Une histoire d’exils

Photo : Marlen Sauvage

C’est le temps des contes… Il fait frisquet, dans ce coin de Drôme, même si la neige n’est pas arrivée jusqu’à nous, et quand il fait froid ici comme ailleurs, depuis la nuit des temps, on se réunit pour se raconter des histoires. C’est le temps des Contes et Rencontres, la 32e édition du festival (je crois que les Contes et Rencontres sont nés ici). Et figurez-vous que là, tout de suite, au moment où je vous parle, je rentre d’une soirée avec Agnès Dauban, et un musicien – dont je n’ai pas retenu le nom, mais son surnom c’est Jojo – qui chante et accompagne Agnès pendant son dernier spectacle, Exils… Et c’est juste le cadeau de la journée.

Exils, qu’est-ce que ça raconte ? Devinez ! C’est tout ce qu’on entend, ce qu’on voit, ce qu’on vit, c’est à notre porte, ceux qui ont voyagé longtemps, ceux qui fuient, ceux qui errent, qui ont tout laissé derrière eux, qui ont traversé des mers et des montagnes, qui tentent de survivre, c’est eux, c’est tous ceux qui les accompagnent, c’est nous, c’est une histoire de gens, de liens, une histoire d’humanité, c’est tout ce qui est à côté de nous, et c’est « tout ce qui est en nous aussi » me dit Agnès Dauban, à la fin du spectacle. Car comme elle ne cesse de le répéter : « L’exil, c’est la rencontre ».

Elle a écrit ce texte, elle le joue avec talent, une présence étonnante ; elle nous emmène avec ses personnages, Lisa, Inuk, Moussa et les autres, et puis sa caravane de femmes, d’hommes et de bêtes qui finissent par les suivre. Et on rit et on pleure tout le temps du chemin.

Exils était donné pour la première fois ici à Nyons, à la médiathèque, ce samedi soir, dans une salle qui accueille une exposition de Bertrand Gaudillère (photographe) et Catherine Monnet (journaliste) intitulée Juste solidaires. « Les histoires et l’engagement de ces Français solidaires, devenus acteurs d’une des plus graves crises humanitaires et politiques du début du XXIe siècle. » Un très beau témoignage de solidarité, aussi.

Je ne connaissais pas Agnès Dauban, il paraît que d’habitude, elle fait plutôt rire, d’ailleurs sur le net je n’ai trouvé que cette vidéo ou celle-ci, plus ancienne. Si elle passe dans votre région, dans votre ville, allez l’écouter, ce sera cadeau aussi pour vous.

MS

Carnet des jours (35)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Lundi 2 juillet 2018
Enfin le matelas – à mémoire de forme (s ?)… – est livré dans son carton vertical sur le pas de la porte. Il sort de ses entraves comme un ressort bondissant. Je peux recevoir les amis.

Mardi 3 juillet
Atelier à distance avec les « Dames des Cévennes ». Obligée de me replier à Aubres. Pas de connexion ici… Bon groupe encore et belle complicité.

Mercredi 4 juillet
Le cercle de Guernesey avec Brigitte. N’avais pas lu le livre, pas emballée par le style et là, bien aimé cette histoire sur fond de Deuxième Guerre mondiale. 

Jeudi 5 juillet
Pas de téléphone, plus de sonnerie en bas, Marie finit par frapper comme une dingue sur le heurtoir ! Belle soirée à  se raconter nos derniers mois, elle et le journal où l’ambiance est de plus en plus médiocre. Moi et mes allers-retours entre Tunisie et France, la valise chez l’un ou l’autre durant un semestre. Et nos projets ! En début d’après-midi livraison d’un superbe bouquet de fleurs – violet crème vert – toutes les nuances… Julie…

Vendredi 6 juillet
Départ de Marie. Au petit-déjeuner elle me raconte son trip au Maroc avec ses deux grandes ados et le plus jeune. Une super maman…

Le 9 juillet
Cartons. Rangement. J’écris dans la foulée des souvenirs que tout cela remue.
FC m’a donné les grandes lignes du projet d’écriture. Je suis impatiente de mette des mots sur les rencontres qui se profilent.

