Rocking thoughts

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Vous la regardez dans son fauteuil à bascule elle vous rappelle quelqu’un sa robe tablier à motifs géométriques votre grand-mère portait la même vous observez ses pieds joints sur la barre du fauteuil logés dans des sandales épaisses on a du mal à caser ses pieds gourds avec l’âge et votre regard remonte sur ses jambes variqueuses le ventre informe la poitrine flasque les bras posés bien à plat symétriquement sur les appuis.

Elle a l’air de souffrir dans sa posture rigide, comme tenue de garder la pose, on ne la sent pas détendue, est-ce qu’elle sait qu’on la photographie ?
Elle regarde au loin, comme si elle fixait quelque chose, elle plisse un peu les yeux. Est-ce qu’elle se balance la vieille dame ?

On dirait que son fauteuil s’apprête à s’envoler et que c’est pour ça qu’elle est inquiète elle a cette drôle d’expression sur le visage auréolé par la lumière venue de la fenêtre

et là vous les voyez les poissons ils se déplacent en banc ça pourrait être des harengs ou des sardines

mais alors elle est où la vieille ?

la photo est tombée dans une flaque d’eau, elle s’est plissée, délavée

– regardez bien le fond derrière le personnage –

et je jurerais que c’est à ce moment que les poissons se sont glissés derrière la fenêtre.

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠8

Nous poursuivons notre voyage dans l’univers  Des poissons et des femmes entamé le 4 janvier et pour une année entière : sur une image de Marc Guerra, j’écris un texte et publie le tout chaque vendredi… jour du poisson !

Texte sous licence Creative Commons

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Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 France.

Naissance

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De sa gorge s’échappe un son aigu et discordant, elle ne reconnaît pas son cri, il éloigne les oiseaux. A l’intérieur d’elle-même, c’est tout un chaos bouillant. Son sang chauffe, ses vaisseaux se dilatent et charrient le liquide brûlant du cœur aux poumons, jusqu’à tous ses organes vivifiés dans l’instant, et la moindre parcelle de chair dans son corps allongé, dilaté, augmenté, profite de ce flux. Elle est un univers en expansion. Elle exulte et crie un son rauque cette fois, qui grince comme un mât que le vent malmène. Balancée, bercée, roulée, elle flotte maintenant au loin, seule sur l’océan. Elle a répondu à l’injonction surgie de l’écume et ne regrette rien. Elle a laissé l’eau la pénétrer, l’envahir, l’irriguer, l’inonder. Sa confiance dépasse toute raison. Son buste se dresse hors de la vague, telle une proue sans navire. Elle inspire. Goûte les vents. Au-dessus d’elle, le ciel l’étreint dans sa monotonie grise. Elle aperçoit les oiseaux. Sous elle, dans les profondeurs de l’eau, ça oscille, ça palpite, ça frémit, ça frissonne, ça tremble et ça bat. Et c’est là, sucée par les courants, qu’elle sombre dans les flots, dans le silence des abysses. Aucune peur, aucun danger. Un dernier bond la propulse hors de la houle. Dans leur vol circulaire, les oiseaux l’espèrent.

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠6

Nous poursuivons notre voyage dans l’univers  Des poissons et des femmes entamé le 4 janvier et pour une année entière : sur une image de Marc Guerra, j’écris un texte et publie le tout chaque vendredi… jour du poisson !

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