Les chaussettes, de M. Esse

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Une paire de chaussettes, la chaussette orpheline n’étant pas très utile pour habiller mes deux pieds. Donc, deux chaussettes, posées l’une sur l’autre, à plat. Douces, d’une blancheur encore neigeuse, aucunement abîmées par des lavages fréquents et savonneux. Toutes neuves, posées là, entourées d’un ruban rouge. En laine moelleuse, qui réchauffe le cœur avant de chauffer les pieds. Les mailles sont bien dessinées, on suit parfaitement le travail de la tricoteuse qui s’est aventurée jusqu’à créer des motifs, des tresses, des côtes, des rangées en mousse, mousseuse comme la laine blanche.

Je les mets le soir quand les nuits sont fraîches dans la vallée et que mes pieds ont du mal à réchauffer le lit. Je les enfile doucement, presque amoureusement, l’une après l’autre, sur des pieds lavés dans un bain à bulles, crémés, massés, satinés, elles entourent la peau comme une caresse, elles la réveillent, la tiédissent, lui apprennent le confort et peut-être bien la volupté. Quel bonheur d’avoir les pieds au chaud, de remuer les orteils dans la douceur de ces mailles ajourées, souples, d’un gonflant inimitable. Dans une matière naturelle qu’un mouton a porté un jour sur son dos, gambadant au milieu d’un troupeau  face à l’horizon immense du Causse. Toison blanche ou noire, hirsute ou bouclée, sentant le suif au thym et au genièvre, tondue, ramassée, filée, mise en pelote, en attente des aiguilles et du savoir-faire.

Jersey à l’endroit, point mousse, point de riz, diminution au talon pour la courbure, augmentation pour la plante du pied, diminution  pour la pointe et les orteils. Ce n’est pas un travail pour des gougnafiers, il faut du soin et de l’attention, du calme et de la sérénité. Que les belliqueuses s’abstiennent ! Il nous faut des philosophes pour tricoter rang par rang des chaussettes larges qui épanouissent les pieds, qui laissent vivre les chevilles, qui montent haut pour chauffer les mollets sans serrer. Une vraie œuvre d’art qui procure de la joie de vivre pour tout l’hiver.

Texte : M. Esse
Photo : Marlen Sauvage

Ecrire en Cévennes, fin d’un stage…

Tout particulièrement pour Pierre, Liberta, Richard, Céline et Dominique…

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Une semaine d’écriture riche en émotions avec des stagiaires d’une exceptionnelle présence. La semaine avait commencé sous la pluie et les écrits avaient pour cadre la Maison de Noé et ses extérieurs gris vert jaune teintés du rose d’un vieux rosier, entre deux averses !

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Très vite avec le vent chasseur, les nuages désertaient l’endroit et le soleil bien installé nous poussait en vallée de Gabriac, au pied du moulin du Rivet, entre ombre et chaleur, dans un pré gentiment prêté par Nathalie et Alexandre. En contrebas, le ruisseau…

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Le lendemain, c’est à la tour du Canourgue que nous allions chercher l’inspiration, une de ces tours à signaux nombreuses en Cévennes, restaurée depuis les années 1990 par le Parc national des Cévennes. Avec à nos pieds, le paysage de la Vallée Française.

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Petite virée en soirée sur la Cam, tout en haut de la vallée, où nous avons ensemble respiré le vent… et regardé bruire la bruyère ! J’avais écrit un texte pour François Bon sur cet endroit, un été d’ateliers…

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Dernier jour, balade écriture autour de la maison, sur le sentier de la Royale, un chemin de schiste creusé à flanc de montagne par les dragons de Louis XIV au début du XVIIIe siècle.

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Stage d’écriture du 10 au 16 juillet. La Maison de Noé.

Photos : Marlen Sauvage

 

Coup de pub !

Allez, je me décide à mettre le lien vers ce petit film réalisé par Denis de Montgolfier pendant l’été. Il voulait filmer des ateliers d’écriture en stage, mais je venais de terminer un stage à La maison de Noé… Restait une balade écriture pendant le Festival Nature du Parc national des Cévennes, qui a eu lieu dans un temple de la Vallée Française, en raison de la pluie et des orages ce jour-là. Denis a alors parlé de portrait intimiste… J’ai dit oui, pensant que cela ne passerait jamais chez Télédraille ! Mais à Télédraille, on n’a peur de rien !!!! Alors on y va, merci Denis !

>http://www.teledraille.org/portail/index.php?ateliers-decriture-en-cevennes

Après le Festival Nature et les balades écriture…

Suite des textes des participants aux ateliers de l’été… Ceux de Marie-Pierre Bourret, que je remercie ici, écrits au cours de la balade intitulée « Les tisserands de la mémoire » où il était question de murs, de savoir-faire, de fuite…

Les stylos grattent. Je sèche. La touffeur. La touffeur dans ces lieux où vous vous penchez au-dessus du papier. Tu te mords les lèvres, l’encre gicle sur ta feuille, forme la ribambelle de ton écriture. Je sèche. Tu enroules autour de ton doigt une mèche de tes cheveux, en même temps que ton regard vogue au loin, tu souris et ta main s’élance et balance son ruban bleu. Je sèche. Je regarde cette eau sombre emplir peu à peu ta page, ressac sans recul, la vague avance, à petits pas serrés. Je sèche. Cette eau vive qui coule de ta main, soudain bruit. D’où vient-elle? Je l’entends tout près. J’ai moins chaud. J’ai posé mon stylo, repoussé ma feuille, étendu mes jambes, soupiré, fermé les yeux. J’écoute le froufrou de ta mine humide sur le papier. J’ai moins soif. Tu écris sans relâche. J’entrouvre les yeux sur le papier bleui où la marée est haute. Un vent léger caresse mon visage…

