Ecouter le silence…

© Julie Heendrickxen 2022 – Cyclone du 21 février 2022 à La Réunion.

« Comme Elie – avec lequel d’ailleurs il s’entretint, ainsi qu’avec Moïse, au mont Thabor lors de la Transfiguration, le Christ a beaucoup marché, est allé au désert, s’est élancé au ciel.
Comme Elie, il a parcouru tous les axes de la rose des vents, de l’ailleurs. Comme Elie, il est parvenu jusqu’au cœur décentré, insituable, de la rose éclatée. Mais Elie a fait autrement l’expérience de ce cœur mis à nu, mis à vide, de la rose des vents, de l’ailleurs, de l’absence. Fuyant la cruauté de Jézabel, idolâtre de Baal, Elie se rend au désert où il se couche et veut mourir. La mort lui est refusée, il est sommé de se remettre en route et il marche quarante jours, quarante nuits, jusqu’au mont Horeb. Là-haut s’opère une théophanie – la plus surprenante des théophanies, car la plus dépouillée. Une théophanie qui évacue, annule, renie la gloire et la puissance, qui renonce au grandiose. Une théophanie de rien, d’une infinie discrétion. Une théophanie minimaliste. Eclatent coup sur coup : un grand ouragan, un séisme, un feu violent. A chaque fois il est précisé que Dieu ne s’y trouve pas. Le spectaculaire n’est mentionné que pour mieux être rejeté, dénoncé comme illusion, voire imposture.
Trois formidables coups pour rien. Ou, plutôt, s’il s’agissait des trois coups annonçant la levée du rideau, appelant le spectateur à l’attention, à la concentration, à la plus vigilante écoute ? Car c’est effectivement alors, alors seulement, que quelque chose advient – un inouï je-ne-sais-quoi.
Ce qui a lieu ? « Un son de fin silence » (1 R 19,12). Il faut avoir aiguisé son ouïe à l’extrême, s’être entraîné à l’absolu de l’attention, pour devenir apte à percevoir un souffle si ténu. Il faut s’être sondé, s’être soi-même exploré jusqu’au plus obscur de sa conscience, au plus lointain de ses pensées, avoir maintes fois accompli le tour de son domaine intérieur par cercles toujours croissants et cependant plus resserrés, enfin avoir atteint l’infime désert de l’oubli de soi, pour pouvoir être effleuré, touché, visité par un tel inaudible soupir.
Paul Valéry notait « qu’il est rare de penser à fond sans soupirer. A l’extrême de toute pensée est un soupir. » Combien cette remarque prend d’ampleur lorsqu’il s’agit de penser l’impensable, l’indicible. Dieu. »

Sylvie Germain, Les Echos du silence, Editions Albin Michel, 2006, 2021.

© Julie Heendrickxen 2022 – Cyclone du 21 février 2022 à La Réunion.

Dans la série Je vous emmène (3)

J’ai poursuivi ma route et vu défiler ces paysages dans le silence.
« Le silence est comme une note suspendue qui permet de mieux entendre celle qui précède et celle qui suit. Il prépare la qualité de notre présence à l’autre et la profondeur de la rencontre. Le silence est une école du respect. Respect de la création. Respect de l’homme… »
Michel Hubaut, Les chemins du silence, DDB.

MS

Beauté (14)

 

Frederique-Terres-D-Encre

Le sentiment-paysage du matin du 30 octobre 2017, par Frédérique de Carvalho :

quelquefois en fait chaque fois que

l’on voit  ce qui

est

on entre

on ne sait pas ce qui

s’ouvre

on n’en a pas

idée

quelque chose traverse on est

traversé

ce n’est plus le regard

ce n’est plus ce

qu’on sait et qu’on peut

dire ou

taire

c’est la peau

qui

disparaît

on est passé dans

les silences

vivants

Texte et image : ©Frédérique de Carvalho

A 21, j’arrête !
Quel serait votre « sentiment-paysage » du moment (ou d’un moment…) et quelle(s) photo(s) pour le représenter ? J’attends vos photos/images et/ou textes sur lesateliersdudeluge@orange.fr Merci ! (Marlen Sauvage)