Construire une ville… – Révélation

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C’était peut-être à dix ans sur les parkings de Villeneuve-Saint-Georges, quand tous les immeubles se ressemblaient et que nos cris ne suffisaient pas à nous ramener vers vous, les fenêtres sans rideaux ouvertes sur la nuit, jaunes dans le noir, les voitures tout autour, et personne dedans, la ville refermée sur elle, concentrée dans des tours hautes, indifférente, hostile, le premier souvenir de la ville, peut-être ; à Valence, entre la gare et la rue de la Cécile, le même trajet toujours, les trottoirs de la ville, les murs dressés derrière les magnolias, la tentation du mur une fois enfermée mais pour aller où ? ; dans les déambulations à Rome de la fontaine de Trevi à la place Savone, parmi les touristes japonais, cette étrange appréhension, ce sentiment que la ville menait à la perte, parce qu’avant que de l’apprendre la place del Fico ne m’appartenait plus déjà, que d’avoir jeté la pièce par-dessus mon épaule ne résoudrait rien, que l’hôtel Giulia ne m’attendrait plus, que cette ville ne tiendrait aucune promesse, qu’aucun plan ne m’empêcherait de me perdre dans quinze ans d’illusions depuis la stazione Termini ; ou bien longtemps avant dans les artères de San José, remontant à 55 miles per hour vers le soleil couchant, dans l’été indien, cette sensation de voyager dans un film, sans maisons, sans habitants, sous les panneaux verts et blancs, la ville un large bandeau noir sous les pneus, la ville comme un rêve arrosé de Budweiser, suintant le coulis rouge des pizzas, balancée dans le rythme des Chevrolet, des Ford Mustang, des Dodge et des Pontiac, sonore du ronflement des Harley et des chansons du Boss, la ville peut-être, invisible, ou que je n’ai pas vue, pas apprivoisée…

Texte et photo : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

Carnet des jours (29)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le 4 décembre 2017

Mort de Jean D’Ormesson… Rien lu de lui. Cet homme « cultivé, courtois, affable, plein d’humour dont le regard bleu inspirait confiance » a rendu les armes à 92 ans. Un bel âge pour mourir. Je suis étonnée de sa popularité en France !
Terminé la lecture de Chimères, de Naguib Mahfouz. Roman lent et subtil, qui révèle les codes de la société égyptienne, et de tant d’autres sans doute.
Le 5 décembre
On enterre Papy aujourd’hui à Hossegor… Le grand bonhomme au tempérament d’acier pour certains, au caractère odieux pour d’autres, a rendu l’âme à 92 ans. Il rejoint au cimetière sa femme et son fils. C’est tout mon passé qui a resurgi à cette nouvelle il y a deux jours. J’ai aimé ces deux hommes si différents. A la mort de Dominique, son père a eu ces mots touchants : « nous avons perdu un fils mais nous avons gagné une fille ». Comment l’oublier ? J’ai toujours eu de l’affection pour lui.

Le 6 décembre
De coup de fil en coup de fil avec le réseau revenu, je manque la nouvelle du jour : la mort de Johnny ! Ne l’apprends qu’à 13 h, et verse une larme encore sur le passé avant de retourner à mes occupations du jour.
Deux heures chez P. et E. pour pouvoir envoyer à Jan le dernier texte pour les Cosaques, commander un billet pour La Réunion, lire mes mails… Seule dans la nuit, j’ai écouté France Inter et l’émission sur Halliday, les invités tous émus (Miossec, Bono (U2), Camille…), retrouvé les grands tubes du chanteur qui a décidément occupé un bout d’espace dans nos vies durant soixante ans, repensé à mon père qui nous interdisait de chanter Que je t’aime, nous avions dix ou douze ans, lui qui ne jurait que par Retiens la nuit, appris que Charles Aznavour avait écrit cette chanson et je comprends qu’il devait y avoir un lien de cause à effet…
Une douleur lancinante dans le bras gauche me pousse à écrire un petit mot tout bête sans date ni signature pour conjurer le sort…
Terminé ce soir la lecture de Ouatann de Azza Filali. Une image de la Tunisie anté-révolution dont je me demande en quoi elle a vraiment changé après 2011…

