Les couleurs de l’eau

©Marlen Sauvage

L’Aygues après les pluies de la semaine dernière…

©Marlen Sauvage

Revenue à sa couleur naturelle, sous un ciel toujours aussi bleu… 

Au cours de ma balade après la pluie, j’avais cueilli une asperge sauvage, au goût quelque peu amer, mais croquante à souhait, mangée crue, avec des bourgeons de houblon… Et j’ai mâchonné comme au temps de l’enfance, sur le chemin de l’école, une tige de fenouil sauvage si tendre et sucrée…

©Marlen Sauvage

Par le bois des lumières

Un petit tour sur les hauteurs de Nyons, une marche de deux heures environ où je traîne davantage, à l’écoute des bruits de la nature et dans le parfum des haies fleuries, saisissant une répartie au voisinage d’un gîte ou les confidences échangées sur une véranda en bord de route. A l’affût aussi des toponymes qui m’amusent ou me font rêver. Où je cogite sur les prochains ateliers en Cévennes et sur les propositions de l’atelier de François Bon.

Des oliviers derrière leur clôture électrique. Aucun trafic de sangliers par ici, contrairement à ce qui se passe sous le pied de « mon » tilleul (ci-dessous, à droite), aussi traversé par les câbles…

Après le chemin du Belvédère et la route des Guards, puis le joli lieu nommé Erfouette… la vue, toujours polluée par les poteaux et les fils électriques. Au loin, on aperçoit le plateau d’Angèle sur la droite. Au tournant, vers St-Rimbert, un panneau invite à faire attention aux poules sur la route… Pas de volaille par ici, mais trois en redescendant à proximité de la ville, autour d’un olivier où elles grattaient allègrement le sol.

La surprise des chemins vient souvent de la lumière. Sur celui du Rocher de l’Aiguille, elle joue avec les racines et les troncs des chênes verts, ouvre un porche sur la vallée avec une belle oliveraie et un bassin où ne coule plus aucune source.

La balade est rythmée par les champs d’oliviers parés de leurs filets verts en vue de la récolte, quelques vignes oubliées où je grapille des raisins pour la descente.

Et, partie vers 17 h, j’arrive à 19 h 20 sur le pont de l’Europe, face au pont roman jeté sur une Eygues asséchée.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Une histoire d’exils

Photo : Marlen Sauvage

C’est le temps des contes… Il fait frisquet, dans ce coin de Drôme, même si la neige n’est pas arrivée jusqu’à nous, et quand il fait froid ici comme ailleurs, depuis la nuit des temps, on se réunit pour se raconter des histoires. C’est le temps des Contes et Rencontres, la 32e édition du festival (je crois que les Contes et Rencontres sont nés ici). Et figurez-vous que là, tout de suite, au moment où je vous parle, je rentre d’une soirée avec Agnès Dauban, et un musicien – dont je n’ai pas retenu le nom, mais son surnom c’est Jojo – qui chante et accompagne Agnès pendant son dernier spectacle, Exils… Et c’est juste le cadeau de la journée.

Exils, qu’est-ce que ça raconte ? Devinez ! C’est tout ce qu’on entend, ce qu’on voit, ce qu’on vit, c’est à notre porte, ceux qui ont voyagé longtemps, ceux qui fuient, ceux qui errent, qui ont tout laissé derrière eux, qui ont traversé des mers et des montagnes, qui tentent de survivre, c’est eux, c’est tous ceux qui les accompagnent, c’est nous, c’est une histoire de gens, de liens, une histoire d’humanité, c’est tout ce qui est à côté de nous, et c’est « tout ce qui est en nous aussi » me dit Agnès Dauban, à la fin du spectacle. Car comme elle ne cesse de le répéter : « L’exil, c’est la rencontre ».

