Un mot, une définition, par Guy Castelly

Photo © Marlen Sauvage 2021 – Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022.

« Le rêve ne nous quitte pas au réveil. Il est la couleur qui va imprégner notre journée. Il nous surprend, alors que nous l’attendons. Nous le faison naitre, et il nous enfante. C’est quand nouss l’oublions qu’il est le plus fort en nous. Et pour cette raison, il nous enchante et nous effraie. »

Chroniques martiennes, Ray Bradbury.

Partager un rêve. Se réveiller, revenir dans ce qu’on nomme réalité, vouloir retrouver – ou devoir retrouver – le contrôle de soi, puis retourner par fragments au déroulement des images, des couleurs, des bruits si réels et si forts. Et dans la foulée avoir envie de raconter, de partager, pour se soulager du poids des émotions, pour se rassurer, ou bien pour ne pas oublier, pour que cette autre réalité reste vivante, frémissante, touchante. Prendre le risque alors  de la défaillance de la mémoire, de la trahison. Ces scènes si réelles, si persistantes, peuvent en fait alors, rétives, s’évader , disparaître par bribes. Ou même s’échapper totalement, définitivement. Il reste, avec l’être aimé, le partage souvent réconfortant du ressenti. Il reste au plus profond de nous, loin parfois de notre conscience, les graines de vécu, d’émotions passées ou à venir que le rêve a semées.

Auteur : Guy Castelly

Trahison, par Sabine Lavabre Chardenon

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Sabine Lavabre Chardenon

Tromperie, manipulation, tant de temps passé à calculer combiner cacher, tant de temps perdu pour en finir là !

Vous le voyez dix contre un, le combat était inégal. Trente ans durant ils ont cherché, tissé leur trame, sans jamais trouver. Trente ans à zigzaguer, vêtir différents costumes, Cinquante ans à prêcher le faux pour faire le vrai. Comment imaginer un instant qu’un petit Français ferait tout capoter ? Comment imaginer qu’ils feraient feu de tous bois, qu’ils exploiteraient sa vie son physique ses amis. Comment être aussi tordu, imaginer une telle souricière ?

Faire des mièvreries devant, aller jusqu’à faire croire ce qui n’est pas, se jeter dans les bras du loup au risque d’y rester ? Se laisser tripoter caresser, presque jusqu’à la phase ultime, s’être montré tactile, sensible sans aucune retenue dans le seul but final que j’agisse, je parle. Me faire monter dans les tours de telle façons que j’explose. Il fallait qu’ils soient bien démunis pour en arriver là. Trahir une amie, trahir des règles et des principes . La fin explique les moyens diront-ils , je le crie je vous le dis trahison, manipulation.

Autrice : Sabine Lavabre Chardenon

Hier, aujourd’hui, demain, par Sabine L. Chardenon

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Sur une proposition élaborée à partir d’un texte de Tristan Mat, Le journal de la phrase. Marlen Sauvage


Autrice : Sabine Lavabre Chardenon

Hier je n’ai pas voulu, je n’y ai pas cru

Hier j’ai refusé de voir d’entendre, d’écouter

Hier il s’est fâché on s’est disputé

Aujourd’hui à l’ombre du cyprès j’ai rêvé j’ai pleuré .

Aujourd’hui j’ai cru que ça arriverait 

Aujourd’hui rien ne s’est passé

Aujourd’hui il a ricané 

Aujourd’hui il est parti

Aujourd’hui je suis seule pensive.