Le 10 juillet
Anniversaire de la Billie. Crevettes et bière fraîche. C’est le temps de France-Belgique. Un très beau match courtois. Je suis incapable de me concentrer sur ce qui se passe. Le plus souvent mon esprit s’évade avant de revenir au fait ! Je mets en place des personnages issus du passé, pas tout à fait les vrais, un peu de ce que le passé me restitue. Je continue d’écrire.

Le 11 juillet
Toujours l’impression que les arbres vont entrer par la fenêtre, poussés par le pontias. Bonne odeur d’huile de lin dans les escaliers, mon tour de ménage, deux copropriétaires, la vie facile. Apéro dînatoire chez B et P. Retrouvé la famille. Soirée à la fraîche. J’écris toujours pour Francois Bon, tentant de tenir un rythme d’écriture tous les deux jours…

Le 12 juillet
Brigitte à  dîner. Avant, une balade au fil de l’Eygues. Trop chaud. Encore avant, grand ménage dans l’appartement enfin quasiment rangé. J’ai pu installer mon bureau. L’imprimante fonctionne. Réuni les papiers pour les changements qui s’annoncent : listes électorales, nouvelle identité. Le Buena Vista Social club local s’est invité encore sur la placette. Une nouvelle chanson au répertoire. Un classique. Oublié lequel. Le gentil livreur qui venait pour mes voisins s’est excusé de m’avoir peut-être réveillée pendant l’heure de la sieste ! Skype avec J., fatiguée, W. en tournée, S. toujours aussi difficile à  élever. Dans les larmes elle m’explique son impatience parfois, se plaint de la difficulté d’éduquer les enfants… et voilà comment des petits loulous peuvent transformer un trésor  de patience en maman surmenée…

Le 13 juillet
Aujourd’hui vendredi, RV Pôle Emploi. Mais aucun revenu de ce côté-là, puisque pas de cotisation en tant qu’auto-entrepreneur depuis ces dernières années (la belle appellation bidon mais comment faire quand on ne trouve plus quiconque pour se faire employer ?), normal. Donc aucune chance de récupérer quelques trimestres non plus… Déclaration de cessation d’activité pour l’Urssaf. Un vendredi 13, quoi.

14 juillet
Villedieu pour un repas sous les platanes au milieu d’une foule raisonnable et un spectacle tellement raté que nous retournons à  Nyons. Ambiance rock nettement plus professionnelle.

16 juillet
Aujourd’hui j’apprends par Tunisair que pas de chats en soute… Je ne pourrai donc emmener que l’un des deux en cabine… A Valréas, Espace Niel, avec Brigitte Les Fantômes de la rue Papillon, sur la fraternité avec Eddy Moniot et Michel Jonasz. Judith Magre prête son visage et sa voix à  la sœur du vieux juif. Un parallèle entre deux époques et le constat triste que l’humanité ne change guère… Racisme, intolérance, manque d’intérêt pour l’autre et incompréhension. Le concert qui suit est tonique : deux musiciens de La Nouvelle Orléans jouent des charlestons et du jazz new Orléans, de quoi réveiller les endormis. Léonard Blair saxophoniste, et x le pianiste. Cauchemar. « Elle » est dans mon lit ; lui, je le harcèle, il me ridiculise. « Elle » a un accident, je ne sais plus lequel, on la plaint, je suis encore la  méchante ! Jusqu’où (jusqu’à quand) le passé nous obsède-t-il ?

17 juillet
Heureusement, R. arrive !

20 juillet
Après-midi au lac voisin. Et farniente familial.

21 juillet
Virée dans les pas du passé pour la énième proposition d’été de F. Bon. Retour à Montségur, tant de choses ont changé, presque tout est découverte dans ce village où l’école est transformée en médiathèque, l’ancienne mairie en un lieu culturel, je pense… remplacée par un bâtiment ocre à la sortie du village. Dans les chemins de traverse où je me gare ça sent bon la lavande, mon enfance.