Elle a écrit ce texte, elle le joue avec talent, une présence étonnante ; elle nous emmène avec ses personnages, Lisa, Inuk, Moussa et les autres, et puis sa caravane de femmes, d’hommes et de bêtes qui finissent par les suivre. Et on rit et on pleure tout le temps du chemin.

Exils était donné pour la première fois ici à Nyons, à la médiathèque, ce samedi soir, dans une salle qui accueille une exposition de Bertrand Gaudillère (photographe) et Catherine Monnet (journaliste) intitulée Juste solidaires. « Les histoires et l’engagement de ces Français solidaires, devenus acteurs d’une des plus graves crises humanitaires et politiques du début du XXIe siècle. » Un très beau témoignage de solidarité, aussi.

Je ne connaissais pas Agnès Dauban, il paraît que d’habitude, elle fait plutôt rire, d’ailleurs sur le net je n’ai trouvé que cette vidéo ou celle-ci, plus ancienne. Si elle passe dans votre région, dans votre ville, allez l’écouter, ce sera cadeau aussi pour vous.

MS

Carnet des jours (35)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Lundi 2 juillet 2018
Enfin le matelas – à mémoire de forme (s ?)… – est livré dans son carton vertical sur le pas de la porte. Il sort de ses entraves comme un ressort bondissant. Je peux recevoir les amis.

Mardi 3 juillet
Atelier à distance avec les « Dames des Cévennes ». Obligée de me replier à Aubres. Pas de connexion ici… Bon groupe encore et belle complicité.

Mercredi 4 juillet
Le cercle de Guernesey avec Brigitte. N’avais pas lu le livre, pas emballée par le style et là, bien aimé cette histoire sur fond de Deuxième Guerre mondiale. 

Jeudi 5 juillet
Pas de téléphone, plus de sonnerie en bas, Marie finit par frapper comme une dingue sur le heurtoir ! Belle soirée à  se raconter nos derniers mois, elle et le journal où l’ambiance est de plus en plus médiocre. Moi et mes allers-retours entre Tunisie et France, la valise chez l’un ou l’autre durant un semestre. Et nos projets ! En début d’après-midi livraison d’un superbe bouquet de fleurs – violet crème vert – toutes les nuances… Julie…

Vendredi 6 juillet
Départ de Marie. Au petit-déjeuner elle me raconte son trip au Maroc avec ses deux grandes ados et le plus jeune. Une super maman…

Le 9 juillet
Cartons. Rangement. J’écris dans la foulée des souvenirs que tout cela remue.
FC m’a donné les grandes lignes du projet d’écriture. Je suis impatiente de mette des mots sur les rencontres qui se profilent.

Le 10 juillet
Anniversaire de la Billie. Crevettes et bière fraîche. C’est le temps de France-Belgique. Un très beau match courtois. Je suis incapable de me concentrer sur ce qui se passe. Le plus souvent mon esprit s’évade avant de revenir au fait ! Je mets en place des personnages issus du passé, pas tout à fait les vrais, un peu de ce que le passé me restitue. Je continue d’écrire.

Le 11 juillet
Toujours l’impression que les arbres vont entrer par la fenêtre, poussés par le pontias. Bonne odeur d’huile de lin dans les escaliers, mon tour de ménage, deux copropriétaires, la vie facile. Apéro dînatoire chez B et P. Retrouvé la famille. Soirée à la fraîche. J’écris toujours pour Francois Bon, tentant de tenir un rythme d’écriture tous les deux jours…

Le 12 juillet
Brigitte à  dîner. Avant, une balade au fil de l’Eygues. Trop chaud. Encore avant, grand ménage dans l’appartement enfin quasiment rangé. J’ai pu installer mon bureau. L’imprimante fonctionne. Réuni les papiers pour les changements qui s’annoncent : listes électorales, nouvelle identité. Le Buena Vista Social club local s’est invité encore sur la placette. Une nouvelle chanson au répertoire. Un classique. Oublié lequel. Le gentil livreur qui venait pour mes voisins s’est excusé de m’avoir peut-être réveillée pendant l’heure de la sieste ! Skype avec J., fatiguée, W. en tournée, S. toujours aussi difficile à  élever. Dans les larmes elle m’explique son impatience parfois, se plaint de la difficulté d’éduquer les enfants… et voilà comment des petits loulous peuvent transformer un trésor  de patience en maman surmenée…

