Je me souviens d’un 12 novembre…

Pour toi, ma petite Stéphanie…

Je nageais entre deux sommeils dans les eaux de l’attente, à deux heures du matin, je me souviens, je me réveillai en sursaut, avec cette sensation de froid humide, et je réalisai ce qui m’arrivait. A mes côtés, ton père, doux et tranquille. Toulouse vivait la nuit, nous l’avons traversée jusqu’à cet hôpital, Lagrave, où je restai de longues heures, branchée sur un monitoring à épier les contractions qui finiraient bien par t’obliger à quitter mon ventre. Il t’en a fallu du temps pour le faire… Dominique s’était endormi sur le matin, dans un fauteuil près du lit ; je désespérais un peu de te voir venir ; il me quitta pour aller déjeuner tandis que je supportai en silence tes appels intérieurs. Il revint à l’heure pour ta venue en ce monde, je crois qu’il déclara 18 h mais tu étais là à 17 h 20 il me semble (tu vérifieras dans le petit carnet jaune à spirales), on me félicita de ne pas avoir crié, jamais, je n’avais pas vingt ans, je n’avais rien voulu subir qui me priverait de ce partage intense de la vie, notre premier partage. Tu étais belle ma fille, tu l’es toujours, tu restes mon premier merveilleux cadeau.

Photos : collection personnelle.
MS

Naissance

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De sa gorge s’échappe un son aigu et discordant, elle ne reconnaît pas son cri, il éloigne les oiseaux. A l’intérieur d’elle-même, c’est tout un chaos bouillant. Son sang chauffe, ses vaisseaux se dilatent et charrient le liquide brûlant du cœur aux poumons, jusqu’à tous ses organes vivifiés dans l’instant, et la moindre parcelle de chair dans son corps allongé, dilaté, augmenté, profite de ce flux. Elle est un univers en expansion. Elle exulte et crie un son rauque cette fois, qui grince comme un mât que le vent malmène. Balancée, bercée, roulée, elle flotte maintenant au loin, seule sur l’océan. Elle a répondu à l’injonction surgie de l’écume et ne regrette rien. Elle a laissé l’eau la pénétrer, l’envahir, l’irriguer, l’inonder. Sa confiance dépasse toute raison. Son buste se dresse hors de la vague, telle une proue sans navire. Elle inspire. Goûte les vents. Au-dessus d’elle, le ciel l’étreint dans sa monotonie grise. Elle aperçoit les oiseaux. Sous elle, dans les profondeurs de l’eau, ça oscille, ça palpite, ça frémit, ça frissonne, ça tremble et ça bat. Et c’est là, sucée par les courants, qu’elle sombre dans les flots, dans le silence des abysses. Aucune peur, aucun danger. Un dernier bond la propulse hors de la houle. Dans leur vol circulaire, les oiseaux l’espèrent.

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠6

Nous poursuivons notre voyage dans l’univers  Des poissons et des femmes entamé le 4 janvier et pour une année entière : sur une image de Marc Guerra, j’écris un texte et publie le tout chaque vendredi… jour du poisson !

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Un petit Moleskine tout noir [≠9]

Le 21 mai – Samedi
En direct du 6822 Bd St-Denis…
[Dans les tourments de l’attente d’une naissance, avec beaucoup de choses drôles et d’autres émouvantes… Bien sûr il est question de contractions « anarchiques », de ce film que nous regardions ensemble Lost in translation… Je synthétise…]

Elle installée sur le gros ballon d’exercice vert
Repas de petits choux de Bruxelles dans lequel M. voit un lapsus gestuel
« Il s’en vient » clame le futur Papa
M & M boivent du BIN 444, le vin australien favori du pater
Les hommes chronomètrent en chœur
Elle prend un bain
« Trois minutes » annonce B. à 21h30
« Quand tu entres dans le dépanneur jaune, à gauche tu as le pain et à droite tu as les charcuteries. Tu prends du Guru ou du Red Ball, trois, c’est dans les 3 € chacun »
M. de retour des courses qui annonce à la future maman qu’elle va accoucher le 22 parce que les courses ont coûté 22,22 $ [les dépanneurs, c’est pratique mais c’est cher !]
1 autre appel à l’hôpital où on conseille aux parents futurs de tenir encore le coup
≠23h27 M. en a raté 2 (de contractions), tout occupé à lire « La théorie des gens seuls »
≠M. en a tricoté deux de trop (de rangs) tout occupée à guetter les longues inspirations qui signent les contractions
Entre ≠ et ≠ Elle a changé de tenue, enfilé une robe confortable, est partie s’allonger dans sa chambre.

T11E887, le n° du taxi 23h35 branle-bas de combat
M. termine son rang
S. dit « Je crève les eaux »
M. lâche son bouquin
Que fait B ? Il lui tient la main.

Le téléphone a sonné aux alentours de 3h40 (du matin !) mais nous dormions comme deux poupons, sans doute…
A 5h quand même, nous entendons la sonnerie. Coup de fil à J. pour lui annoncer la nouvelle.

On court à l’hôpital admirer la merveille !

[Emotion]

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