Le 7 décembre
J’ai occulté hier la nouvelle politique du jour : la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël… De quoi attiser la colère et le ressentiment d’un peuple et de nombreux pays.
Le 13 décembre
Il a neigé sur le Vercors. Cruas crache au ciel sa vapeur blanche et casse la ligne orangée de l’horizon. Nous rentrons de Valence où se tenait le marché de Noël et où Nans et Julien proposaient « Les thés en hiver », du thé bio et des poteries… Ils font un tabac, si je peux dire.
Le 17 décembre
Aéroport Marseille Marignane. Les agents de contrôle sont fous, nous poussent à grande vitesse pour que nous passions nos bagages. Pas le temps de vider mes petits produits ! Mon tube d’argile acheté le matin pour soigner ma cheville passe illico presto à la poubelle. C’est vrai que j’ai l’air d’une poseuse de bombe. Le bonhomme de service me répète que c’est pourtant clairement expliqué. Je lui fais remarquer que je ne suis pas une machine et lui demande s’il lui arrive de se tromper. Mon sac est mis de côté. Fouillé par un gars encore plus débile qui cherche la contenance de mon parfum alors que le flacon est quasiment vide. Je lui dis qu’il est une caricature du zèle, il me regarde en ricanant, et poursuit sa fouille nonchalamment. Voilà, une équipe merdique qui a décidé d’enquiquiner les voyageurs, on ne sait pas pourquoi, mais de toute évidence il s’agit de cela car nous sommes très peu, on ne se bouscule encore pas au portillon. Bref.
Coup de fil tendu hier avec M. J’en ai perdu mes cordes vocales mais j’ai résisté à l’envie de lui envoyer un mail pour atténuer ma requête.
Le soleil de Marseille me réconcilie avec la vie. Je me souhaite un bon voyage et un bon séjour en Tunisie. Envie de réussir cette vie-là.
20h50 Terminé mon sandwich au thon façon Panini et bien entamé mon deuxième direct demandé très chaud. Servi brûlant avec le sourire. Tunisie que j’aime, exubérante, bruyante, fougueuse. Nous avons attendu plus d’une heure avec Donai, une jeune tunisienne rencontrée dans l’avion,  dans une triple file où chacun jouait des coudes au contrôle de police.
Installée au Cappuccino « café et restaurant ». Face à Avis, j’attends. Je suis celle qui attend. Je ne me plains pas. C’est pour moi le temps de l’acclimatation au pays – rapide je dois reconnaître –, de la réflexion, de l’attention aux sensations qui m’envahissent quand je pense le revoir, lui qui reste une surprise pour moi.
Mardi 19 décembre
A la recherche de la pièce manquante, cassée, du chauffe-eau. Garée le long d’une voie express, j’attends l’homme et la pièce.
Hier lundi journée d’achats et de règlement d’échéance. Le salon sera livré le lendemain, la cuisinière arrivera mercredi.
J’apprends ce matin que les élections municipales ont été décrétées pour le 6 mai 2018. J’ai éclaté de rire. Mais un décret est un décret. Sept ans après la révolution, la Tunisie sera enfin administrée localement. Le spectre d’Ennahda flotte droit devant. Toujours à l’arrêt dans une zone de commerces divers, j’observe huit femmes prenant le soleil devant Roche-Bobois, certaines en blouse de travail, un moment de pause peut-être, d’autres en manteaux, des clientes ? Toutes sont voilées. La recrudescence du voile m’a sauté aux yeux il y a un an déjà, je ne sais ce qu’il cache pour ces femmes confrontées à la schizophrénie de leur société.
[Entre le 19 et le 31, voyage dans le sud tunisien.]
Le 31 décembre 2017
Fête à Douz avec le groupe d’Italiens emmenés par Stefano, Zied et Sabrina. Nous visitons le matin la maison de l’artiste Salah, peintre sur peau de mouton, qui parle un excellent français comme les gens de son âge (74 ans). Ses tableaux sont inspirés de la calligraphie et de la société tunisienne, de la place des femmes. Salah insiste sur le geste calligraphique (il parle de « gestuelle ») davantage que sur la calligraphie et c’est vrai que cela donne un élan particulier à ses tableaux. (Mais je n’ai aucune photo de ceux-ci…)
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(à suivre…)

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet du jour (14)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

21 mars
On m’attend à Rome. Stazione Termini, les décibels déchirent mon mal de crâne. L’hôtel est situé dans une de ces petites rues près du centre, toujours en travaux ici ou là. On s’interpelle et ces voix débarquent dans mon sommeil de fin d’après-midi. Flânerie dans les rues de la ville, je retourne à la Fontaine Trevi pour écrire. Mais il pleuviote et je n’ai pas de parapluie. Je longe les boutiques pour me protéger jusqu’au lieu de mon rendez-vous. Dans mon cou, les gouttes se mêlent à la moiteur de ma peau. Conférence. J’ai fini par arriver en retard à force de virer dans les rues et les places ! F. m’a aperçue et je note un léger suspens dans son discours puis un sourire. Je ne comprends pas tout, mais il faudra bien que je m’y mette. Il me présente à quelques personnes, sourires, poignées de main, pizzeria bien arrosée dans leur QG. Je ne sais plus me repérer, je suis le mouvement, je prendrai un taxi. Mais F. me raccompagne, nous ne sommes pas si loin de mon hôtel et il repart sous la pluie. Je voudrais retourner dans ces petits hôtels particuliers transformés en musées, y passer la journée, manger un sandwich sur un banc en admirant les nuages et les couleurs du ciel. Je n’irai pas sur la place du figuier. En piétinant, je me suis foulé la cheville ! Je lis le livre de Gaudé que je traîne dans mon sac depuis mon départ et que je n’avais pas encore eu le temps de poursuivre. Fin du rêve.