Le 13 juillet
Aujourd’hui vendredi, RV Pôle Emploi. Mais aucun revenu de ce côté-là, puisque pas de cotisation en tant qu’auto-entrepreneur depuis ces dernières années (la belle appellation bidon mais comment faire quand on ne trouve plus quiconque pour se faire employer ?), normal. Donc aucune chance de récupérer quelques trimestres non plus… Déclaration de cessation d’activité pour l’Urssaf. Un vendredi 13, quoi.

14 juillet
Villedieu pour un repas sous les platanes au milieu d’une foule raisonnable et un spectacle tellement raté que nous retournons à  Nyons. Ambiance rock nettement plus professionnelle.

16 juillet
Aujourd’hui j’apprends par Tunisair que pas de chats en soute… Je ne pourrai donc emmener que l’un des deux en cabine… A Valréas, Espace Niel, avec Brigitte Les Fantômes de la rue Papillon, sur la fraternité avec Eddy Moniot et Michel Jonasz. Judith Magre prête son visage et sa voix à  la sœur du vieux juif. Un parallèle entre deux époques et le constat triste que l’humanité ne change guère… Racisme, intolérance, manque d’intérêt pour l’autre et incompréhension. Le concert qui suit est tonique : deux musiciens de La Nouvelle Orléans jouent des charlestons et du jazz new Orléans, de quoi réveiller les endormis. Léonard Blair saxophoniste, et x le pianiste. Cauchemar. « Elle » est dans mon lit ; lui, je le harcèle, il me ridiculise. « Elle » a un accident, je ne sais plus lequel, on la plaint, je suis encore la  méchante ! Jusqu’où (jusqu’à quand) le passé nous obsède-t-il ?

17 juillet
Heureusement, R. arrive !

20 juillet
Après-midi au lac voisin. Et farniente familial.

21 juillet
Virée dans les pas du passé pour la énième proposition d’été de F. Bon. Retour à Montségur, tant de choses ont changé, presque tout est découverte dans ce village où l’école est transformée en médiathèque, l’ancienne mairie en un lieu culturel, je pense… remplacée par un bâtiment ocre à la sortie du village. Dans les chemins de traverse où je me gare ça sent bon la lavande, mon enfance.


L’église… tous ces souvenirs de messe encore en latin, de curé en soutane, et B. qui gardait les sous de la quête pour acheter des bonbons qu’elle mangeait derrière le bâtiment !

Juillet encore
Petite virée solitaire à Courthézon [ne suis plus sûre du nom du village], avec le massif des Dentelles de Montmirail au loin… Découverte des tableaux d’un peintre aixois avec lequel je discute pendant une bonne demi-heure. Délicieuse glace à la lavande dégustée dans les rues pavées.

Et je me dis que suis vraiment bien, ici…

Texte et images : Marlen Sauvage









Images d’un jour (9)

Nyons, Le pont roman. ©Marlen Sauvage


Grand écart de pierre
Passage
D’ici sur la grève
une tête de temps en temps
circule d’un bord à l’autre
Arche romane telle une main tendue
sur le vide qu’un corps parfois traverse
lesté de ses blessures 
jusqu’au fond de l’Eygues vive
Un pont comme une brèche 
entre ciel et terre
Un chemin vers le paradis

Texte et photo : Marlen Sauvage








L’olive en fête…

Hier matin, dans un froid hivernal, chapeautée et gantée, j’ai parcouru les rues de ma petite ville d’adoption jusqu’à la Maison de Pays, sur la promenade de la digue, où se tenait la 18e fête annuelle de l’olive piquée. Une préparation locale qui permet de goûter les premières olives noires à Noël. 