Son pantalon était tenu par un bout de ficelle noué à la ceinture, à l’oreille, un crayon de menuisier, un peu aplati. Sur l’épaule un long rouleau de balatum, qu’il retenait d’une main. De son pas allant, mon grand-père quittait la maison en disant : « Je vais au Verbe Incarné ». Ce nom sonnait, pour la petite fille que j’étais, comme celui d’une place-forte : le « Verbun carné », c’était du sérieux. Quelquefois, je l’accompagnais. Dans une grande salle vide (les salles étaient toujours spacieuses, mon grand-père travaillait dans les couvents), il laissait choir le grand rouleau dans un bruit sourd. De son pied, il déroulait la surface de plastique qui aussitôt exhalait son arôme : l’odeur du neuf embaumait alors l’espace. Mon grand-père, toujours en tenue de jardinier dans sa maison poussiéreuse et sombre, maître en son jardin sauvage où les iris côtoyaient quelques meubles délabrés, quelques animaux mal nourris, savait, d’un geste lent du pied, faire apparaître un univers coloré et odorant : sol blanc immaculé, marbre veiné, parquet en chevron, ciel, brume. Sur tous ces sols je pouvais glisser mes pieds nus quelques minutes, tandis qu’il ajustait les angles et les coins avec une énorme paire de ciseaux argentés dont le lourd cliquetis me laissait percevoir le poids.
De temps à autre, il dégageait le long crayon de son oreille, dépliait son mètre aux axes bien huilés, traçait quelques signes ou traits, coupait encore, repliait d’un bruit sec et précis chaque segment du mètre jaune et zigzaguant. Puis, des nones silencieuses apparaissaient sur le seuil de la porte, n’osant en franchir l’entrée, échangeant quelques mots gracieux avec mon grand-père qui souriait d’avance du bon mot qu’il s’apprêtait à faire tinter au moment de l’au revoir. Cela se terminait toujours de cette manière légère, enjouée, joyeuse.

Il y aura le tilleul. Tu entreras chez moi à ses premières effluves, à l’heure des fleurs. Une paire de bottes en caoutchouc fraîchement ôtées. De la boue humide à leur talon. Tu ne pousseras pas la lourde porte, elle est déjà ouverte. Une seule pièce. Du bois, du tissu, de la pierre. Au sol de la laine là, au pied du lit. Ce sera l’heure qu’on dit du thé. Tu auras faim. Tu entendras l’eau bouillir et la tarte sur la table, déjà entamée, quelques fruits cuits épars sur le plat, te diront que j’ai eu faim aussi. C’est l’heure où le jour décline, où tout prend cette teinte mordorée. Tu aimeras cet instant d’autant plus joyeusement qu’il se déplace avec toi, qu’il se terminera rondement. Roulera jusqu’au jour suivant. Tu auras cette confiance.

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Un zap book jaune [≠ 10]

19 octobre [2000]

12h50 sous le soleil, perchés sur une colline sur la route de Barre-des-Cévennes après que le brouillard se soit levé. On a escaladé, on a faim et soif : un petit saucisson pur porc, sec, une bouteille de côteaux du Languedoc (Saint-Saturnin). Manque juste le pain et le tire-bouchon oubliés dans la voiture et la maison. On entend des bruits de voitures et une scie quelque part dans la vallée mais surtout celui des oiseaux. Et on a droit aux belles couleurs de l’automne, chouette (ter). La vita e bella.

[Nous ignorions que nous pique-niquions sur la route qui menait à notre chez nous actuel et que je l’emprunterais plusieurs fois par semaine deux ans plus tard pendant… déjà onze ans.]

Rencontré Olivier P., objecteur de conscience, employé par le Parc national des Cévennes, qui nous parle des trois climats de Lozère : océanique, méditerranéen et continental… avec un microclimat sur Vialas dont il est originaire !

Restaurant L’Adonis, à Florac.
Dégustation d’un Château Puech-Haut, 1998, Saint-Drézéry à l’occasion de la semaine du goût.
Amuse-bouche, velouté de potiron aux châtaignes et sa feuille de cerfeuil, terrine de lièvre avec petite salade, confiture d’oignons et champignons au vinaigre, préalablement blanchis. Sanglier et chevreuil aux airelles (en daube), pommes à l’anglaise, fromage, poire au vin et glace au lait d’amandes. « Hmmmmmmmm ! dit Marc. C’est merveilleux, au goût, on dirait de la colle. »

[Ici, nous ne faisons que compter les microclimats… Nous avons le nôtre juste au-dessus de notre maison, bien sûr. Le restaurant L’Adonis est toujours un beau lieu où se rendre pour bien manger.]

Mende, petite ville sympa où l’on est plus anonyme qu’ailleurs (Ispagnac ou Florac). 22 octobre et il fait soleil, en plus.

[Je ne dirais plus cela aujourd’hui. Dans un département aussi peu peuplé que la Lozère, après dix ans, il est bien difficile d’être anonyme. Mais c’est aussi pour ça que je voulais fuir la région parisienne…]

Un arbre sur la route comme un gros chou-fleur multicolore.

