Et si les tableaux parlaient ? [La femme qui pleure]

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©Pablo Picasso – La Femme qui pleure (détail) – 1937
Tate Modern, Londres.

 

Mes yeux crient et ma bouche pleure.

Mon deuil est maintenant à mes pieds.

Mes mains se tordent et tremblent de colère et de douleur.

Que m’importe la terre espagnole, drapeau jaune
d’épis saccagés et rouge du sang répandu.

Le bleuet des fêtes et de l’espoir déjà se fane, piétiné.

Plus d’herbes pour les troupeaux, les eaux boueuses
de mes cheveux fauchent le ciel en cataractes.

J’ai creusé mon front des tranchées de l’attente.

En vain mes prières au Dieu de miséricorde.
Etouffées. Le ciel ne sait dire que l’appel des armes.

J’étais autrefois dans l’harmonie du monde, mais le corps de la terre s’est désarticulé.

Ils ont fusillé mon homme de deux balles dans le dos.

 

Yves JaffrennouLes Toiles de Vénus, 2016.

 

En réalité, dans ce livre publié à compte d’auteur, la question que se pose Yves Jaffrennou, est la suivante : « Et si on laissait parler les personnages des tableaux ? ».
Ici, des personnages féminins qui ont pris vie sous le pinceau des maîtres de la peinture occidentale depuis la Renaissance, disent leur chant intime, et, dans l’originalité de chacune d’entre elles, engagent à chaque fois entre les tableaux et nous la possibilité d’un dialogue, d’une émotion partagée.

Professeur agrégé de lettres modernes, Yves Jaffrennou, est l’auteur de plusieurs livres et poèmes (liste non exhaustive) :
O filles de Ieroushalaïm, 1990 (éd. Clément).
La guerre de Titi, Mémoires, 2004 / Cévenol, une mémoire des Cévennes, 2005 / Les vélos indiscrets, 2007 / Simon et Louise, 2008 (éd. Cheminements).
Native, 2011 /  Le Nombril d’Eve, 2012 / Les mots du jour, 2014 (éd. LApart).
Le loup et la petite fille, un conte illustré par Evelyne Mary, 2015 (éd. Rue du monde).

 

Un Zap book jaune [≠ 27]

Emprunter Comédie classique de Marie NDiaye (1 seule phrase) mythe d’Oreste et dernier livre Autoportrait en vert
MND ne revendique pas la réalité de cette autobiographie. C’est une vérité sur le quotidien sublimé par la littérature. « Ma vraie vie, c’est la littérature donc c’est vraiment mon autobiographie. » « Peut-être que chaque femme décrite est une facette de moi-même car je suis aussi une mère, une sœur, etc. » France Culture le 11.01.2005

La question qu’on ne pose pas parce qu’on a peur de la gêne qu’elle occasionnera chez celui qu’on interroge. [toujours à propos de mon père]

« On ne compose pas de paroles avec les yeux »
M & M le 19.01.2005
(tirage de mots successifs)

[Je retrouverai sans doute les jeux d’écriture auxquels nous jouions dans les cafés avec Marc dans ces années-là. Nous en remplissions des nappes entières. Marc se fendait d’un dessin qu’il laissait sur un bout de papier et, royal, le signait en disant « Pour le garçon, le jour où il aura besoin d’argent », en imitant Picasso… Quand je pense à tous ces bouts de papier qui valent peut-être une fortune aujourd’hui, ah ah ah ! Attention ! Ce qui n’est pas signé ne vaut pas un rond ;-)]

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