Ils ont slamé leur poésie

Tout arrive. Les textes des slameurs du collège Achille Rousson sont ici (St-Etienne Vallée française, 48). Slamés en juin dernier pour les adieux… Publiés avec leur accord.
Ne savais-tu pas que des millions de gens meurent en Afrique
Ne savais-tu pas que dans le monde il y a autre chose que toi
Que des gens meurent de faim et de froid
Des femmes se font battre, violer, vitrioler
Des hommes se font exploiter, frapper, torturer
Ne savais-tu pas qu’on a une vie paisible
Malgré tout ce qui se passe on est tranquille
Ne savais-tu pas qu’il n’y a plus d’emplois
Que des gens se retrouvent sans toit
Des pays aujourd’hui encore sont en guerre
Et nous on ose parler de misère
Ne savais-tu pas que dans des pays on s’tait
Qu’il n’y a pas moyen d’exprimer ses idées
Ne savais-tu pas que les enfants n’ont pas le droit à l’enseignement
Alors que nous on fait les cancres en Occident
Ne savais-tu pas que la couche d’ozone est touchée
Que l’on risque tous d’y rester
Ne savais-tu pas que le réchauffement climatique
N’est pas un mythe mais bientôt au stade critique
Maintenant que tu sais tout ça
Regarde mieux autour de toi

(Auteur : Mélissa, « Egoïste ignorant »)

J’ai oublié

J’ai             oublié                         d’éteindre la lumière
en partant

J’ai             oublié                         de fermer l’eau
en me brossant les dents

J’ai             oublié                         de couper le moteur
de la voiture lorsqu’elle etait arrêtée

J’ai oublié de débrancher mon ordinateur
en sortant

Ça va, c’est pas moi qui paye la facture

En attendant, en Afrique ou ailleurs
les gens disent plutôt :
J’ai oublié de manger a midi…
et hier aussi…

(Auteur : Elisa)

L’Avenir est un défi
C’est une quête constante, épuisante, à laquelle je ne peux me dérober.
L’Avenir est un inconnu, que je peux craindre ou au contraire aimer
et m’amuser à habiller d’espérances et de projets.
L’Avenir est un salaud,
Il me force à remuer ma carcasse,
à changer pour lui, à devenir une autre,
sans quoi je resterai bloquée dans mon passé.
L’Avenir peut prendre la forme de ce que je veux,
se modeler selon ma volonté.
L’Avenir est un inconnu,
qui m’effraie en me séduisant, qui m’attire en me repoussant.

(Auteur : Diane)

Hier
Hier je dormais
Aujourd’hui, je respire
Enfin j’ai décollé de cette toile
Sans soupir
Je ne veux pas rester en face
De l’étrange carcasse
Qui restera de moi si je m’attarde,
Je calcule aujourd’hui le défi
De l’avenir
Comme le pommier d’automne
Si je ne fais rien je perds mes pommes
Je suis inquiet pour le passé
Et le futur me séduit
Je pense bosser
Pour avoir ce dont j’ai envie
Je le décide aujourd’hui
J’ai bien compris que ce n’est pas fini
Mais ce savoir m’aidera
A faire valoir mon bon vouloir

(Auteur : Julien) 

Sans ami
On marche sans but
Sans projet, sans idéal
Chaque heure dure 666 minutes
Dans un vide intersidéral
On ne peut plus parler ni rire
Sans ami
Cent états d’âme
Toute ma vie est un drame
Plus de complicité plus de paysage
A la vie
A la mort
Toi mon ami
T’es comme un ange
Avec toi plus rien n’est étrange

(Auteur : Thibaut)

 