[Suivent une recette de soupe au potiron, des numéros d’agences immobilières…

Le point du jour comme jadis [aucune idée de ce que j’ai noté ici]

Marché ancien à Baillet après petit dej et émission intelligente sur la Yougo et les dernières élections avec reportage de Benoît Colomba. Repas de pâté de caille de Villefort (Lozère) arrosé du Graves trouvé hier chez le petit commerçant arabe d’Ezanville où j’ai aussi acheté du henné (ajouter du citron pour une couleur plus éclatante, m’a dit le monsieur), accompagné d’un velouté de potiron aux châtaignes entières tout cela après avoir mis à cuire une pleine cocotte de pommes pour la compote. Nous en avons cueilli 50 kilos ce matin après le marché ! Lecture.

[De retour en région parisienne, nous prolongions le plaisir des vacances avec des repas au goût de la Lozère. Je suis étonnée de la place que prennent dans mes notes les transcriptions de menus ! Depuis que nous avions vu le film d’Agnès Varda Les glaneurs et la glaneuse, nous allions glaner dans les vergers après les récoltes évidemment, et nous étions à chaque fois surpris du nombre de kilos de fruits laissés à terre parce que non conformes, abîmés, petits… Nous compotions à souhait et offrions nos pots aux copains…]

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Après le Festival Nature et les balades écriture…

Je commence à recevoir les textes des participants à mes ateliers, stages et balades. Voici déjà ceux de Bertrand Bahuet.

Sur le thème des murs, avec pour support les réflexions d’un architecte des bâtiments de France, Michel Verrot dans Pierre sur Pierre, publié par le Parc national des Cévennes ; un ouvrage de Claude Quetel Murs. Une autre histoire des hommes ; Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs, de Marshall Rosenberg, La vie à deux, de Dorothy Parker, Le mur invisible, de Marlen Haushofer.

Ce matin, en descendant le chemin qui nous menait à la voiture, trois hommes creusaient les fondations d’un mur de soutènement dudit chemin, effondré.
Ils répondirent à notre salut, et parlaient entre eux semble-t-il, une langue étrange.
C’était quasiment dans le jardin de la maison du curé, fermée en contrebas. Le curé ne vient plus, je ne le connais pas, et ne le connaîtrai probablement jamais. Il appartient aux mots des gens du hameau, à leur souvenir, ils en parlent et je le vois, et l’imagine. Il a disparu, il est mort et vit peut-être au-delà des collines, dans une ville où déambulent des gens automatiques, le regard fixe, le souffle inexistant.
Mais cette image me fait froid dans le dos, je préfère l’imaginer cueillant des framboises, figé dans son geste, photo vieillissante dans un album emprunté. Le mur s’est effondré et les pierres ont été recueillies une à une, pour être entreposées dans un lieu où elles n’encombrent pas. Avant de redevenir des fondations. Des pierres domestiques, obéissantes et utiles, réassemblées par une logique humaine, détournées de leur chemin naturel. Tout comme le curé à l’image vieillissante, détourné de son absence, dérouté de sa vraie vie par mon imagination avide.

Tu es pierre et sur toi tout s’effondre, la route, le chemin, le curé, les framboises, et je bâtirai sur toi la ruine, l’absence, l’étranger, l’oubli qui peu à peu envahit ton âme et la pensée d’une pierre, minérale, figée fixe et vivante, de cette vie muette qui étreint tes molécules vides, vibrantes, inexistantes, présentes par certitude puisque le hasard est étrange, étranger invité par l’implacable réalité, dure comme la pierre pleine de vie, source minérale aux racines imaginées par de grands singes réfléchissants.

Tisser la mémoire, à partir de Lamentations des ténèbres, de Jean-Paul Goux

Que fallait-il faire dans cette église en ruine pour que tout le monde soit content ? Redresser les autels qui semblaient un effondrement de sable au milieu d’une grotte couverte de mousses vertes et noires, sonder les murs qui sonnaient creux, vidés de leur matière forte délavés par les pluies torrentielles d’un siècle de vent, de soleil, de moiteur et d’oubli, la trace humaine effacée, évanouie, le sens premier qui avait motivé des hommes au point de vouloir ouvrir une porte sur un paradis, réduit à néant. Le paradis des pauvres comme l’apparence du marbre, les formes courbées pour épouser le regard du petit être qui par misère était courbé devant tous, devant tout, et ici, enfin honoré par un pastiche de rêve.
Mensonge, mépris, duperie des puissants qui captent et manipulent la foule des égarés, des écrasés.
Alors sous les ors et les pigments, la chaux aérienne et le sable de Loire, importé à grand prix loin de son lit, les fentes se réduisaient, les poches se remplissaient de poudre volcanique pour faire prise sans oxygène. Les modénatures* réinventées se recouvraient de faux marbres et la question était, pour qui, pour quoi faire, enrichir des vanités, conforter des clans politiques, gagner de l’argent ?
Dans ce lieu magnifique, en cet instant enrichi de convoitises, de motivations serviles, le sens premier vomi, le paradis des pauvres anéanti, j’ai nettoyé mes outils, donné mon échelle au maçon, et je suis parti abandonnant tout, la gloire, l’argent et les honneurs pour rejoindre le paradis des pauvres, et l’oubli.

*Profil des moulures.