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22 mars
Journée de déplacement, de voiture, de bus, de train, de navette.

23 mars
Arrivée à Tunis à une heure de l’après-midi sous le soleil. Rien avalé de la journée mais aucune faim. Je découvre l’appartement de R., un cocon lumineux dans un quartier populaire de la ville. Beaucoup de femmes voilées, Ennahda est implanté dans ces quartiers. Et je retrouve les ordures, les déchetteries à ciel ouvert… Les élections municipales n’auront lieu qu’en novembre…

24 mars
Vacances scolaires. Nous partons déjeuner sur l’avenue Bourguiba. Profusion d’entrées, bon poisson, ambiance joyeuse. Après-midi cinéma. Le ciné-club de l’Institut français passe Les mariés de l’an II, une occasion de revoir Bébel et de discuter de la Révolution française avec les spectateurs, après le film. La séance se prolonge avec la venue de Sébastien Marnier et son film Irréprochable, un thriller autour d’un beau portrait de femme plutôt borderline… Débat avec le cinéaste, c’est son premier long métrage. Il est modeste, un peu embarrassé de parler de lui. Tout ce qu’il raconte est ancré dans la réalité d’un gars confronté à la réalisation d’un rêve. Il est généreux, parle de sa rencontre avec Marina Foïs, de leurs échanges, pas faciles au début ; de la difficulté à réaliser un film en trois semaines compte tenu du financement, de sa vie de gosse de banlieue…

25 mars
Rendez-vous avec Marie à La Goulette. Petit resto sympa au chef exubérant. Nous planifions notre semaine et décidons d’une visite sur le site de Bulla Regia mercredi.

26 mars
Festival du livre de Tunis au Kram. Retrouvailles avec Françoise et La chose publique. Chœur de lecteurs avec Majd Mastoura, Yosra et les deux Mohamed. Rencontre avec Monia Masmoudi et Sud Editions. Pot dans Tunis avec les 3 étudiants + Mehdi venu nous rejoindre en fin de journée et qui nous quitte avant le repas.

27 mars
Visite à Nabeul, ses ateliers de poterie, ses magasins immenses pour cars de touristes ! Problème de cheville… Nous dînons sur le port dans une ambiance surchauffée ! Des hommes, des hommes, rien que des hommes… devant des bouteilles de bière. Ils font tellement de raffut qu’il est impossible de se parler. Mais le soleil se couche sur la mer.

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29 mars
Pas de site archéologique finalement. Petit tour dans la médina de Tunis, où je regarde un dinandier travailler pendant un bon quart d’heure. Au moment de la prière, il poursuit son martelage en murmurant. Nous discutons. Je m’accroupis près de lui. Sans que je le remarque, un homme m’apporte une chaise et je m’assois dans la ruelle. Je suis toujours surprise de ces attentions… Le dinandier a réalisé les décors et les bijoux de Star Wars, tourné à Tozeur. Il a des origines italiennes. Il me dit très bien gagner sa vie, prendre de grandes vacances, aimer toujours le métier de son père (il a repris son échoppe ici) qu’il pratique depuis l’âge de 14 ans. Il en a 59. Je lui achète une petite corbeille à fruits en cuivre blanc. Quand je repars, je fais tomber le coussin de la chaise en bois. De nouveau l’homme est là pour le ramasser.

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30 mars
Départ pour le sud. En route, visite de la médina de Hammamet, pot dans un café sur le port, photos. Arrivée dans la ville natale de R. Dîner d’un délicieux et pantagruélique repas de poisson dans un beau décor. Ici tout le monde fait des selfies en mangeant ! Jeunes couples, vieux couples, familles, femmes voilées, non voilées…

31 mars
Jour anniversaire. Je range la bibliothèque et manipule environ 3000 livres… Il en reste autant à ranger. Je dévore Philippe Jaccottet et son hommage à Ungaretti dans ? j’ai oublié le titre du bouquin.

1er avril
Méditation sous le soleil de la terrasse en écoutant les bruits de la ville. Je bouquine Gaudé en mangeant quelques fèves bouillies, jette un œil à mon travail de la veille et range encore quelques livres. Départ pour Tunis. Arrêt dans la ville au mausolée de Bourguiba. Retour sous une chaleur écrasante. Heureusement, Sousse et la Casa del Gelato… Rendez-vous à Carthage pour le film canadien Iqaluit avec Marie et quelques autres. Très bon film plein d’humanité. Dîner Au bon vieux temps. Délicieux. Discussion animée sur les indiens du Québec… Passage chez M. pour un petit rhum vite avalé.

2 avril
Réveil tardif, journée tranquille à l’appartement, travail et préparation de la valise. Le centre commercial est ouvert ! R. achète une table de salon en remplacement du guéridon qui a valu tant de casse ! Elle est jaune, on la croyait blanche ! Les surprises des achats tunisiens… Je réalise d’ailleurs que le four ne ferme pas correctement, il est neuf pourtant !