Demain tout recommencera

Demain je saurai je lui écrirai

Demain je finirai cette lettre

Demain il la déchirera ou la lira

Demain j’y croirai

Hier j’ai été convoquée 

Hier  j’ai écouté noté caché ma honte

Hier j’étais au désespoir 

Hier j’ai cru que tout était fini

Hier j’ai crié pleuré tempêté

Aujourd’hui j’ai compris 

Aujourd’hui je sais  rien n’est définitif 

Aujourd’hui je sais tout se mérite

Aujourd’hui je change, je continue 

Hier tout était fleuri, vert

Hier la nature naissait vivait

Hier dans les arbres, les oiseaux nichaient 

Aujourd’hui les feuilles  jaunes marron ou rouge tombent

Aujourd’hui les oiseaux débutent leur migration

Demain tout sera blanc la neige sera là

Demain tout sera silencieux

Demain on attendra le printemps

Autrice : Sabine Lavabre Chardenon

Un mot, un cri, par Chrystel Courbassier

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Chrystel Courbassier

Parlons de meurtre si vous le voulez bien. Il était dans ma liste de mots à crier. J’ai hésité. Entre meurtre et caresse, c’est meurtre qui l’a emporté.  Ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas, c’est ainsi. Un fin psychanalyste y verrait là-dessous quelque chose de la dualité pulsion de vie-pulsion de mort avec chez moi une prédominance de la pulsion de mort. Mais il n’y a pas de psy dans la salle, n’est-ce pas ? Alors continuons s’il vous plaît. Si j’ai tué cet homme, c’est parce que je voulais le faire, parce que j’en avais envie, oui, c’est ça, envie d’en finir avec son existence, le tuer de mes propres mains, le voir mourir sous mes yeux, j’voulais qu’il meure, depuis longtemps déjà, et qu’il meure dans d’atroces souffrances s’il vous plaît. Parce que savait-il ce que ça faisait, lui, de souffrir ? Non, bien sûr, il ne savait pas, je suis certain qu’il ne savait pas, alors je souhaitais qu’il sache, une bonne fois pour toutes, qu’il sache dans son corps et dans sa tête comment ça faisait de souffrir et de mourir aussi par voie de conséquence. Ne prenez pas cet air choqué, cela arrive à tout le monde d’avoir un jour envie de tuer, même aux meilleurs d’entre vous. Vous voulez savoir les détails, je ne vous les donnerai pas. Pas besoin. C’est le résultat qui compte ici, pas la démarche. Et le résultat, c’est qu’il est mort, point. Bon débarras. Il ne manquera à personne : j’étais sa seule famille. Mort et enterré même, et je pourrai vous dire où, si ça vous intéresse. Je l’ai tué parce qu’il le méritait, j’peux pas dire mieux. On pourra raconter ce qu’on voudra après, mais moi je m’en moque, je garde ma conscience intacte. Je reste tranquille avec ça. J’ai tué juste parce qu’il le fallait.

Autrice : Chrystel Courbassier

Nourriture, par Monika Espinasse

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Monika Espinasse

Tu ne me trouves pas un peu grosse ? C’est surtout le ventre qui me gêne quand je me regarde dans le miroir ! Tu crois que je dois faire un régime ? Faire une cure de légumes ? Peut-être supprimer le pain ? Ou alors faire un peu de sport, de la gym pour perdre un peu de poids ? C’est que j’aime manger, moi, ça me ferait mal de devoir me surveiller…J’aime bien les légumes, mais je ne suis pas prête à sacrifier le reste. Le petit déjeuner, café, thé, tartines beurrées et la valse des confitures maison ou alors un cake, une part de panettone, ça, c’est mon départ de journée ! Après je me raisonne, je me rationne, mais quand vient le tour des desserts, je succombe…un mille-feuille, craquant dehors, crémeux en dedans et un toit de sucre glace à fondre de plaisir…ou alors une mousse au chocolat douce-amère, aux senteurs de cannelle ou orange…ou encore une glace, une composition de glaces, un banana split ou un mont-blanc, banane ou châtaigne, chocolat ou vanille, mais surtout ! surtout ! un dôme de crème au-dessus de la glace, un nuage léger et tendre, de la crème Chantilly fouettée énergiquement, aérée savamment, dressée avec élégance, décorée avec art de volutes et de perles de sucre, voire arrosée d’un filet de liqueur délicieuse…je ne sais pas dire non, je fléchis, je plie, je cède, je dévore, je savoure, je salive, je me régale, je déguste sans honte, avec passion…c’est bien après que je regrette quand je vois les dégâts sur la balance…

Alors c’est soupe de légumes ou poireaux vinaigrette, pamplemousse ou eau citronnée, un petit filet de poulet et trois cuillerées de riz, yaourt ou compote de pomme, tout est limité, mesuré, choisi sur une liste restreinte à peu de chose, c’est privation, punition après les écarts goulus…

La ligne s’affine, le ventre s’assagit, promet la minceur, et les tentations reviennent…les anniversaires aux gâteaux à étages, les sorties au restaurant – oh, le divin soufflé glacé au grand Marnier, les mariages et leur tour de profiteroles, les recettes douceurs, les compositions tendresse, le tout couronné de la blanche Chantilly, comment voulez-vous que je résiste, je suis gourmande, gloutonne, gourmette, j’apprécie, je profite, je jouis… la vie est belle !