Et enfin, sur une dernière proposition d’écriture, à propos de la fuite, de la tangente, de l’échappée belle (en correspondance avec un « héros » local, Alfred Roux, insoumis, qui refusa de partir à la guerre de 14 et se cacha dans nos vallées jusqu’en 1917. Avec pour référence Du paysage et des temps, de Pierre Laurence (publication du PnC) ; Roux le bandit, de André Chamson ; L’emploi du temps (film), de Laurent Cantet ; L’adversaire, de Emmanuel Carrère, Si par une nuit d’hiver, de Italo Calvino ; Un homme qui dort, de Perec et La modification, de Butor.

Qui respire ? J’entends le souffle de l’air qui chuinte à côté de moi, tu dors ? respireur solitaire ? non il n’y a rien, personne, qui fait ce bruit de vie, à côté de moi ?
Il marche, j’entends ses pas qui claquent sur le chemin de terre, et de pierraille. Mais je ne le vois pas, son ombre peut-être ? c’est la mienne, je bouge un bras, elle bouge aussi.
Qui es-tu voisin qui fais comme moi, et ne me déranges pas ? Je n’ai pas peur, je pourrais t’en vouloir, c’est agaçant, intime, c’est ma vie et c’est toi qui marche, qui me marche et respire, me respire et je t’entends. Demain dans mes rêves, tu seras dans mes rêves celui qui m’entend et m’écoute, et me dis : à tout à l’heure, je t’attends, il faudrait démonter la machine, n’oublie pas les clous et la dentelle, le temps presse. Mais non, je dors, pourquoi encore me dire des choses bêtes moi qui ai si besoin de systèmes pratiques ouvre-moi ton rêve et reviens, je dois trouver une quête et aller quelque part, mais tu erres et ne me proposes que des choses folles qui rendent heureux et léger, et je veux du lourd, du pesant, du présent comestible et indigeste, car je dois souffrir pour me détacher de toi, et penser pour t’oublier et fuir pour t’égarer, mais rien, voilà ta réponse, tu respires et puis rien, léger et incoupable, incapable d’avoir mal et de me fuir du bonheur.
Car je pense que les autres sont une part insaisissable de moi, et m’apportent une réponse que je n’entends pas.

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Voilà. Je redis ici combien je suis riche de toutes ces rencontres en atelier, de l’écriture des autres, de la découverte de leur univers. N’hésitez pas à « aimer »(bouton J’aime) ces textes, ou d’autres, j’envisage de publier dans un recueil ceux qui dans ce blog auront été plébiscités (+ ceux que j’aime de toutes façons !). Merci. Marlen

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Ecrivain public, écrivains d’un jour à Florac

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FNVM4C’était jour de fête hier dimanche à Florac (48) autour des métiers d’hier et d’aujourd’hui. Les artisans se pressaient dans la cour du château* et à l’intérieur pour une belle exposition sur l’histoire des bergers et de la transhumance. C’est là que je tenais boutique, celle d’un écrivain public, et l’affluence a été telle que j’ai passé la journée à transcrire, entre deux discussions, les 21 lettres écrites par les écrivains d’un jour ! Les voici dans l’ordre de leur écriture. Merci encore à tous (et à Brigitte Mathieu en particulier, grande prêtresse de la fête).

On tirait au sort dans une cruche un papier plié avec la proposition de lettre à écrire.

1- La lettre que vous aimeriez recevoir aujourd’hui, ici et maintenant.

Chère Madame,

Je vous écris personnellement pour vous informer que nos bureaux ont commis une erreur très grave. En effet, vous avez dû recevoir il y a un an environ une correspondance vous informant que malheureusement, vous ne pourriez pas toucher votre retraite avant l’âge de 64 ans et trois mois. J’ai le grand plaisir de vous informer que ce courrier est une erreur et que vous pourrez prendre votre retraite en juillet 2014.
Nous vous demandons d’excuser cette erreur grave qui a sans aucun doute dû vous procurer un énorme stress.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes sentiments respectueux.

Monsieur Con, le ministre de l’Education britannique
Claudine

2- Lettre à l’inconnu ( e ) que vous avez croisé ( e ) dans un café, à la rivière, au resto du coin, dans la cohue de Florac un jour de fête et dont vous ne savez pas si il ou elle vous a remarqué ( e )…

Toi l’inconnu d’un soir,
J’étais assise à ce café et j’attendais un ami. Il était en retard. J’observais les gens autour de moi et c’est là que je t’ai vu. Toi, seul, les cheveux ébourrifés par le vent, un verre de vin rouge à la main et une cigarette posée devant toi qui se consumait seule. Tu semblais perdu dans tes pensées.
Mon regard a croisé le tien mais tu ne sembles pas m’avoir remarquée. Moi je ne voyais plus que toi. Oublié cet ami que j’attendais , oublié le temps, il n’y avait plus de café, plus de village. Florac s’est tout à coup effacé sous l’effet de ton regard.
Mes yeux se sont ensuite posés sur tes lèvres et je me sui plu à m’imaginer les embrasser.
Tout à coup, une jeune femme est arrivée, magnifique, avec de longs cheveux longs et bruns qui lui tombaient jusqu’en bas du dos. Elle t’a parlé, tu t’es levé et vous êtes partis ensemble.
Qui était-elle ? Ton amie ? Ta sœur ? Une connaissance ? Je t’ai regardé partir jusqu’à ne voir que ton ombre. J’ai cru te voir te retourner. Ai-je rêvé ?
J’aimerais tant te revoir. Je t’ai cherché dans les rues de Florac, espérant te recroiser. Tu as disparu… Reviendras-tu ?
L’inconnue au chapeau bleu
(Aurore)

3 – La lettre au Père Noël d’un enfant des années 40 et la lettre d’un enfant d’aujourd’hui…

Cher Père Noël,

Ce que je souhaite ne s’achète pas je voudrais que la guerre s’arrête et que la paix revienne sur terre le seul truc que je veux c’est de retrouver mon père qui est parti pour la guerre.
Timmy, 1940, France

Cher Père Noël,
Je voudrais :
IPAD 4
iPhone 5
iPod Touch 4e génération
Un ordinateur
Un camion de pompier
Et je voudrais être président.
2013, France
Yanis Belkacemi, 11 ans

4 – La lettre d’une mère à sa fille pour lui expliquer les tourments de la vie.