Lundi 3
Retour. Je manque le dernier bus à Nîmes…

Texte et photos : Marlen Sauvage

Ateliers de campagne (2)


Je planifiais mes interventions du mois : à Mende, la fac pour les cours de FLE*, la maison d’arrêt ; à Marvejols, l’école d’éducateurs, le centre de loisirs ; à Rieutort-de-Randon, une école primaire et une maison de retraite. C’était tout pour le nord de la Lozère. Plus au sud maintenant, une maison de retraite à Ispagnac ; à Florac, deux ateliers en soirée ; le projet Bruit de page avec trois classes de primaire (CP et CE1)… Et il fallait caser la visite à Rome, le lieu-dit sur la commune de St-Frézal-de-Ventalon, avec la responsable d’une association locale et un garde du Parc national des Cévennes, en prévision de la balade écriture prévue au printemps… Le médecin du travail venait de me demander de réduire mes déplacements ou de faire en sorte de les regrouper et de dormir sur place le plus possible. Un tête à queue sur nos petites routes l’avait échaudé et il estimait que je prenais trop de risques en roulant été comme hiver à des heures indues… Comme j’accusais une grosse fatigue et une toute petite tension, j’étais prête à en tenir compte, pour un temps donné… [
Le jour où je réalisai que je passais deux ou trois nuits chaque semaine hors de chez moi, j’en déduisis que ce n’était pas vraiment la vie que j’étais venue chercher ici ! Et je ralentis le rythme…]
Il ne fallait pas traîner, plus d’une heure de route m’attendait avant d’arriver à la fac pour rejoindre les étudiants chinois, venus de la province du Guizhou avec laquelle le département entretenait une relation de coopération dans le domaine du tourisme, de l’enseignement supérieur et de la culture. Une dizaine de jeunes, studieux, attentifs, ponctuels, sûrs d’eux, bien que leur français se soit avéré déplorable pour la grande majorité. Leur manque de curiosité pour la région qui les accueillait m’attristait ; depuis leur arrivée en octobre, ils vivaient en groupe dans une maison qu’ils ne quittaient pour ainsi dire jamais spontanément, en dehors des cours qui les emmenaient « sur le terrain », alors qu’ils préparaient une licence de tourisme. Ils achetaient leur nourriture au centre commercial du coin : soupes chinoises, tofu, vermicelle, nouilles de blé, sauce soja, etc. et m’avouaient n’avoir jamais rien mangé de français… Ne parlaient pas une autre langue que la leur. Ne se décidaient pas à entrer dans des petits commerces pour tester leur compréhension… Je ne parvenais pas à savoir si leur frilosité provenait d’une grande timidité ou d’une grande vanité. J’avais décidé d’un cours sur la gastronomie française et rapportais un tas de gourmandises pour le goûter : du nougat de Sault aux biscuits roses de Reims en passant par les nonnettes de Dijon, les galettes bretonnes et les douceurs locales : miel, crème de châtaignes, confitures de fruits rouges, pélardons et pain de seigle à la farine moulue à la meule de pierre… Quelle déception ! Seuls les garçons avaient joué timidement le jeu, picorant deux ou trois biscuits, buvant du jus de fruit, les filles étant toutes trop attentives à leur ligne… Des jeunes filles filiformes, vêtues à la dernière mode de rose et de paillettes… Mais ils étaient tout sourire et m’apprenaient des rudiments de chinois ! Je repartais avec mes échantillons sous le bras. Un jour je les emmènerais dans la ville visiter la cathédrale, se promener dans les rues, entrer dans des boutiques, questionner des passants, et nous prendrions un verre en terrasse, à charge pour eux de commander leur boisson.
Mais ce soir là je dormirais chez un ami, dans la chambre de son fils adolescent, entourée de posters de foot, de guitaristes et de karaté… Toute la nuit, j’eus l’impression de traverser ma vie. Je traversais une sorte de marché, d’espaces peuplés d’objets mais abandonnés temporairement peut-être, avec des interdictions d’aller « au-delà ». Je cheminais dans les rues, en ville, et au milieu de la foule. C’était un rêve de traversée. Un rêve très peuplé. Au-delà d’une réunion d’hommes dans une rue, une sorte d’impasse où des rideaux, des tentures, tombaient, cachaient, quoi ?, tenues par qui ? Sans arrêt je revenais à l’endroit premier, celui où j’étais censée rester, pour qui, pourquoi ? Je revenais chercher quelque chose, et je repartais, et je retraversais les espaces colorés, temporairement abandonnés. Il y avait de l’eau, quelques flaques, parfois, à enjamber, des pièges à éviter, rien de trop grave à vue d’œil, mais je devais me méfier toutefois. Et puis, j’arrivais où je devais arriver, j’étais attendue. Je me réveillais d’un seul coup, étonnée de l’endroit où je me trouvais, ne reconnaissant ni la chambre ni l’appartement. Une bonne odeur de café me remit la tête à l’endroit, G. frappait à la porte, tout doucement.
(à suivre)