Autrice : Monika Espinasse

Un personnage, une situation, Chrystel Courbassier

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Chrystel Courbassier

Elle vit seule depuis déjà longtemps, et promène son chien, tous les matins, le long d’une falaise avant de partir au travail. Et tous les matins, durant quelques minutes, elle regarde en bas, les pics rocheux acérés et l’océan au loin. Et tous les matins, le regard plongé vers l’horizon, elle se demande pourquoi…

Assis dans un coin de la cour de récréation, son cartable rouge élimé jeté à ses pieds, l’enfant attend son père. Il compte les cailloux qui remplissent ses poches, gratte la croûte à son genou meurtri et se raconte à lui tout seul le déroulé de sa journée. Car il sait bien qu’après, de toute façon, personne ne lui posera la question.

Arthur est amoureux. Ça se voit dans ses mots, ça se voit dans ses gestes. Arthur est maladroit. Du haut de ses treize ans, l’allure dégingandée, la voix encore hésitante, incertaine, il n’ose pas y aller. Arthur est malheureux. L’autre est amoureux aussi mais pas de lui.

Elle, c’est la fatigue qui la caractérise. Trop d’enfants, trop de coups, trop de deuils et toujours trop de nuits sans sommeil. Devant ses fourneaux, dès l’aube, comme à l’accoutumée, elle prépare la paëlla. A midi, tout le monde vient manger. Il faudra bien que tout soit prêt et qu’elle continue comme si de rien n’était.

Sam connaît un moment de crise dans son couple. Il décide, sur les conseils de sa compagne, de prendre quelques jours de congé pour retourner voir sa famille, à plusieurs milliers de kilomètres de là. Voilà dix ans qu’il n’a revu personne. Il n’est pas bien à l’aise. 

Grand, chauve et costaud, on le surnomme Mr Propre, le sourire en moins. Frustré et souffrant de ne pouvoir donner d’enfant à sa femme, Mr F. se venge au travail. Tyrannique et tout-puissant, il se démène pour rendre la vie des autres impossible. 

Autrice : Chrystel Courbassier

Le mot qui mérite question, par Monique Fraissinet

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Monique Fraissinet

Désobéir, par contradiction systématique, caractériel,  ne pas respecter l’autorité paternelle, prendre position et s’affirmer , désobéir par opposition,  ne pas être un mouton de Panurge qui franchira la falaise, mourra dans sa chute . Contrecarrer. Désobéissance civile nécessaire en donner les raisons et constater les aboutissements. Reconnaissance de la désobéissance civile en faire un livre à lire sans modération.

Cotylédon, ce mot fascinant par sa sonorité, ce mot qui ne ressemble à rien que je connaisse déjà. Je suis écolière. Ce mot rattaché aux seuls grains de haricots qui se développent, deux parties identiques qui se font face et qui disparaissent au fur et à mesure de leur croissance. Deux formes jumelles qui ne feront qu’une. Une tige, des feuilles et des haricots.

Quand je me séparais de lui, j’éprouvais une douce émotion, juste satisfaite d’avoir passé quelques heures de douceur près de lui et rien d’autre ne restera dans mon souvenir que le moment de la douce séparation. Un instant les yeux dans les yeux, sans mot dire, cet instant furtif, spontané quand on aime, instant ou tout est dit sans mot dire. Seule la douceur des gestes. 

Autrice : Monique Fraissinet

Une proposition élaborée à partir de La question quotidienne, de Claude Enuset. Marlen Sauvage

Le monologue  intérieur. Le soliloque

Maternité, un mot qui résonne comme la vie qui va en découler, les premiers battements du cœur de l’embryon. Des hommes en majorité ont voté. Ce matin la radio donne à entendre les résultats des votes du Parlement de l’Etat de l’Oklahoma qui a adopté une loi interdisant l’avortement dès la fécondation. Ce sont les hommes qui amorcent la vie future, avec un consentement ou pas, et c’est eux qui viennent ici par leurs bulletins s’exprimer majoritairement pour décider qu’il sera dorénavant impossible pour une femme de se faire avorter. Est-ce qu’ils se mettent à la place de celles qui vont supporter coûte que coûte ce qu’elles ne désirent pas. Ils craignent quoi ces hommes, que la justice divine leur tombe sur le coin du bec, il est vrai que dans cet immense pays le Président jure sur la Bible…. 

Ils ont voté en leur âme et conscience. Sitôt la loi votée, dans les rues des majorités de femmes approuvent, se réjouissent et soutiennent cette décision.

Convergeant vers le Parlement, d’autres femmes et hommes manifestent leur mécontentement, crient haut et fort des slogans faisant savoir que c’est à elles et elles seules qu’appartient le choix. 

Les médecins, les politiques s’en mêlent, il y a crime, passible de la prison et gare à vous Mesdames qui choisissaient de ne pas porter jusqu’au terme l’enfant conçu. Conçu quand ?comment ? voulu ? pas voulu ?

