, se répéter la litanie des grands noms qui se sont succédé dans la ville, se chanter Chateaubriand, Flaubert, Lamartine, Bernanos, Gide, Colette, de Beauvoir, Montherlant, et recommencer, tous ayant arpenté  « Sidi-Bou » et ressenti je ne sais quel saisissement sans doute, mais comment le contraire serait-il possible, ne rien ressentir devant un tel panorama ? Se raviser… un café alors ?

3CafeDelices

Finalement non.
Marché droit devant moi en sortant des Délices, monté les escaliers jusqu’au jardin en hauteur qui surplombe le golfe de Tunis. Foule. Foule d’appareils photo. Alors j’ai attendu assise sur un muret blanc. Observé autour de moi les enfants, les parents, les jeunes, les vieux, les solitaires, les accompagnés. Jeté un œil à gauche.

4DelicesSurplomb

Observé l’horizon rosir. Tourné le regard légèrement à droite. Senti la fraîcheur tomber.

5DelicesHorizon

Attirée entretemps à droite, plus à droite, vers cet orangé splendide résonnant du bruit des prises de vue, attendu, attendu, les muscles agacés de se mobiliser sans cesse tandis que les photographes se relayaient au même endroit et qu’il fallait encore patienter.

6SoleilSidi

Goûté le bonheur d’être seule ici en ce moment précis. Cogité. Soupiré. Respiré.

Redescendre ensuite à travers les venelles privées de leur agitation, croiser encore le ciel dans son rougeoiement quand le soleil s’apprête à disparaître jusqu’au lendemain. Se dire que la vie a de ces rebondissements et encore ressentir au creux du ventre l’éblouissant bouleversement. Se répéter l’alphabet arabe. A comme alif, A comme amour, A comme toi.

6CouchantSidi

Longer les murs ocre clair, sourire aux étudiants qui se photographient. Admirer le bel arbre coincé dans si peu d’espace.  Presser le pas.

8SidiRetour

Entendre se fermer les portes de bois, s’éteindre les voix des commerçants et leurs rires. Me dire que je serai rentrée à la nuit.

8SidiRue

Encore attirée par ce moucharabieh du même bleu Majorelle que celui observé rue Habib Tameur – à moins que ce ne soit avenue Bourguiba – et je me demande subitement si le bleu est aussi intense parce que le soir tombe, si j’ai rêvé le bleu Majorelle, si j’ai rêvé le bleu tunisien, plus clair, et je me hâte dans mes pensées bleues…

9SidiMoucharabieh

…perdue dans l’agitation des hommes qui se rendent à la mosquée…

9.1SidiMosquee

…et je pense à toi, Sophie, que j’ai laissée avec ce projet de gravure sur bois, dans des noirs et des bleus, et je pense à Alechinsky que nous aimons toutes deux, et je te dédie cette dernière photo parce qu’elle te rappellera nos tâtonnements pendant tes cours magiques où tu nous laissais croire que nous étions artistes.

9.3HommageSophie

Photos Marlen Sauvage

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