*Français langue étrangère.
……………………………………………………………………………………………………………
Quand j’étais enfant il existait une série télévisée intitulée Médecin de campagne… Le médecin était une femme et la campagne alors ressemblait à celle où je vivais dans la Drôme. Depuis que je sillonne les Cévennes pour animer ici et là des ateliers d’écriture, je ressasse l’idée d’écrire une série de souvenirs arrangés autour de ces allées et venues. Tout sera donc vrai  en grande partie, et faux dans les mêmes proportions.
Texte et photo : Marlen Sauvage
(Photo : Lieu-dit Rome, St-Frézal-de-Ventalon)

Carnet du jour (11)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mercredi 8 février
De retour d’un long week-end à Aubres et Avignon. Et toujours pas repartie à Rome… Les oliviers des Baronnies valent ceux de partout ailleurs. Week-end sans repos puisqu’en formation mais pour le plaisir et la connaissance des autres. J’ai laissé filer la semaine dernière, chargée d’ateliers, et de ce beau projet de Caravane avec Quoi de 9 et le Gem de Florac. Retrouvé Sophie pour cette aventure collective. Aujourd’hui sera journée d’écriture, une maison attend de connaître son secret. Le soir sur Youtube, écouté Ricœur et Bachelard.
« Le même souvenir sort de toutes les fontaines », disait ce dernier, justement.
Long coup de fil de P., bonheur d’échanger sur l’actualité (dont je ne me repais pas pourtant, c’est le moins que l’on puisse dire), sur son métier de professeur, elle si engagée, si intelligente, si audacieuse dans ses propositions… et courageuse finalement.

Ce soir du 9 février, je me réjouis ! De quoi donc ? Je ne sais mais j’ai le cœur en joie. Peut-être parce que je viens de terminer de préparer l’atelier de demain… 1h30 de transcription de textes et autant ce matin pour imaginer des propositions qui pourront coller aussi avec le projet plastique. Rangé mon bureau, autre occasion de me réjouir. [Des petits bonheurs qui ne me coûtent que l’effort du rangement… un bonheur qui coûte, il va falloir que je réfléchisse à ça ! me dis-je en transcrivant ce journal] Réunioné trois heures durant pour la préparation du prochain festival [du livre]. Signé le nouveau contrat de mission et envoyé mes colis à S. Papoté avec A. ce matin, répondu aux mails, tweets, messages FB. Comme l’impression qu’il n’y a que l’activité qui me convienne en ce moment.

Dimanche 12 février. Aujourd’hui anniversaire de C. Hier c’était celui de ma fille chérie. Je ne peux me faire à l’âge de ces deux-là… Repensé à la discussion avec K. hier et à ses mises en garde. Dormi l’après-midi, pour noyer ma fatigue et ma lassitude.

Mardi 14 février. Moral en bas mais aujourd’hui est un jour faste. Versé quelques larmes en contrecoup au merveilleux film de Beineix, 37,2 °C le matin, que je n’avais jamais vu et dont l’héroïne m’a bouleversée (jamais lu le buquin de Djian non plus). Superbe Béatrice Dalle qui en avait dans les tripes… Quelle beauté, quel jeu. Sa folie me parle et j’ai pensé qu’avec les années tout de même je m’étais calmée. Bon, je ne me suis jamais non plus arraché un œil… Mais quelle sensibilité à fleur de peau, quelle écorchée vive, et je prends conscience qu’un homme a imaginé cette fille-là ! Il a dû la connaître, impossible autrement !
Comme un baume sur mes états d’âme, un cœur percé par Cupidon… Il ne tient qu’à soi d’accepter les cadeaux pour ce qu’ils sont. Aujourd’hui aussi, vu 4 épisodes de Belphégor, après avoir écouté Gréco sur le net. Je ne connaîtrai sans doute jamais la fin, ça a trop vieilli. Quand je pense que nous nous étions pris une rouste pour avoir tenté d’écouter le feuilleton derrière la porte ! Nous devions avoir 6 ou 7 ans ! Avant-hier et hier, c’est Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli qui m’avait bouleversée. J’ai pensé fort à S. qui ressemble tellement, je trouve, à ce Christ. Robert Powell… S. ne serait sans doute pas d’accord, d’ailleurs il n’en a pas les yeux. Les siens sont mordorés, bien aussi troublants d’ailleurs.