Ma fille bien-aimée,
Par cette belle journée d’été, j’ai une délicate mission à accomplir et je te prie de croire que je ne le fais pas de gaieté de cœur. J’ai pour tâche de t’expliquer les tourments de la vie.
Que te dire ?
Que les amis te quittent et te trahissent quand tu t’y attends le moins ?
Ce n’est pas vrai.
Que les amours ne durent pas, que les hommes nous trahissent, nous les femmes, nous abandonnent et nous laissent sur le bord du chemin ?
Ce n’est pas vrai.
Que la violence et la haine règnent partout et durcissent le cœur des hommes ?
Ce n’est pas vrai.
Que l’accouchement déchire ton corps et parfois ton cœur ?
Ce n’est pas vrai.
Que « petits enfants, petits soucis, grands enfants, grands soucis ? »
Ce n’est pas vrai.
Que les distances séparent ceux qui s’aiment ?
Ce n’est pas vrai.
Que le froid de l’hiver durcit le cœur, que le soleil brûlant de l’été assèche la terre ?
Ce n’est pas vrai.
Que la mort est un grand chemin de lumière ?
Ce n’est pas vrai.
Voilà. Ma chère fille, j’espère que je me suis acquittée, humblement de ma mission.
Bien à toi,
Maman (Liliane)

5 – Lettre à l’inconnu ( e ) que vous avez croisé ( e ) dans un café, à la rivière, au resto du coin, dans la cohue de Florac un jour de fête et dont vous ne savez pas si il ou elle vous a remarqué ( e )…

Jour de fête à Florac, je déambule dans les rues, me laissant aller au gé de la musique, des stands où se mêle l’odeur du fromage de chèvre, des saucissons de montagne, des viennoiseries.
Je me laisse tenter à picorer dans les assiettes, et là ma main frôle la tienne. Des doigts longs, le contact est doux. Je lève les yeux et t’aperçois.
Beau brun, yeux verts gris, la barbe d’un jour te donne un charme fou. Nos regards se croisent, une esquisse de sourire et tu t’évapores dans la foule.
Je vais te perdre, te recroiser et là mon cœur va battre la chamade, et je n’aurais de cesse de te chercher dans la foule qui se fait plus nombreuse, écrasante, faut jouer des coudes pour avancer. Je t’aperçois, je te perds, suis du regard et continue à jouer des coudes pour te rejoindre, mais quand je crois enfin te rejoindre tu as à nouveau disparu.
Je voulais juste te dire combien je t’ai trouvé beau, tu as été mon soleil de ce matin, tu as accroché une étoile dans mes yeux.
Je garderai un merveilleux souvenir de cette journée d’été.
Cependant, si par hasard, le regard furtif que tu as posé sur moi te poursuivait dans le souvenir, je te donne rendez-vous tous les dimanches matin au café « Le rendez-vous des curieux », au centre du village.
Je t’attendrai.
Esther

6 – Lettre aux organisateurs de Florilège (proposition libre !)

Mesdames et Messieurs,

C’était une très bonne idée d’organiser cette journée qui permet de découvrir des métiers oubliés. Tous les exposants sont très aimables et vraiment désireux de parler de leurs métiers. Et puis on peut découvrir la salle d’exposition et s’informer sur cette belle région.
Une belle fin d’été à toute l’équipe du Parc des Cévennes et aux bénévoles des diverses associations.
Marie-Françoise du Loir-et-Cher

7 – Imaginez un personnage derrière les barreaux… Voir Paroles de détenus… Qu’écrirait-il, à qui ?

Prison de Florac le 11 août 2013
Chère mère,
Je suis désolée pour tout.
Je ne sais pas ce qui ma pris. Je regrette, pardon.
Au revoir.
A bientôt, j’espère.
Sohane, 9 ans.

8 – Lettre qu’un personnage laisse comme un testament caché dans une enveloppe quelque part chez lui…

Chère famille,
Je lègue à mon fils Ronan mon épée, mon château de campagne et mon étalon le plus rapide. A ma femme, le château de Versailles et la moitié de mon or. Et à mon fils Henri je lègue ma couronne et l’autre moitié de mon or.
Louis XIV (Gwenaël, 12 ans ½)

9 – Lettre d’amour d’un jeune troubadour à sa dame.

Le 11 août 2013
Mon amour,
Je vous trouve très jolie. Vous avez une bien belle voix. Je voudrais vous demander en mariage ma très chère. Je vous aime. Et à chaque fois que je fais spectacle, je le fais pour vous ma très chère.