Une olive noire, la tanche, que l’on troue, que l’on pique (pour la faire « pleurer » et en extraire l’amertume) avec une machine dédiée ou même une fourchette, avant de la saler au sel fin, de la placer au frais puis de la déguster. 

Un banc d’olives non piquées, mais goûteuses à souhait, « extra », « nature », ou parfumées aux herbes de pays.

A onze heures, la foule tournait autour des bancs commerçants d’olives bien sûr, piquées ou non, de miel (de lavande, plus ou moins blanc mais toujours onctueux, celui de l’année est mordoré), de vin de producteurs locaux (délicieux, parfois onéreux, à connaître), d’amandes, de chocolat (à l’olive noire !), de navettes colorées et longues, d’escargots dans leurs « croquilles » (une pâte fine et croquante), de mandarines et d’oranges (d’Espagne !), d’huîtres (de Bretagne), de clairette de Die, de savons à la bave d’escargot et de produits cosmétiques…

Les fameux produits à la bave d’escargot !

Les  « pompes à huile », dorées, légèrement sucrées, badigeonnées d’huile d’olive, sont une spécialité que l’on retrouve sur la table de Noël parmi les treize desserts…

Avant midi, plus aucune pompe à huile !

Le clou de la fête est bien sûr l’intronisation de nouveaux chevaliers de l’olivier, par la Confrérie des chevaliers de l’olivier, en costume et en chapeau à plume avec leur grand ruban vert et la médaille… A la fin de la cérémonie, on remet au chevalier une branche d’olivier sous les applaudissements… Impression d’entrer parfois dans des tableaux anciens pour le détail d’une attitude ou d’un regard…

Plusieurs ateliers se déroulaient parmi lesquels celui de la cueillette dans l’oliveraie, où on apprend à piquer ses olives (on repart avec sa barquette), démonstration culinaire, etc. J’ai choisi l’atelier massage !!! Et suis allée écouter la recette de la poire de la Valloire pochée aux olives noires de Nyons par le chef du restaurant D’un goût à l’autre, Christophe Malet. Ci-dessous pour les gourmand.e.s.

La recette de la Poire de la Valloire pochée aux olives noires de Nyons AOP biscuit au grué de cacao et olives noires de Nyons AOP, par Christophe Malet, D’un goût à l’autre (Nyons)

Pour 6 personnes – Préparation 30 min. – Cuisson 12 à 15 min.
Ingrédients : 150 g de farine / 50 g de beurre demi-sel / 250 g de sucre / 5 g de poudre de fève de Tonka / 20 g de grué de cacao / 50 g d’olives noires de Nyons sans sel, dénoyautées / 5 g de poudre de myrte / 2 feuilles de cannelier / 6 poires type Martin sec

Préchauffer le four à 180° C (thermostat 6/7)
1/ Mettre la farine dans un saladier. Ajouter le beurre et malaxer du bout des doigts jusqu’à ce que la pâte ressemble à de grosses miettes. Ajouter 100 g de sucre, la poudre de fève de Tonka et le grué de cacao.  Etaler le crumble sur une plaque de four et le cuire environ 15 min jusqu’à ce qu’il dore.
2/ Eplucher les poires.
3/ Dans une casserole, préparer un sirop avec 1 l d’eau, 150 g de sucre, 50 g d’olives dénoyautées, les feuilles de cannelier et la myrte. Chauffer et laisser réduire le sirop de nappage.

Nota du chef : Variante : servir avec de la crème Chiboust ou une boule de glace aux olives.

Nota personnel ! Attention ce sont des olives au naturel, sans sel ! Et faites pocher les poires dans le sirop avant de laisser le tout refroidir… Tous les ingrédients s’achètent en épicerie fine ; pour les poires de la Valloire… il faudra venir dans le nord de la Drôme !

Texte et photos : Marlen Sauvage