Le 18 février, samedi d’atelier autobio, avec 8 participants, des larmes et de belles discussions, dans ce lieu magique face à l’Aigoual, à la Rouvière, chez A. Fait la connaissance de A. sculpteur, randonneur, peintre, amoureux de la Nature. Quel bel homme à pleurer… que pleure A. toujours… Cet après-midi rangement, nettoyage par le vide. Hier vendredi belle journée ensoleillée, la première depuis plusieurs jours après pluie et froid, et brouillard, où j’en ai profité pour une balade jusqu’à Gardies, accompagnée par les chiens de N., méditation face aux montagnes, au sud, face au soleil. Grand bonheur et sérénité. Visite à E. qui a ses petites-filles craquantes près d’elle. Invitation à dîner avec T. et T. (quel merveilleux jeune homme que ce garçon de 12 ans, quelques mois de moins que Justin. Un amour aussi, mais brun aux yeux marron…) J’ai terminé de lire Thriller de je ne sais plus quel auteur anglo-saxon. Des fous rires souvent. Ecrit et finalisé le secret de la septième maison. J’ai terminé par la Crêpière… Proposer autre chose à Jan maintenant…

21 février. Rentrée ce soir de l’atelier du mardi soir sous une avalanche d’étoiles plantées dans un ciel pur. C’est cela aussi que j’étais venue chercher ici. 
Atelier d’un dynamisme rarement égalé… et d’une joie de vivre ! Avons-nous jamais autant ri ? Une enfant malicieuse dans chacune de ces femmes et de bons fous rires à pleurer. Quel bonheur ! Me souvenir plus tard combien cet atelier m’a réconciliée avec le quotidien, quand je sais tout ce qu’abritent ces vies derrière leurs visages joyeux.
Déjeuner sous le soleil du début d’après-midi chaud et doux. Passé ce matin au village pour déposer des bricoles. Commencé Montedidio prêté par C. et T. Superbe écriture de De Luca comme toujours. Je cherche une idée de structure pour la bio de P. et cette option fragmentaire me plaît tellement… Le talent de Erri de Luca tout de même… A. me dit ce matin que sa journée serait belle et ensoleillée comme moi. Quelle chance j’ai !

22 février. Journée ensoleillée et jardinage intense, taille des rosiers, de la vigne, la passiflore, nettoyage des parterres, sorti les plantes en pot. Depuis 2 ou 3 jours, je déjeune dehors, médite à l’écoute des oiseaux, leurs chants sont si différents, et depuis que je sais comment ils les apprennent, mon écoute est remplie d’émotion. Ce soir un couple de mésanges charbonnières faisait la navette entre le mirabellier et la glycine. J’avais l’impression qu’ils lorgnaient le pigeonnier, se demandant s’ils ne pourraient pas le squatter ! 
Nouvel aller-retour à SC. En raison des travaux, j’y ai laissé les baguettes de protection de la portière droite… et la pierre a rayé tout le bas de caisse… Rangement de la paperasserie, tri des dizaines de cahiers sur les rayonnages, et des ateliers « volants » qui ont retrouvé leurs classeurs. Ereintée et dans mon lit avant l’heure après une douche salvatrice. Décidé de lire Montedidio au calme, demain il fera jour.

Présence

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Je parle avec Rafaniello, aujourd’hui nous avons le temps, je lui demande si son pays ne lui manque pas. Son pays n’existe plus, il n’y est resté ni vivants ni morts, on les a faits disparaître tous ensemble : « Je ne sens pas le manque, dit-il, mais la présence. Dans mes pensées ou quand je chante, quand je répare un soulier, je sens la présence de mon pays. Il vient souvent me trouver, maintenant qu’il n’a plus une place à lui. Dans le cri du marchand d’eau qui monte avec son charreton à Montedidio pour vendre de l’eau sulfureuse dans des pots de terre cuite, de sa voix aussi me parviennent quelques syllabes de mon pays. » Il se tait un moment, ses petits clous dans la bouche et la tête penchée sur une semelle. Il voit que je suis resté à côté et il continue : « Quand tu es pris de nostalgie, ce n’est pas un manque, c’est une présence, c’est une visite, des personnes, des pays arrivent de loin et te tiennent un peu compagnie. » Alors don Rafaniè, les fois où il me vient la pensée d’un manque, je dois l’appeler présence ? « C’est ça, et à chaque manque, tu souhaites la bienvenue, tu lui fais bon accueil. » Alors quand vous vous serez envolé, je ne dois pas sentir votre manque, moi ? « Non, dit-il, quand il t’arrive de penser à moi, moi je suis présent. » J’écris sur le rouleau les paroles de Rafaniello qui ont mis le manque sens dessus dessous et il est mieux comme ça maintenant. Lui, avec les pensées, il fait comme avec les chaussures, il les retourne sur sa caisse et les répare.