Ami un jour, ami toujours.
Cette vieille promesse est restée.
Même si la vie nous joue des tours
Nous l’avons toujours respectée.
On s’est fait rire,
On s’est disputé
Je t’ai écouté
T’as beaucoup parlé.
Je t’ai raconté tous mes malheurs.
T’as su les garder dans ton cœur.
Jamais mot tu n’as soufflé
De la tempête de mes secrets.
T’as toujours été près de moi
Quand j’allais mal plus d’une fois.
Il n’y a jamais eu de grosse trahison
Mais de l’amitié à profusion.
Seul toi connais mes faiblesses comme mes points forts
Et me contredis si bien lorsque j’ai tort.
Nous sommes les mêmes
Nous sommes liés
Par un sentiment plus que sacré.
Tu lis dans mes pensées comme dans un livre ouvert
tu me fais m’évader, tu me changes d’air.
Il n’y a que toi qui peux comprendre
Quand je n’ai rien envie d’entendre.
Il n’y a que toi, il n’y a que nous.
Ensemble, plus fort que tout…

(Auteur : Melissa)

Une tache de sang, une tache.
Des mots, des injures que tu rabâches.
Encore et encore sans relâche, lâche,
Jusqu’à ce que le bonheur
tu m’arraches.

La haine, la haine s’installe
La confiance vaut plus que dalle !
Moi qui te pensais formidable
N’ai pu éviter l’inévitable

Je te l’avais donnée la clef,
La clef qui savait m’ouvrir
Tu n’as pas su la garder
Et je ne puis que souffrir

Il n’y a plus d’attachement
Je t’aimais étonnamment
Je ne fais plus de fantaisies
Je cherche un peu de poésie

Cela frêne ma léthargie
Ma léthargie n’est que folie
Tu étais oui un vrai frère
Un pote avec qui parler
Mais tu n’as pas su te taire
Tu as mis à la lumière
mes secrets.

(Auteur : Melissa)

Dans la bouteille tu trouves du réconfort.
Une mélancolie ivre jusqu’à l’aurore.
Tu noies toujours dans ta chope de bière
La liqueur de tes soucis en un goût amer
Mais tu ne comprends pas que ton allégresse
N’existe qu’aux travers de ta noble tristesse
La putain de boisson est ton exutoire.
Elle a le caprice de te laisser choir
Complétement, elle fait de ta face un débri
Car elle est surtout ton plus grand ennemi
Ce poison crée un monde fabuleux
Où tout ne peut être que merveilleux.
Son whisky, son rhum, sa vodka ou son vin
Font les fameux fers qui fondent ta fin.
Un peu sadique est ton fatal plaisir
Puisque tu t’épuises vainement à souffrir.
Ton simple regard est devenu vide
Ton sombre visage est marqué de rides
Tes joues pleines sont devenues arides
Ton teint éclatant est maintenant livide.
La vie s’efforce de couler lentement
Alors que tu aimes à perdre ton temps
Dans ton monde libre et imaginaire
Où toutes tes plaintes ne sont qu’éphémères
Un flot de rancune te boit rapidement.
Ton cœur est une boîte à ressentiments.
Autour de toi volent des espèces de charognes.
Plutôt que de t’aider ils te traitent d’ivrogne.

(auteur : Mélissa)

Ce qui m’énerve c’est ça
Que l’on juge quelqu’un que l’on ne connaît pas
Sur ses origines ou sa religion
Sur ses choix ou sa nation
Les mots ont le pouvoir de blesser
Et les cons de critiquer

Ce qui m’énerve c’est ça
Parler, parler, parler pour ne rien dire
Parler à en mourir

Un homme on ne peut pas juger
Juger sur ce qu’il est
Car il n’a rien demandé
Qu’un petit peu de silence
Le silence ça sert à quoi ?
A éviter aux ignorants
De déverser le sang

Certains devraient le fréquenter
Car la parole en a assez
D’être utilisée a tort
Quand on la prend et qu’on la tord

Je suis, tu es, nous sommes
Car nous sommes tous des hommes
Lassés, lassés des préjugés
Marre, marre, de ces bavards
qui ne savent pas ce qu’ils disent

 Ce qui nous énerve, c’est ça

(Auteur : Melissa)

Un canapé en cuir
Des fauteuils
Une télé
Une bibliothèque
Une table en morceaux
Le vaisselier gratté par le chat
Une peinture horrible
Un tabouret casse-gueule

Ma sœur

Ma chaise de bois
Ma playstation
Ma table basse
Ma fenêtre
Les jouets d’mon p’tit frère
Les rideaux arrachés par le même chat
Les coussins peu confortables
Le carrelage glissant
Le placard bien rempli

