Les beaux jours de Thomas Vinau

C’était à Carpentras pendant le festival de la poésie, le 20 mars pour être précise. Il crevait l’étal (léthal ?) chargé d’auteurs hyper connus, de livres bien plus grands que lui – mais j’aime ce qui est petit, et le poète – et aussi Le Castor Astral depuis longtemps, qui l’a édité. Et son titre !

c’est un beau jour pour ne pas mourir
365 poèmes sous la main

Je le bouquine chaque jour un peu, d’abord au hasard, puis page après page. Dedans, je fais des croix, des petits signes avec un crayon graphite acheté au musée Soulages. Pour moi ce sont des poèmes comme des pensées du jour qui font du bien et remettent l’esprit à l’endroit (le correcteur m’a proposé « l’espoir à l’endroit », c’est bien aussi.) J’aime ces poèmes qui partent du corps, de l’œil, de la sensation, du quotidien. Qui vous disent eh ! tout va bien, regarde autour de toi, des textes qui ne se la jouent pas, des mots pleins de tendresse.

Il y a des livres qui invitent à la vie, celui-ci en est un. J’ai sélectionné trois textes, au hasard…

La lumière n’a pas besoin de stylo

Le bruit de mes pas sur la neige
l’appel d’une buse
une goutte figée à la pointe d’un barbelé
les traces de chevreuil qui vont se perdre dans les bois
aujourd’hui le poème s’est écrit sans moi

C’est la dose qui fait le poison

des jours de peu
des mots de peu
des musiques simples
la lumière de chaque jour
anodine et merveilleuse
écrire plus serait écrire faux
composer
pauser
pourquoi vouloir plus
le rien
c’est tout ce qu’on a

Les petites joies

Calé
sur une chaise longue
dans le jardin bleu de la nuit
je me sens bien
assis dans l’ombre
à zyeuter la voie lactée
à penser aux gens que j’aime
en tirant sur ma clope
je cuve
les petites joies
de ma vie

Poèmes extraits de c’est un beau jour pour ne pas mourir 365 poèmes sous la main, Thomas Vinau, éditions Le Castor Astral, mars 2019




Dire que tu me manques est un doux euphémisme

marlen-sauvage-korbous

J’ai traversé le temps jusque-là sans encombre

Pensé dans un étau pour éviter les larmes

les soubresauts de l’âme, la crainte de te perdre.

Des jours de long ennui comme un couloir désert.

 

Les mots tournent autour de mon ventre béant

Le vide n’a pas guéri toutes mes écorchures

Quel remède quel chant pour dompter ma nature

et la mélancolie assise dans ma gorge ?

 

Les yeux rivés au sol sous la porte d’entrée

Je guette le rayon de soleil ou de lune

Et tous les carillons d’un jeudi de fortune

où tu redonneras le souffle à ma semaine.

 

De toi je n’attends pas moins que le goût de vivre

La terrible exigence pèse plus que l’aveu

Tu es mon sel ma source le bon chemin à suivre

Mais je sais marcher seule et rimer est un jeu

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Pour A.

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Texte et photo : M. Sauvage

L’horizon mangeur de temps, et autres poèmes, par Guillaume Baulès

Avec ce poème, Guillaume, 13 ans, habitué de notre blog, a obtenu le premier prix catégorie collégiens (5e, 4e, 3e) du concours du Salon des Poètes de Lyon en novembre 2013. Je suis contente de le publier ici. Merci et bravo à lui ! 

Derrière l’horizon, sans bruit,

Disparaissent le jour, la nuit.

Printemps, été, automne, hiver

s’en vont aussi, jusqu’en enfer.

L’année d’après tout recommence,

Les jours, les nuits n’ont plus de sens,

Et les saisons repartent ainsi

Mais cette fois au paradis.

Les fleurs dansent sous le soleil,

Mais se ternissent quand vient la nuit.

La lune brille et les abeilles

Se cacheront jusqu’au midi.

Ainsi se termine ce poème,

Derrière l’horizon,

Tout blême de ne plus voir

ses belles et quatre saisons.

 

Les mirages naufragés

Au beau milieu de l’océan,

Je vis la mort navigant

Dans une coque en bois d’ébène

A la recherche d’hommes en peine.

Je suis très maigre et j’ai très faim

J’aurais bien besoin d’un bon pain

Et même si l’espoir est perdu,

Je vois apparaître au loin

Sur un radeau, un jeune pingouin

Qui, aussi gras que dodu,

S’avance vers moi comme une tortue.

Il disparaît lui aussi

Dans les ténèbres de la mer

Et enfin je vois l’Algérie

Ou du moins un morceau de terre.