@Erri de Luca, Montedidio, Gallimard, 2001

Photo : Marlen Sauvage (Rome)

Carnet du jour (5)

imageNon, ce ne sera décidément pas un journal, ni la transcription de celui que je tiens dans ce carnet bleu « de Rome ». Ou alors un journal en différé. Écrirai-je jamais sur Rome ?, me demandai-je un 23 novembre 2016. « Le temps a passé depuis le 26 octobre 2013, comme à reculons, vers un désastre annoncé. (Quelle drôle d’idée… Sans doute pensais-je le désastre derrière moi, ou plutôt l’avais-je pressenti, aussi j’y retournais fatalement.) Je reprends le carnet bleu, il sent la moisissure d’avoir croupi ces trois années dans le tiroir d’une commode, dans une pièce non chauffée. Mais cette odeur me dit son attente, son désir de moi, de mes mots, et je fais le vœu de ne pas le lâcher, de me cramponner à ses pages blanches, puis ocre jaune, et de les noircir pour accomplir leur destin. Au dehors la tempête s’est levée dans la nuit, après le déluge de la pluie ces derniers jours qui a réveillé toutes les cascades au flanc des routes, gonflé les gardons, abreuvé les champs. La tempête s’est levée et, étrangement, le calme m’a envahie, installant avec lui la confiance en l’avenir quel qu’il soit.

(…)

Le 6 décembre 2016 – Il me sera impossible de transcrire ce qui précède dans ce carnet bleu, sur le blog. Trop intime et puis, qui cela intéresserait-il ? Je parlerai donc de Rome, uniquement de Rome, ville fantasmée plus qu’arpentée. En ce jour de migraine, alors que le temps est au beau, dehors dans le ciel placidement bleu les cimes des châtaigniers ne bronchent pas d’une branche, je construis dans ma tête le texte destiné à l’atelier de François Bon. Un lieu point virgule un lieu. Pour moi ce sera ça.

le 10 décembre – Trente ans de Ballet Bross’ ce soir à la Genette. Beaucoup d’énergie dans ces spectacles de danse. Les plus anciens ont ma préférence, serait-ce que je vieillis ? Ecriture minimaliste dans le travail des plus jeunes, voire pas d’écriture du tout. Revu avec bonheur quelques ami(e)s. Terminé la correction de la thèse sur le polar noir, de Amin. Mais c’était hier. Donc, je vieillis. D’ailleurs demain jour anniversaire. Le sanglier marine et je n’ai aucun humour pour aucun jeu de mots.

Le 13 décembre – Réveillée pour le haïku ! En flânant sur FB, traversée par les images d’un long rêve où de jeunes femmes dansaient en short noir (réminiscence du spectacle de Ballet Bross’ sans doute) et puis cette soirée où je me rendais avec une amie (impossible de la reconnaître pourtant), à pied, parce que je n’avais pas compris qu’il fallait prendre la voiture. Une histoire aussi de gâteau ou de confit que je n’avais pas goûté en raison d’un malentendu. Bref c’était le rêve du malentendu et de l’incompréhension qui n’engendrait aucun conflit, seulement la sensation de passer à côté de la plaque, à côté de l’essentiel. »

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Carnet du jour (3)

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23 octobre 2013, suite. Ce serait donc le carnet de Rome. La ville de la perte et du malentendu.

Le malentendu trouve son origine  dans l’évidence entretenue… pour l’une, que l’autre saura son désir de marcher en direction du Colisée, de la Piazza Navona, de la Villa Borghese, de la place du Peuple… pour l’autre, qu’elle saura son désir de rester sur place, Fontaine Trevi, pour photographier à leur insu les touristes venus se prendre eux-mêmes en photo, lançant une pièce dans ladite fontaine, saisis le bras en l’air la pièce dans la main droite – car le mouvement à respecter est celui-ci, de droite à gauche en passant par dessus l’épaule – et ainsi persuadé qu’elle aura deviné cet incommensurable désir de s’imprégner du « sujet », de « shooter » une heure durant malgré la pluie légère d’abord puis drue, des colonies de japonaises, il ne comprendra pas que l’autre, qui n’a évidemment rien envisagé de tel, tourne, vire, arpente et finisse par se perdre, agacée de ne pas même avoir admiré les façades ocres, les porches des demeures qui abritent des musées particuliers, les galeries d’art, les boutiques de papier, de peinture, d’encre, les librairies, les bouquinistes, les marchands de bondieuseries, les cavistes et les pâtisseries.

(Quand ils se retrouvent l’un devant l’autre sous une pluie battante, au milieu d’une foule désordonnée fuyant se réfugier sous les arcades proches, seuls enfin à se toucher, je ne sais plus s’ils pleurent ou si c’est qu’il pleut tellement. Il se tient devant elle comme ce jeune père venu porter des chaussons bleus à la maman qui venait d’accoucher d’un enfant mort. Elle est désemparée, lui enlève ses lunettes pour les essuyer, car il pleure vraiment. Mais ça, c’est dans un film. La première soirée à Rome est une soirée ratée.)

(À suivre)

Carnet du jour (2)

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Rome pourrait être – si ce n’est rester, car nous avons déjà décidé de faire le vœu à la fontaine Trevi, de revenir – la ville de la perte et du malentendu.