L’église… tous ces souvenirs de messe encore en latin, de curé en soutane, et B. qui gardait les sous de la quête pour acheter des bonbons qu’elle mangeait derrière le bâtiment !

Juillet encore
Petite virée solitaire à Courthézon [ne suis plus sûre du nom du village], avec le massif des Dentelles de Montmirail au loin… Découverte des tableaux d’un peintre aixois avec lequel je discute pendant une bonne demi-heure. Délicieuse glace à la lavande dégustée dans les rues pavées.

Et je me dis que suis vraiment bien, ici…

Texte et images : Marlen Sauvage









Images d’un jour (8)

Nyons, Le pont roman. ©Marlen Sauvage


Grand écart de pierre
Passage
D’ici sur la grève
une tête de temps en temps
circule d’un bord à l’autre
Arche romane telle une main tendue
sur le vide qu’un corps parfois traverse
lesté de ses blessures 
jusqu’au fond de l’Eygues vive
Un pont comme une brèche 
entre ciel et terre
Un chemin vers le paradis

Texte et photo : Marlen Sauvage








L’olive en fête…

Hier matin, dans un froid hivernal, chapeautée et gantée, j’ai parcouru les rues de ma petite ville d’adoption jusqu’à la Maison de Pays, sur la promenade de la digue, où se tenait la 18e fête annuelle de l’olive piquée. Une préparation locale qui permet de goûter les premières olives noires à Noël. 

Une olive noire, la tanche, que l’on troue, que l’on pique (pour la faire « pleurer » et en extraire l’amertume) avec une machine dédiée ou même une fourchette, avant de la saler au sel fin, de la placer au frais puis de la déguster. 

Un banc d’olives non piquées, mais goûteuses à souhait, « extra », « nature », ou parfumées aux herbes de pays.

A onze heures, la foule tournait autour des bancs commerçants d’olives bien sûr, piquées ou non, de miel (de lavande, plus ou moins blanc mais toujours onctueux, celui de l’année est mordoré), de vin de producteurs locaux (délicieux, parfois onéreux, à connaître), d’amandes, de chocolat (à l’olive noire !), de navettes colorées et longues, d’escargots dans leurs « croquilles » (une pâte fine et croquante), de mandarines et d’oranges (d’Espagne !), d’huîtres (de Bretagne), de clairette de Die, de savons à la bave d’escargot et de produits cosmétiques…

Les fameux produits à la bave d’escargot !

Les  « pompes à huile », dorées, légèrement sucrées, badigeonnées d’huile d’olive, sont une spécialité que l’on retrouve sur la table de Noël parmi les treize desserts…

Avant midi, plus aucune pompe à huile !

Le clou de la fête est bien sûr l’intronisation de nouveaux chevaliers de l’olivier, par la Confrérie des chevaliers de l’olivier, en costume et en chapeau à plume avec leur grand ruban vert et la médaille… A la fin de la cérémonie, on remet au chevalier une branche d’olivier sous les applaudissements… Impression d’entrer parfois dans des tableaux anciens pour le détail d’une attitude ou d’un regard…

Plusieurs ateliers se déroulaient parmi lesquels celui de la cueillette dans l’oliveraie, où on apprend à piquer ses olives (on repart avec sa barquette), démonstration culinaire, etc. J’ai choisi l’atelier massage !!! Et suis allée écouter la recette de la poire de la Valloire pochée aux olives noires de Nyons par le chef du restaurant D’un goût à l’autre, Christophe Malet. Ci-dessous pour les gourmand.e.s.