Les perles de ma mère

Une guitare monocorde
Le jouet du chat inutile
La vue sur la cour déserte
Une grande porte qui explose les doigts
Des jeux de société
Un lapin crétin, moche et serein
Un meuble à chaussures vide
Des chaussures devant le meuble
Des vieux parapluies
La porte de mon placard
Mon placard
Mon nutella
Le vélo d’mon frère
Son horrible klaxon
Une trottinette
Un patin à roulettes
Un jouet cassé et mâchouillé
Une rédaction coloriée
Une punition sur une table

Un petit frère aux fesses rouges

Un ballon passable
Un action-man farouche
Une couette sommnifère

Un gentil petit frère

(Auteur : Julien)

Elisa

Un arbre
Un tilleul
Une graine plantée à ma naissance
Avec de majestueuses branches
Une toute première feuille
Les prémices d’un ange.

Un arbuste
Un centenaire
Un faiseur de tisanes
Un morceau de bois dans la terre.
Des yeux dans l’écorce
Un sourire dans les branches
Des bras regorgeant d’oiseaux.

Deux enfants nés en même temps
Un homonyme végétal.

(Auteur : Diane)

Quand la faim entre en collision
Avec mon imagination
Je mélange sucré et salé
La farine et l’acidulé
Je crée une panoplie d’odeurs
Que j’associe à des saveurs
Mes ingrédients sont mes souvenirs
Je veux créer un elixir
De tous ces bons moments passés
Avec ceux qui vont le manger
Que ce parfum leur fasse penser
à un moment très gratiné.
Que l’amer leur rappelle la mer
Et que le sel les remette en selle
Mais quand ma mixture est achevée
Je vois leurs mines dégoûtées
Pourquoi mon p’tit plat les débecte ?

C’est simple : il est infect !

(Auteur : Diane)

Une sucette au goût artificiel
Des couleurs de l’arc-en-ciel
Des chewing gum, des carambars
Achetés au tabac-bar
A la sortie du collège
Pas besoin d’un grand manège
L’attraction c’est les bonbons
Petites filles ou grands garçons
Ont chacun dans la bouche
Un souvenir qui les touche
Car il nous rappelle notre enfance
Et les toxines de l’insouciance.

(Auteur : Mélissa, « Sweet memories »)

 Tu passes ton temps à blablater
Poil aux pieds
Et tout est un drame avec toi
Poil aux doigts
Ton passage est comme une tempête
Poil à la tête
ça m’donne des envies d’homicide
Poil au bide
Et puis soudain, tu r’deviens ange
Poil aux hanches
Mais c’est pour mieux recommencer
Poil au nez !

(Auteur : Diane)

Participants à l’atelier Slam : Basile, Diane, Elisa, Julien, Melanie, Melissa, Samuel et Thibaut. Les textes slamés ont été sélectionnés par les collégiens.

Des mots pour les collégiens

A Saint-Etienne-Vallée-Française, c’était tous les lundis ou presque, atelier Slam Poésie au collège Achille Rousson. Sept jeunes d’une quinzaine d’années, en classe de 3e, écrivaient dès 9 h. Le sommeil souvent accompagnait les premiers mots. Pas facile de se retrouver « au bahut » pour une semaine d’internat, même quand on démarre avec un atelier d’écriture… Les « externes » paraissent toujours plus chanceux (l’atelier en compte quelques-uns).

Tous ont écrit sur les thèmes qu’ils avaient choisis : l’amitié, le groupe, l’avenir, l’amour, les interdits, l’autonomie, et d’autres encore. En ce moment, nous révisons les textes, pour une scène slam qui devrait se tenir au collège le 22 juin après-midi. Ils seront publiés plus tard donc sur ce blog, avec l’accord des collégiens.

J’ai souvent répété que dans l’atelier, rien n’était finalisé, rien n’était parfait, mais que la grâce, parfois, se tenait en embuscade. Je fais donc exception à la règle, je poste cette unique vers qui me paraît être de ce côté de la surprise, écrit par Thibaut :

« Un jour la terre ne sera plus qu’une carcasse accrochée à une toile d’araignée. »

MS