Hugo Troubadour (Orléane, 10 ans)

10 – Lettre qu’un personnage laisse comme un testament caché dans une enveloppe quelque part chez lui

Le 3 mai 1889
Bonjour,
Je ne te connais pas mais j’aimerais te confier un secret qui a comme but ou plutôt comme cause que j’ai caché un trésor au fin fond de ma cave, mais j’ai un trou de mémoire et je ne sais plus où il est caché dans ma cave, j’ai déjà cherché au moins sur 50 m2 mais ma cave mesure au moins le double… J’aimerais que tu viennes m’aider mais je ne veux que personne d’autre ne le sache.
Inconnue (viens demain à 4 h00 à la rue du Soleil…)
Emeline (11 ans ½)

11 – La lettre au Père Noël d’un enfant des années 40 et la lettre d’un enfant d’aujourd’hui…

1er décembre 1940
Bonjour Père Noël
J’aimerais une toupie en bois et une orange.
Naomie
1er décembre 2013

Bonjour Père Noël
J’aimerais une barbie.
Naomie, 8 ans

12 – Lettre d’insultes à votre banquier qui vient de vous refuser un prêt.

Florac, le 11/08/2013
Monsieur, le soi-disant banquier,
Suite à votre refus concernant mon prêt, je tiens à vous faire part de mon agacement ! Je suis supris de votre incapacité à compter !
A quoi vous servent ces années d’étude, si vous n’êtes toujours pas capable de tenir compte de mes rentrées d’argent.
Si vous persistez dans votre refus je viendrai personnellement vous rosser !
Avec l’expression de mes sentiments les plus haineux !
Je ne vous salue pas !
Simon, 13 ans.

13 – La lettre à sa mère d’un jeune homme qui vient de partir pour un tour du monde comme mousse sur un bateau…

Le Triangle des Bermudes
31 décembre 3500
Chère Maman,
Tout va bien sur le bateau, à part quelques matelots qui se sont noyés car un kraken nous a attrapés. Ne t’inquiète pas, tout va bien, il me manque juste la jambe droite !
Bisous, bye
Cédric, 12 ans

14 – De quelle proposition s’agit-il ? Mystère…

Dimanche 11 août 2013
Chère Orane,
Je sais que tu le désires depuis si longtemps, alors je vais t’en faire la proposition : mon collègue de travail aurait aimé s’occuper d’une stagiaire pendant quelques temps afin de léguer mon savoir ! Il m’a donc demandé si je connaissais quelques personnes qui pourraient être interessées par le métier d’éthologiste qui, ici, concernerait les loups.
J’ai tout de suite pensé à toi, et me voici donc en train de t’écrire ! Tu pourras loger chez moi, nous serions ravis de t’accueillir ! Mon collègue en question m’a prévenu que vous feriez un voyage dans les Pyrénées afin d’en apercevoir ! Je pense que tu accepteras cette chance avec enthousiasme !
Tonton Frantz

15 – Imaginez un personnage derrière les barreaux… Voir Paroles de détenus… Qu’écrirait-il, à qui ?

Dimanche 11 août 2013
Papa,
Je ne saurais si je dois t’envoyer des baisers joyeux comme je le faisais depuis la montagne ou si je devrais plutôt t’envoyer de tristes baisers comme le font toutes les filles d’ici… Je ne suis plus fatiguée et les entraînements quotidiens m’ont redonné de la force afin d’affronter la rage d’autres détenus. Je partage ma cellule avec Lili, elle est ici depuis septembre… elle ne parle presque pas, tant mieux, je préfère réfléchir aussi… L’ambiance ici est très tendue… nous partageons chacune notre haine parfois réaliste parfois irréelle… certaines camarades, emplies par tant de désolation deviennent folles, ou presque… Chaque jour, j’assiste à de farouches bagarres qui finissent parfois très mal. Mais notre haine qui ne fait que grandir remplace lentement la chaleur que l’on avait réussi à garder en nos cœurs… alors chaque soir on entend les cris lamentables de chaque femme qui emplissent les dortoirs d’échos larmoyants et une soudaine envie me prend de me mêler à ce choeur féminin. C’et en prison que je me suis senti le plus animale, on ne fait plus attention à ma tenue… à mon visage… en prison, nous sommes tous pareils, seule la différence de notre passé et de nos actes nous séparent… J’espère que tu me répondras vite, je t’aime !
Ta fille, Orane (14 ans)

16 – La jeune femme qui m’a laissé cette lettre dans une enveloppe est partie très vite en me disant tout sourire « Lisez-la quand vous serez seule, vous allez beaucoup rire ! ». Elle avait un petit accent… Evidemment, je n’ai rien compris à la lettre, rédigée en russe si j’en crois son auteur…

Une lettre à sa mère, en russe !

17 –Lettre qu’un personnage laisse comme un testament caché dans une enveloppe quelque part chez lui

Si vous trouvez cette lettre c’est que je ne suis plus là pour garder la cachette…
Si vous avez découvert la cachette c’est que vous cherchiez quelque chose.
Que désirez-vous trouver ?
Un trésor sans doute… Sera-t-il à la hauteur de vos espérances ?
Quel est votre désir le plus cher ?
Puissiez-vous trouver la réponse au plus profond de vous-même avec comme guide l’amour de vos proches.
Voilà, tel est le trésor que je vous laisse : la recherche de soi, guidée par l’Amour… A vivre jour après jour jusqu’au dernier souffle.
Nathalie

18 – Sur le modèle de Michéa Jacobi et de son Piéton chronique, écrivez une lettre aux habitants de votre ville ou de votre village pour leur parler d’un lieu que vous aimez en particulier.