La recette de la Poire de la Valloire pochée aux olives noires de Nyons AOP biscuit au grué de cacao et olives noires de Nyons AOP, par Christophe Malet, D’un goût à l’autre (Nyons)

Pour 6 personnes – Préparation 30 min. – Cuisson 12 à 15 min.
Ingrédients : 150 g de farine / 50 g de beurre demi-sel / 250 g de sucre / 5 g de poudre de fève de Tonka / 20 g de grué de cacao / 50 g d’olives noires de Nyons sans sel, dénoyautées / 5 g de poudre de myrte / 2 feuilles de cannelier / 6 poires type Martin sec

Préchauffer le four à 180° C (thermostat 6/7)
1/ Mettre la farine dans un saladier. Ajouter le beurre et malaxer du bout des doigts jusqu’à ce que la pâte ressemble à de grosses miettes. Ajouter 100 g de sucre, la poudre de fève de Tonka et le grué de cacao.  Etaler le crumble sur une plaque de four et le cuire environ 15 min jusqu’à ce qu’il dore.
2/ Eplucher les poires.
3/ Dans une casserole, préparer un sirop avec 1 l d’eau, 150 g de sucre, 50 g d’olives dénoyautées, les feuilles de cannelier et la myrte. Chauffer et laisser réduire le sirop de nappage.

Nota du chef : Variante : servir avec de la crème Chiboust ou une boule de glace aux olives.

Nota personnel ! Attention ce sont des olives au naturel, sans sel ! Et faites pocher les poires dans le sirop avant de laisser le tout refroidir… Tous les ingrédients s’achètent en épicerie fine ; pour les poires de la Valloire… il faudra venir dans le nord de la Drôme !

Texte et photos : Marlen Sauvage



Carnet des jours (31)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Jeudi 1er février 2018
Nous bravons la fraîcheur humide pour une promenade sur les bords de l’Aygues et rentrons avec quelques branches sèches pour la cheminée. De la joie à partager ces sorties entre sœurs, nos discussions, nos confidences… tout ce dont nous avons été privées depuis notre enfance, finalement. Notre trajet est rigoureusement le même… jusqu’aux oliviers… ce que peut le corps. 

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Dimanche 4
Sujet à propos de Gafsa ce matin sur France info, le chômage des titulaires de master et des bac +4 ou +5, une situation qui n’évolue pas depuis la révolution bien que le gouverneur local démente et affirme que les choses s’arrangent. Un homme de 40 ans titulaire d’un capes raconte qu’il sort tôt le matin de chez lui avec du pain et rentre tard le soir pour éviter la honte devant sa famille, une femme du même âge crie sa rage. Un responsable d’Ennahda a beau jeu de dénoncer le goût général des étudiants pour le statut de fonctionnaire et de vanter l’esprit d’entreprise privée qui fait le développement des pays européens…

Mardi 6
Je tente de démêler l’embrouille du contrat de vente qui doit me revenir et entraînera un nouveau délai de rétractation. Une histoire de syndic pas constitué. Retour à la case départ. Et s’il fallait que je renonce à cet appartement ? Pas envie de tout recommencer. Je me sens ballottée. Tout le stress des derniers mois refait surface. 

Jeudi 8
Le toubib me prescrit 20 séances de rééducation de la cheville gauche. J’en ai de nouveau pour deux mois et demi si nous arrivons à tenir le rythme de 2 séances par semaine… Arrivée sous la neige à LMN. Il en est tombé 30 cm ces derniers jours. Je ne peux pas atteindre le parking, et reste garée sur la route. Moustique est là. Il fait la tête. Un bazar dans toute la maison, la porte entre les deux parties a été ouverte… Bataille de chats, je retrouve des touffes de poils dans toutes les pièces. La chambre du bas a été visitée. Rien de grave. C. a probablement erré dans le coin et trouvé ce lit… A 13 heures, la petite minette se pointe. Je mange une endive et de la tomme de brebis dans un fauteuil tiré sur la terrasse au sud. Délices du soleil sur la peau, du silence blanc. Un peu de rangement, je retrouve le recueil pour Domi Bergougnoux. Le blues me rattrape. Il fait froid en plus. Je file en fin d’après midi chez Patrick et Evelyne. Chaleur d’une maison chauffée ou brûle en plus un feu de bois. Ma chambre est spacieuse et fraîche. Délicieux veau à la noix de coco comme seule Ève sait le préparer. Et clafoutis ! Grande discussion sur la religion, la politique en buvant trop de verres de vin. Je ne dors rien mais ne le dirai pas.