Vous représentantes, représentants et membres du Parlement qui brandissaient la menace de la prison, concevez-vous qu’un enfant puisse naître dans un climat propice quand il n’a pas été voulu ? Que faites-vous également de l’avortement thérapeutique ? 

Maternité, seule la femme. Vous faites abstraction du corps et de la vie des femmes embourbées qu’elles seront dans un tas de difficultés insurmontables pour diverses raisons et qui vont, en même temps, accumuler des souffrances indicibles et des traumatismes durables. C’est interdit parce que c’est mal ! J’y reviens ! C’est mal pourquoi ? C’est mal pour qui ? Pour vous toutes et tous qui craignaient pour le salut de votre âme !

La science et les consciences avaient fait bien des progrès, maintenant on régresse.

Hypocrisie, menace sur la santé des femmes qui n’auront pas d’autre alternative que de franchir le cap de l’avortement clandestin au risque de leur vie et de leur santé.

La maternité nous voulons la vivre selon notre choix. Nous sommes femmes, nous serons mères si nous le désirons.

Le fragment

A partir du mot et d’un thème en lien avec ce qui nous intéresse

Sacré – C’est une chose sacrée une famille. Une obligation sacrée. Devant Dieu.

Sacré, relève de la religion, 

Si l’on parle d’une chose sacrée pour la rattacher à une famille, cela me semble complètement en opposition, une chose c’est un objet qui ne peut avoir d’âme et la famille est composée d’âmes. Si l’objet est un icône religieux, l’objet a alors quelque chose de sacré. 

Obligation : La famille, une obligation sacrée. L’obligation, acte consenti ou pas mais en tout cas on ne peut s’y soustraire puisqu’il est obligation. Quand l’obligation se doit d’être sacrée, cela me rebute profondément, je veux que les bases de ma famille soient fondées et ancrées dans la liberté et n’ai aucunement besoin qu’elle soit consacrée devant Dieu. Mais pourquoi pas si la liberté est la règle.

Liberté et obligation sont antinomiques.

Fragment 2 – 

Théma – Les femmes actrices majeures de nos généalogies. page 29

1 – Les revendeuses à la toilette entrent partout ; elles vous apportent les étoffes, les dentelles, les bijoux de ceux qui veulent avoir de l’argent comptant pour payer leurs dettes….

Depuis quelques années c’était toujours  la même femme qui passait à la ferme, une revendeuse de petits riens et de tout. Une romanichelle, une caraque disait les femmes de ma maison. On ne la laisse pas entrer, on la reçoit dehors. On se méfie des mauvais sorts, des menus larcins et vols qu’elle pourrait commettre. Dans son grand panier d’osier qu’elle porte au bras, elle a amoncelé des rouleaux de dentelles, des petites boites rondes remplies d’aiguilles, des bobines de fil de toutes les couleurs, fil à coudre, fil à repriser, quelques patrons pour confectionner tabliers et autres robes.

2 – Le revendeur noir est installé devant le Monoprix. Il dépose sur le trottoir la grande valise contenant montres, colliers et bracelets. Il porte une casquette aux couleurs du Nigéria. Les passants le voient mais ils ne le regardent pas, ils passent, vite. 

Une voiture de police ralentit, s’arrête quelques mètres plus loin, il a juste le temps de refermer sa boutique de fortune et s’en va rapidement. 

3 – Paris, Métro Barbès-Rochechouart. Devant les grilles du rez-de-chaussée, près de l’entrée du cinéma du même nom, de nombreux revendeurs de cigarettes de contrebande et autres produits interpellent les passants. Les revendeurs à la sauvette se multiplient au fil des années. Qu’est-ce qui les oblige ? La misère peut-être, les gains faciles, leur situation précaire. Une descente de police et ils s’éparpillent aussi rapidement qu’un essaim de papillons dérangés dans leur quiétude.

Proposition

Fragments courts – 3 à 5 phrases courtes – créer des personnages

un moment précis de l’histoire – présenter le personnage dans un contexte et ce qui le meut.

Dans une histoire possible et une mise en situation.

1 – A pas feutrés, elle ne voulait pas être vue, elle s’avance vers la petite porte en bois qu’elle ouvre, se penche en avant et dépose son fardeau juste après avoir posé ses lèvres sur front, referme la porte,  actionne la sonnette et s’enfuit rapidement.