Ce sont les mirages des naufragés

Ou les mirages naufragés

Qui n’apportent que le bien-être

Pour enfin pouvoir rêver

Sous la magnifique comète

De Halley

 

L’exil des rêves

Dans un village à la montagne,

Sur une terre très accueillante,

Là où n’poussent pas les marécages,

Là où la vie est toute tremblante,

Mais c’est un soir, sous le soleil,

Que je vis pour la dernière fois

Ce bonheur qui pour moi

Etait à chaque réveil

Une merveille et toutes mes joies.

Je t’ai quittée terre d’accueil,

Je t’ai rejoint chemin de la mort,

Chaque jour que je passe, j’erre sans but

Peut-être à chercher mon cercueil.

Je sais que j’ai toujours eu tort

D’être un homme si bourru

Car c’est cela qui m’a coûté

D’être banni de ma contrée

D’être chassé de mon foyer.

Chaque jour qui passe mange le temps

Et je m’assois un long moment

Pour repenser aux événements.

Lorsque j’ai été arrêté

Dans une rage incontrôlable

Que je ne pouvais plus stopper

Car la mort m’y encourageait

Car la mort me soufflait :

Cet homme t’a insulté, tu dois le faire payer

Mais je ne l’ai pas fait

J’ai laissé mon courage remplacer l’incontrôlable

Aujourd’hui, je réfléchis :

Ce n’est pas pour du pipeau,

Que l’on chasse un homme ainsi,

C’est uniquement une histoire

De couleur de peau.

L’exil est la solution pour les gens désespérés

L’exil n’est pas la solution pour pouvoir rêver.

Le premier vers, par Amina M.

Penser au premier vers
c’est attendre, échauffer le fer
un jour d’hiver
Une fois rougi, s’ouvre l’enfer
à des lettres amères
qui frappent à la porte depuis hier
avec une discrète colère
qui se répand dans l’univers
se dissout dans la rivière
Elles déclenchent la guerre
et du sang… pour un seul vers
un seul, simple, court, mais cher
qui peut voir la Terre à l’envers…
Et s’ouvre l’enfer
Et passe l’hiver
Et s’échauffe le fer
Et j’écris mon premier vers.

© Amina Mannaï
(Ce poème a été écrit pendant l’atelier « Chansons » de Christiane Courvoisier)

Les poèmes de Guillaume, 12 ans

Guillaume nous adresse ses poésies régulièrement et nous les publions ici. Celles qui suivent ne sont pas particulièrement joyeuses, mais elles reflètent sans aucun doute quelques constats et interrogations pré-adolescentes…

Le mauvais jour des croque-morts

Le macchabée dans le tombeau est enfermé.
Les yeux fermés, le mort ne reviendra jamais
Sur cette terre pathétique, les cadavres sont partis.
Les croque-morts bientôt n’vivront que sur leurs os
Leurs vies ne seront comptées que par les paris.
Tandis qu’les pompes funèbres elles, finiront bientôt.

C’est l’mauvais jour pour les croque-morts.

Où sont passées les pompes funèbres pour accueillir tous les morts ?
Normalement, ils vont chercher deux ou trois morts sur le marché.
Ils avaient l’habitude dans l’métier,
D’enterrer des macchabées dans le cimetière juste à côté.

 

Qui a créé la terre ?

 

 

Qui a créé la terre ?

Les hommes pensent que c’est Dieu

 

Qui a créé la terre ?

 

Les bêtes pensent que c’est eux

 

 

Quelle est la différence entre les bêtes et les dieux ?

 

Peut-être aucune, peut-être une grande.

 

Celui qui sait est pt’être aux cieux

 

ou dans une magnifique lande !

 

 

Qui a créé la terre ?

 

Les hommes pensent que c’est Dieu

 

Qui a créé la terre ?

 

Les bêtes pensent que c’est eux

 

 

Pourquoi les bêtes inférieures

 

Et le dieu tout puissant ?
Pourquoi l’église en intérieur

 

Et les animaux dehors pleurant ?

 

 

Qui a créé la terre ?

 

Les hommes pensent que c’est Dieu

 

Qui a créé la terre ?

 

Les bêtes pensent que c’est eux

 

 

La vie est-elle donc éternelle ?

 

Dans la grande religion

 

Des animaux, nos confrères fraternels,

 

Car c’est avec eux que nous partageons

 

Nos querelles et nos opinions.

 

 

Qui a créé la terre ?

 

Les hommes pensent que c’est Dieu

 

Qui a créé la terre ?

 

Les bêtes pensent que c’est eux

 

 

Peut-être qu’un jour, les bêtes parleront

 

Mais jusqu’à ce jour, réfléchissons…..

 

Réfléchissons…..