11 août 2013
Tous à Blajoux,
Ici les rayons du soleil viennent vous effleurer et vous dire qu’il est temps de vous lever. Encore les yeux brouillés par le sommeil et la tête pleine de rêves, vous prenez votre thé brûlant et vos biscottes croustillantes en allant vous installer sur une table dehors qui vous attend pour le petit-déjeûner. Devant ces merveilleuses montagnes couvertes de calcaire et de végétation, se trouvent deux mondes que l’on distingue parfaitement. Deux rochers forment un sablier et vous rappellent que le temps passe, qu’il passe trop vite et que les vacances sont faites pour en profiter pleinement. Vous décidez alors de vous rafraîchir les idées et d’aller plonger dans les gorges du Tarn ou resteront vos souvenirs. Donc allez, allez vous revitaliser à Blajoux ou dans tous ces pays du Sud qui vous font oublier les soucis et la pluie de la Picardie.
Bises
Anne, 15 ans

19 – Une lettre à qui vous voulez où un personnage raconte sa recette préférée et pourquoi elle lui plaît autant…

11 août 2013
Chère grand-mère
Mélanger le jus de 4 citrons avec le zeste d’un citron non
traité, râpé, 3 c à soupe de
sucre roux, 2 branches de
verveine grossièrement hachées,
30 g de gingembre pelé en
fines rondelles, 2 bulbes de
citronnelle émincés et 75 cl
d’eau pétillante.
Laissez infuser 4 h au frigo, déguster filtré.
Cette recette tu me la faisais quand le temps était agréable, pour mon goûter ou quand j’avais un coup de cafard.
Pendant cette cuisine, tu chantonnais des chansons occitanes
tu me racontais des histoires et des légendes.
Je m’en souviens de ce goût si rafraîchissant, ces citrons que tu prenais de ton jardin.
Cette boisson c’est mon enfance.
Je la transmettrai à mes enfants qui eux aussi la feront.
Au revoir grand-mère
Maëlle, 14 ans.

20 – Proposition libre…

Moi, l’Argentin de Buenos Aires jusqu’à il n’y a pas si longtemps amoureux fou de son pays et ayant pour idée fixe le retour au pays, j’ai enfin trouvé mon endroit sur cette planète. Et cet endroit c’est les Cévennes. Je suis tombé amoureux de ces paysages mais aussi de son histoire et de ses gens. Et c’est donc ici en Cévennes qu’on a décidé de poser nos valises. C’est ici dans les Cévennes qu’on voudrait aussi fonder une famille. Au bout de 20 ans en France, je me suis rendu compte, après une parenthèse nécessaire en Argentine, pour pouvoir fermer un chapitre de ma vie, que la France est mon pays d’adoption. Et que les Cévennes ce sera notre terre d’accueil. Pourquoi les Cévennes ? Je ne saurais l’expliquer avec des mots, mais c’est comme ça que je le ressens dans mes tripes. Peut-être ce pays m’aidera à être vraiment heureux. C’est le seul but que je poursuis dans ma vie, le bonheur. Celui des choses simples, celui d’une fleur, du chant d’un oiseau, des balades enforêt. Ce bonheur-là.
Rodrigo Maiz Cacerres
11- 8-13
17h01

21 – Lettre qu’un personnage écrit à sa mère/ grand-mère, à son père/grand-père/ autre ? en réponse au secret de famille que l’on vient de lui apprendre.

Mirabelle
Nemours-sur-Cielan, le 11 août 1985
Chère mémé,
La semaine dernière je suis retournée à l’endroit où nous allions le dimanche lorsque j’étais petite. Te souviens-tu de ce lieu aux abords de la forêt ? On y pique-niquait si souvent. C’est là qu’un jour je m’étais blessée en tombant d’un arbre… je me souviens que j’avais si mal… je me souviens que j’ai beaucoup pleuré… je me souviens que tu m’as prise dans tes bras… si fort, si tendrement aussi… J’en garde un souvenir si puissant que mes poils se hérissent sur mon corps lorsque j’y pense…
Sais-tu, ma chère grand-mère que je t’aime et que je t’ai toujours aimée… Il faut que je te dise aujourd’hui, que ce jour-là, j’ai su, j’ai senti que tout ne m’avait pas été dit… je ne peux l’expliquer davantage… mais j’ai su et j’ai grandi, et je me suis construite avec ce sentiment. Il ne m’a jamais quittée…
Si je te raconte tout cela, c’est qu’il y a un mois, je suis allée à l’hôpital, embrasser pour la dernière fois mon oncle Gédéon. Et, avant de fermer les yeux définitivement, il a voulu tout me raconter… Tout ce qui m’a été tu, tout ce qui ne m’a pas été dit sur la disparition de ma mère. Aujourd’hui je sais… j’ai mal et je ne peux dire le contraire… Mais je me sens bien, oui malgré la blessure, la peine et surotut le déchirement que la révélation de ce secret suscite en moi depuis plusieurs semaines maintenant, j’ai le sentiment d’enfin comprendre qui je suis.
Je t’écris cette lettre, chère Mémé pour te dire que maintenant je sais, mais je ne t’en veux aucunement. Toi et les autres avez fait je pense ce que vous pensiez le meilleur pour moi.
Je viendrai te rendre visite, dans un mois, deux peut-être, oui, laisse-moi un peu de temps (car qu’est-ce que le temps ?)
Nous traversons le temps, comme le temps nous a trouvés… D’ici là, n’oublie pas que je t’aime et que je vais bien.
Embrasse pépé de ma part,
Ta Mimi

Si certaines propositions ont été tirées deux fois, d’autres ne l’ont pas été du tout :

• A la façon de Jean-Luc Lagarce dans Juste la fin du monde, quelle lettre votre personnage pourrait laisser à ses proches, qui parlerait de lui, alors qu’il saurait ne plus les revoir jamais ?