Parmi aussi les évocations de Rome, il y aurait celle de l’amour lié à la ville à cause de son nom même, au palindrome évocateur, ROMA – AMOR. Rome, ce serait aussi la foule sur le Corso le samedi, où l’on choisit de poursuivre notre déambulation néanmoins, et le niveau sonore inhérent à la fougue latine. Rome, ses cafés longo, espresso, americano, cappucino, con latte… Rome et ses ruelles où s’ouvrent des galeries inattendues comme celle où nous découvrons les dessins de Lord Compton.

A Rome, les façades anciennes jettent leurs ocres écaillés aux yeux écarquillés des passants.

Rome et son forum qui saisit l’âme pour la conduire à rebours du temps, douze siècles auparavant, et l’on se sent partie intime de cette humanité qui nous a précédés, élevant des temples à ses divinités. Rome et ses marchands de fruits, ses vendeurs à la sauvette auxquels on tente d’échapper en ondulant le long des trottoirs bondés. Rome et ses musées, le Capitole, la Ghaleria Borghese, le musée Barberini et leurs collections impressionnantes où dominent Titien, Rafaello, Caravaggio, et Filipino Lippi et Ghirlandaio…

Je disais donc la ville de la perte et du malentendu.

À quel moment se perd-on dans une ville inconnue alors que dans la poche pèse la clé de l’hôtel et que l’on tient à la main un plan du quartier ? Déambuler, errer, se planter devant une façade, poursuivre son chemin dans des ruelles fanées qu’éclaire un bout de ciel, déchiffrer des inscriptions dans la pierre érodée, bousculer des passants, scruter la vitrine d’un antiquaire en quête de l’objet le plus inattendu, et puis en un instant, comprendre que l’on s’est transporté loin de l’autre dans un temps non mesurable, ce qui en amplifie la profondeur, parce que la seule chose qui (ne) nous manque (pas) en vacances, c’est une montre.

(Et que le mobile n’est pas non plus un accessoire indispensable.)

On se perd dans une ville dés l’instant qu’on ne peut pas estimer la durée pendant laquelle on a baguenaudé, croisé des sourires, capté des morceaux de conversation, échafaudé des plans sur la comète – louer un appartement dans telle rue en basse saison pour venir y écrire loin de tout – oublié que l’on n’était pas seule précisément ce jour-là dans cette ville-là. On se perd des l´instant que le plan du quartier ne nous sert à rien parce qu’on en a dépassé les limites ou parce que le nom des rues n’y est pas mentionné, que la police de caractère n’excède pas le corps 5 et que le jour s’enfuit.

Une fois perdu, reste à se retrouver. Remonter les avenues, la succession de « corso », les rues, traverser les placettes, contourner les places, rechercher le café qui servait de repère, revenir sur ses pas, cet hôtel sous le lierre, l’avait-on abordé de face ou de côté ? – lever les yeux au coin des bâtisses pour y retrouver le nom de la rue mémorisée, la plus proche de notre rendez-vous, tenter d’interroger le passant dans sa langue, puis enfin reconnaître dans la signalétique un panneau indicateur.

(Ce n’est que des années plus tard que l’on comprend ce qui se jouait là, la réalité de la perte, ce qu’elle signifiait vraiment, ce qu’elle laissait augurer. On avait perdu l’autre. L’autre insouciant. Nous nous étions perdus.)

(à suivre)

Carnet du jour (1)

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Ce devait être le carnet de Rome, ouvert un 26 octobre 2013. Un FABRIANO CLASSIC ARTIST’S JOURNAL  à la couverture cartonnée bleu marine et aux 12 cahiers de 16 pages, alternant pages blanches et pages ocre jaune. Seules 7 ont été noircies de mon écriture  au crayon de bois, un énorme crayon court acheté dans la même boutique que le carnet. Ce sera un objet comme tant d’autres semblables qui rejoindra, une fois rempli, le grand tiroir du meuble coloré. Ce tiroir qui n’a plus accueilli aucun carnet depuis trois ans.

Car il y a le blog ! Un autre carnet. Le carnet qui devait remplacer tous les autres… Or, il m’est impossible d’écrire la même chose sur le blog que sur mes carnets. Ici même j’en ai transcrit plusieurs, de ces journaux personnels et carnets de voyage, de nombreuses années après les avoir écrits, en supprimant parfois certains passages. Une question de pudeur à ne pas étaler au temps T ma vie du moment. Ce serait pourtant la fonction première du blog, celle d’un journal « extime »… Depuis ce blog et mes premières transcriptions, plus de carnet « intime » sur lequel je m’attardais chaque soir. Plus d’écriture « à la main », un clavier et rien d’autre. Et de la fiction, des citations, des images, qui en disent sans doute autant de mes pensées, rêves, émotions, tourments… De la fiction pour échapper à la réalité. Comme lorsqu’enfant puis adolescente, je ne sortais le nez d’un livre que pour le plonger dans un autre.

Et puis aujourd’hui le carnet de Rome… Qui m’appelle et réclame ma main. J’y écrirai d’abord. Qui sait si ses pages ne se retrouveront pas ici, livrées telles qu’écrites…

(À suivre)