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Vendredi 9
Rendez vous le matin avec Deleuze… à la poste du patelin. Après Jean-Paul Sartre il y a quinze ans, le receveur s’appelle Deleuze. Ça ne s’invente pas. Visite à Annie pour authentifier la signature. Déjeuner avec Patrick. J’écris une vraie lettre a RoseM, avant de partir pour Vendargues.

Samedi 10
Le bonheur de se réveiller ici, dans la chambre d’Iseult. Réveil tardif car je n’ai rien dormi ou si peu. La maison est toujours aussi animée même sans Marius. Je compte les points entre tous. Ici l’humour au 4e degré et la chamaillerie sont une seconde nature.

Dimanche 11
Anniv de ma Julie. Une journée à discuter, à rire. Comment est ce possible d’avoir tant à se dire ? Je cuisine des aiguillettes de poulet au citron et de la patate douce au paprika.

Lundi 12
Retour à Nyons en début d’après-midi après avoir cueilli les olives de P. et T. Trois heures sur la route quand j’aurais pu n’en passer que la moitié mais voilà j’ai encore pris le chemin de « la maison » (de Noé) par erreur.

Mardi 13
J’entends normalement. Je suis peut être trop exigeante, me glisse la professionnelle de l’audition… Accepter de ne pas tout comprendre… Que des mots m’échappent… Presbyacousie. Le mot existe quand même. Le diagnostic… léger. Risquer les dialogues de sourds alors. Qui engendraient déjà beaucoup de fous rires avec Ju et Stef.
Atelier d’écriture en soirée. La connexion est si mauvaise que j’ai l’impression d’écouter des robots.

Mercredi 14
Promenade sur les berges de l’Aygues. Je teste genou et cheville. Croise un trio de promeneurs, nous échangeons quelques mots. J’aime ces rencontres d’où rien ne restera qu’une apostrophe joyeuse.

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Jeudi 15
4h30 j’écoute Francois Bon sur le Tiers-livre, son dernier atelier d’écriture est posté, enfin juste la vidéo, le reste arrivera dans la journée. Il lit Duras et j’aime toujours cette auteure de mes vingt ans. Impression d’être entrée dans la pièce quelque part et de surprendre F. au travail.

Vendredi 16
Quelle efficacité ! Se féliciter sans attendre que quiconque le fasse. Ce n’est que mon quatorzième déménagement… Sans compter ceux de ma jeunesse… Est ce que ce sera enfin le lieu où poser mes valises ? Non. Ne te raconte pas d’histoires. Je retourne à La Motte Chalancon. Quelle déception ! Tout le village est à vendre quasiment. L’hiver est triste ici. Pas une photo possible, tout est laid. Sauf le petit café épicerie dans la rue principale…

Samedi 17
Un long coup de fil de Sam, lui face à la mer, moi installée dans ma voiture sur un parking sous la pluie, puisqu’il est impossible de téléphoner de la maison… Merci Orange qui me prélève des factures exorbitantes chaque mois. J’irai le voir sur son île. Encore oublié de lui demander son adresse. Je lis Le chardonneret, depuis le temps que l’on m’en parle.

Une heure et demie de chansons avec B. et un groupe de personnes en difficulté respiratoire. Nous déambulons dans Nyons et atterrissons dans un salon de thé tenu par une Anglaise absolument British, qui sert thé et infusions dans de la porcelaine de Limoges patinée par les ans, et qui confectionne des gâteaux définitivement délicieux.

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Dimanche 18
Cinéma avec Maité. Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand. Très bon film avec des acteurs époustouflants de sincérité. Le gamin joue si juste…

Lundi 19
Passage à l’agence pour signer l’avenant et 10 jours de délai de nouveau… Tout ça pour oubli d’une mention concernant le syndic… Je loue un camion pour le 9 et le 10, les dates retenues où P., J., et  N. seront disponibles… A priori le propriétaire est ok pour que j’entrepose mes meubles avant la signature définitive.

