Jardin sauce vinaigrette

6 h 45, je file au jardin pour un semis de haricots nains. Le soleil sur les cabanes patine le bois brut d’une douceur dorée. Ici, c’est la campagne à la ville, on est un peu en dehors de la vie, malgré le garage en face des parcelles ; en dehors dès l’instant que l’on a les mains dans la terre. Je n’avais pas prévu de retourner une fois de plus le bout de jardin non semé, mais c’est une terre à cailloux et à glaise, il faut casser les mottes et désherber encore avant de tracer les sillons et y jeter les graines.

Un coup d’œil derrière moi pour saisir ces tournesols orangés et l’intrus au milieu !
Deux heures après mon arrivée, il est temps de plier bagage, le soleil chauffe déjà, les promeneurs arrivent sur la digue, les élagueurs élaguent, et je traîne la patte jusqu’à l’appart… Oublié le massage ayurvédique d’hier…

Un petit café réparateur en arrivant, devant le bouquet de zinnias et le miel tout frais sorti de la ruche, cadeaux reçus hier lors d’une visite à des amis paysans. Et je déguste pour la énième fois la Vinaigrette n°3 – revue moléculaire de photo/poésie – qu’édite Sandrine Cnudde, avec un texte de Bérengère Cournut, qui donne envie d’en lire davantage de cette femme qui entend chanter les falaises.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Avec Sandrine Cnudde

marlen-sauvage-patience-fauves

« Je suis à l’heure
tu t’assois près de moi la brume
si immobile tu passes pourtant
tes longs doigts dans ce qui
me reste de cheveux sombres
des formes enragées bondissent en
braillant comme si je leur avais
volé une chaussure
je regarde longtemps comment meurt le jour
toi tu m’accompagnes jusque chez moi
sous la table du monde
où les pensées qui s’échappent sentent
le thym comme l’ombre ce poisson
qui se tient au milieu de l’eau sans se cacher
je me déplace avec elles
je les désire
même si au fronton de l’autre rive
cette barque de pierre
mes paupières closes
je reste là au centre de mon frémissement
sans bouger si immobile
à compter
les ondes qui font voler les fenêtres
encore
encore
une branche se met à chanter
peu à peu
tout ce qui m’enveloppe
me ramène dans le sillon éclatant
de la chanson
de l’action
ce n’est que bien après que
le ciel pâlit. »

Sandrine Cnudde
« Mes nuits avec le corps de la nuit », Patience des fauves
Editions po&psy – © érès, 2017