• Lettre ouverte, à paraître dans le quotidien qu’il vous plaira, au Président de la République ou à un membre du gouvernement pour dénoncer un scandale ou ce qui à vos yeux est scandaleux dans la société d’aujourd’hui…

• Une lettre à soi où un personnage s’exhorte à faire (ou à ne plus faire) quelque chose…

• Lettre d’une marraine de guerre à l’un de ses « filleuls » soldat sur le front.

• La lettre d’un père à son fils pour lui dire le minimum à savoir avant de se lancer dans la vie…

• Dans les années 30, la lettre d’un jeune homme à sa fiancée alors qu’il sait que les parents de la jeune femme vont enquêter sur lui avant le mariage.

Deux enveloppes ont été réalisées au cours de cet atelier…
EnveloppeFNVM

Enveloppes-FNVM2
*siège du Parc national des Cévennes organisateur de la journée.

Auprès de leur arbre…

Les textes qui suivent ont été recueillis auprès d’une classe d’enfants de 6 à 7 ans alors que nous travaillions autour du thème de l’arbre. L’essentiel étant bien sûr de s’amuser avec les mots, l’arbre nous a emmenés parfois là où nous ne l’imaginions pas.

Pourquoi les arbres ont-ils une écorce ?
Parce qu’ils ne veulent pas qu’on les voit tout nus.

Pourquoi certains arbres ont de gros troncs ?
Parce qu’ils ont mangé trop de frites.

Allitérations rigolotes
Le roi et la reine grimpés dans le poirier mangent leur radis en rigolant.
Lorsque le palmier pousse, des pièces d’or dégringolent dans l’eau.
La lune jaune est comme une banane posée dans le nid sur le noisetier.
Un écureuil énervé dans le séquoia essaye d’attraper une étoile.
Dans un ballon, le bouleau bricole une bouteille.
Le chocolat est dans le cœur de Chiara et Chiara pêche des coquelicots.

La vie en couleurs
Monsieur Vert regarde Madame Bleue dans le blanc des yeux. Il lui dit : « Tu sais que la nuit, tous les chats sont gris ? ». Elle lui répond : « Je t’aime ! Regarde, l’été vient, il y a de l’herbe verte dehors… ». Et aussitôt, Madame Bleue enfile un manteau violet pour partir acheter des fleurs.  Monsieur Vert, qui la regarde, découvre le pot aux roses… Il comprend qu’il fait froid et que la venue de l’été n’était qu’une blague. Il fait froid ? Allez, Monsieur Vert décide de préparer un pot-au-feu. Quand son plat est cuit, il écoute France Bleue Gard Lozère sur son poste noir. C’est sa station préférée ! Il l’écoute tellement fort que le mur bleu de sa cuisine s’écroule. Monsieur Vert a eu une peur bleue ! Heureusement, il n’a rien. Il s’asseoit sur sa chaise blanche et réfléchit : comment réparer ce mur bleu ? « Mais oui. Avec les cubes verts, ce mur, je vais le refaire. » Madame Bleue toute contente rentre à la maison, un bouquet de violettes, de jonquilles et de boutons d’or sous le bras. Quand elle aperçoit les gravats par terre, elle devient rouge de colère. Pour être exact, il faudrait dire « rouge comme une tomate ». Elle se retourne vers Monsieur Vert et lui demande de reconstruire immédiatement une nouvelle maison. Que croyez-vous qu’il répondit ? « Oui, car tu es belle comme une étoile ».

Phrases poétiques (hasard et travail de mémoire)
J’aime le feuillage orange dans la barque oubliée.
J’aime les veines violettes au milieu des étoiles.
J’aime les oiseaux jaunes citron sous les vents alizés.
J’aime les fruits gris dans la brise secrète.
J’aime les forêts marron clair à l’horizon rougeoyant.
J’aime les étoiles vert émeraude derrière la fenêtre.
J’aime les fleurs écarlates parmi les flammes mortes.
J’aime les écorces beiges dans le silence immobile.
J’aime la mer dorée à travers la muraille.
J’aime le sable jaune d’or au-dessus des nuages.

J’avais proposé aux enfants comme support de dessin les peintures sur écorce des Aborigènes australiens que l’on pouvait admirer au musée du quai Branly à Paris en 2010/2011. Et dont certaines sont reprises dans le catalogue publié lors de l’exposition La Fabrique des images, Somogy, éditions d’art. Les résultats ont été surprenants !

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Cette animation écolière a été financée par le Parc national des Cévennes.

Les mots ont des couleurs

Nous sommes partis de ce postulat : les mots ont des couleurs. Les enfants (6-7 ans) ont à peine hésité… Les couleurs ont jailli sur les bureaux ! Il y avait une chouette, un ours (vert !), des tomates, un écureuil dans un dédale de branches, une écorce écarlate…

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Animation écolière sur le thème de « L’arbre poétique », financée par le Parc national des Cévennes. Classe de B. Nory, à St-Etienne-Vallée-Française, 48.