Mardi 20
J’envoie les sous à la notaire qui me les réclame depuis deux mois alors qu’un avenant était en cours… Contacté le propriétaire pour négocier un emménagement avant la date et pas seulement l’entreposage de mes meubles. Ok. Mais ce sera non au final.

Mercredi, jeudi et vendredi
Calcule le volume du déménagement. Oublie un RV médical. Mais réserve un camion in extremis.
Embarque pour le défi photo N&B.

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Samedi 24, dimanche 25 et lundi 26
Aller-retour en Cévennes après la visite chez l’opticien pour cartonner encore. Je retrouve les chats, ils m’accueillent cette fois-ci avec moult ronrons. Petit thé discussion chez Ève et Patrick. Je repeins chaises et table. Ce qui reste à faire avant le 10 mars ne me désespère pas, cela me fatigue à l’avance… La fameuse charge mentale que je ne partage avec personne. Les œufs et le fromage donnés par B. ont disparu, sans doute pendant la visite à E. Je réchauffe sa délicieuse soupe au pistou. Et j’ouvre la bouteille de Suze-la-Rousse achetée en route. Aucune connexion. Je peux gamberger.

C’est le matin du lundi que j’apprends la mort de Patrick au Costa Rica. Coup à l’estomac. Je suis désemparée par la voix étranglée de Muriel. La scène défile sous mes yeux. Le trek, la chute, le désarroi d’Isabelle. Je pleure beaucoup en triant mon bureau, j’évacue encore le trop plein de passé.

Mardi 27 février
Première séance chez la kiné. Ah ! sa tête en constatant que je ne pouvais faire aucun des exercices auxquels elle avait pensé… « Retour à du très basique alors… » Sur les pointes, sur les talons. Soulever le bassin jambes pliées pour travailler les ischions jambiers.  Étirements des mollets et des cuisses… De la glace (ter), de la marche. Et on se donne un mois pour réduire l’inflammation. À quoi a servi ma visite chez le chirurgien ? Je me le demande. Insensible à la douleur causée par l’inflammation et le ménisque… Des douleurs fulgurantes caractéristiques pourtant. Je changerai de crémerie.

 

(à suivre…)

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet des jours (28)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Samedi 18 novembre 2017
Retour en famille après ce séjour tunisien quelque peu écourté. Le futur me hante. Où vivre ? Maison ou appartement ? J’abandonne petit à petit l’idée de la maison à La Motte Chalancon. Trop froid l’hiver. Trop loin de tout. Splendide pourtant au milieu des montagnes… A ma taille, le village.

Lundi 20 novembre
Tour des agences de location. J’en retiens une. Rentrée avec des exigences… ressortie avec tout à la baisse.… ou à la hausse, selon le point de vue. Mais à Nyons, quand même, mon choix est fait.
Un petit mot de Sylvie pour me remercier des textes et photos publiés pour le projet Curious Eyes. Elle dont l’expo a rassemblé plus de 200 personnes par jour durant trois jours ! « Sois heureuse aussi dans ce que tu vis, le chemin nous apparaît mieux tracé à nos âges, il suffit peut-être simplement de le poursuivre avec légèreté. Et de continuer à écouter. » J’aime cette femme qui photographie des toiles d’araignée et des coquelicots… Et des poires, aussi…

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 ©Sylvie Chaudoreille

Du 21 au 24 novembre
Visites d’appartements. A l’extérieur de la ville, une résidence de petits immeubles bas, ocre rouge ; piscine… Des chaînes sur le parking. On domine tout. Champs d’oliviers. L’appartement est ridiculement petit. Tout est aménagé. Plus rien à y faire. Et tout est étroit, je ne bougerais pas un orteil ici. Une terrasse quand même… qui donne sur un parking et sur le bâtiment des activités estivales, moche comme tout… Ici, on promet aux propriétaires au moins 5 000 euros de revenus annuels s’ils confient la gestion de leur bien au syndic. Pfff ! Et ils n’ont droit qu’à une semaine en saison pour résider dans leur appartement. On peut déroger à cela me précise-t-on. Ailleurs, en haut de la ville, sur une route principale mais dans une résidence hyper sécurisée… un appartement, grand, ensoleillé, loggia… garage… place de parking… Mais une seule chambre. Ailleurs encore. Ah ! celui-ci avec deux chambres, des poutres au plafond, une cheminée… sur une placette loin de l’agitation relative de la ville. Entre une esthéticienne et… une cave à vins… Je fréquenterai plus l’une que l’autre, me dis-je instinctivement ! Coup de cœur. Pourtant une volée d’escaliers, pas de balcon… Oubliées mes exigences. Coup de foudre. On dit qu’une « maison » c’est comme un amour, la « rencontre » est imprévisible, on ne sait pas dire pourquoi on aime mais c’est là. Et bien c’est là. Comme j’écris ce journal à rebours, je ne me souviens plus de la date, pourtant j’aurais cet anniversaire à fêter, dans ma nouvelle vie.

marlen-sauvage-place-Nyons

Samedi 25 novembre
En route pour les Cévennes pour tri, rangement, autres cartons… Les chats s’en sont donné à cœur joie et la maison doit faire restau pour les matous voisins… Brigitte m’accompagne. Efficacité garantie.

Dimanche 26
B. est repartie dans la matinée. J’alimente le poêle avant la nuit avec ce qu’il reste de bûches. La chatounette me tient chaud, les bouteilles d’eau aussi.

Du 27 au 29
Déjeuner avec Véro au soleil de la Combe ! Un comble ! Sa terrasse est encore envahie de fleurs en pot… les doigts verts de la dame, sans doute. José est parti à Paris pour plusieurs semaines.
J’erre dans ma grande maison, je ne peux même pas me promener avec ce genou de malheur. Je fais le tour des oiseaux le matin, de leurs chants dans les arbres, profite au maximum du soleil et de la terrasse. Christian m’héberge le temps de lire mes mails, de travailler au chaud à l’écriture de la préface pour le prochain recueil poétique de Rose-Marie et au collectif sur les animateurs d’ateliers d’écriture, de préparer mon prochain voyage pour La Réunion. Sa « thébaïde » domine la vallée. Je suis gâtée… à chaque visite, il me sert le thé et une tranche de son pain tout juste sorti du four. L’Arménie se pointe toujours dans nos discussions, et la présence de Solange est palpable dès que leur coup de fil quotidien se termine. Ils me manqueront aussi.

Vendredi 1er décembre 2017
Je reçois un appel de l’agence immobilière pour visiter la maison alors que nous avons récusé le mandat… Confusion… dans le doute, je laisse faire. (Je suis chez C…) J’apprends plus tard que personne ici n’a donné de contre-ordre… De toutes façons, nous avons trouvé acquéreur !

Samedi 2
Soirée repas avec les voisins/amis proches. Le glas d’une vie quand même. Nous parlons de nos successeurs, un couple d’archéologues qui devrait rassurer tout le monde en s’intégrant bien ici dans la vie de la vallée. Une maison qui retournera à sa première fonction, celle de maison de vacances… La vie est ailleurs.

(à suivre…)

Texte et photos : Marlen Sauvage

Nuages (6)

 

« Lève les yeux. émerveille-toi de l’éphémère beauté, et vis ta vie la tête dans les nuages. »

Manifeste de la Cloud Appréciation Society, fondée par Gavin Pretor-Pinney, citée dans Le guide du chasseur de nuages, Points Sciences, JC Lattès, 2007.

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Découvert il y a quelques années déjà l’existence d’une Cloud Appréciation Society… Devant la théorie de photos de nuages accumulée dans mon album, je me décide à une modeste série parmi ces Productions élémentaires… Ici, sur la route de Nyons (Drôme)…

Texte et photo : Marlen Sauvage
Productions élémentaires (44)