2 Elle l’entrevit lorsqu’il ouvrit la porte de la chambre. Il s’appuya de la main gauche sur le chambranle et porta sa main droite au-dessus de ses yeux pour se protéger du contre-jour et mieux l’apercevoir recroquevillée dans le lit. Il grogna quelques mots, s’avança d’un pas lourd, et claqua la porte derrière lui. Depuis le perron on entendit des cris.

3 – Il reste un moment assis à l’ombre du grand chêne, vêtu de haillons, un balluchon posé à ses pieds, lorsqu’il surprend un étrange spectacle de l’autre côté du ruisseau. Les oiseaux de l’été chantent au-dessus de lui. Il se lève, franchit la clôture qui le séparait du champ de navets déjà monté en graines, se dirigea vers la cour de la ferme. Du portail un homme l’observait.

4 – Il avance à pas cadencés le long des sillons, plongeant à intervalles réguliers sa main droite dans le seau qu’il porte sur son avant-bras gauche. D’un mouvement circulaire il jette et éparpille les graines sur la terre noire fraîchement labourée. Quelques oiseaux le suivent. Régulièrement il crie pour les effaroucher. 

5 – Une sirène hurlante annonce l’arrivée de l’ascenseur. Il se précipite pour entrer le premier, en finir avec ces journées passées dans les entrailles de la terre. Il s’appuie contre la grille, la musette accrochée à l’épaule gauche. Seul le blanc de ses yeux se démarque sur son visage noirci. Rapidement il est rejoint par six de ses camarades. La porte se ferme dans un vacarme de ferraille. Ils disparaissent ensemble.

6 –  Un chien errant s’approche de son visage, le contourna, il tente de le repousser de la main droite, sa seule main valide, l’autre tient encore le fusil qu’il n’a pas lâché. Mesure de défense ou de protection. Du sol il aperçoit les chenilles d’un char qui vient vers lui à vive allure. Un soubresaut. Il ne voit plus rien ses yeux se ferment, l’arme glisse de sa main.

7 – Deux apiculteurs reviennent du rucher vêtus de leur combinaison.Un enfant les voit et s’effraie. Viens-voir il y a deux hommes qui arrivent de l’espace !

Autrice : Monique Fraissinet

Un personnage, une histoire, par Sabine L. Chardenon

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Textes issus du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Sabine Lavabre Chardenon

Narcissique, il déambule en se dandinant dans le hall de l’aéroport, guettant les coups d’œil de ces dames, envieux de ces messieurs, il se trouve particulièrement bien fait.

Les derniers invités partis, la porte verrouillée, les doubles rideaux tirés, enfin pense t’elle un week-end cocooning peut commencer, on sonne à la porte tout est foutu.

B. sort son porte-feuille, montre des photos de famille, sa femme y est  trapue, carrée, sans finesse, cheveux courts poivre et sel, regard dur  autoritaire. Bon sang ! c’est elle qui porte la culotte, parfait, ce sera plus facile, pense M.

Toujours attirée par les mêmes hommes grands, blonds musclés et bien bâtis. Pourtant  c’est un petit brun tout rond qu’elle a épousé.

Quatre autour de la table, cartes en mains, regards scrutateurs, silence d’outre-tombe que seul le bruit des jetons vient perturber, elle pousse son tas au milieu du tapis, abattant son jeu :  un full au roi dit-elle d’une voix qui se veut rassurée mais que l’on sent tremblante, ça  passe et je suis sauvée, ça casse et je suis ruinée ; il ne me le pardonnera jamais.

Bruits des voisins à travers les parois trop fines, escaliers crasseux, fauteuil éventré. Sur tous les murs des cartes, sur les bureaux des cartes, toutes bariolées de traits de toutes les couleurs. Des chemins faits pour fuir, qu’il ne suivra sans doute jamais, sauf dans sa tête.

Noir, bleu, jaune, ou blanc, il lui cachait une partie du visage, c’est bien dommage qu’elle l’ait enlevé, pense t’il en voyant pour la première fois sa grande bouche aux lèvres pincées où un nez trop long crochu plonge presque.

Autrice : Sabine Lavabre Chardenon

Le mot secret, par Monika Espinasse

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Monika Espinasse

Piano

Instrument de musique à clavier, touches et pédales. Instrument de plaisir ou de torture.

Un grand piano à queue couleur acajou occupe un quart de la pièce, encombrant, mangeant l’espace, attirant la poussière. Inévitablement décoré d’un napperon blanc brodé et d’un vase à fleurs posé dessus. Voilà pour les présentations. 

Mon premier piano. Mais ça, c’est juste un aspect, ce que tout le monde voit. Moi, je vois les touches blanches et noires, le lourd couvercle levé, la partition calée dessus, les pédales obéissant au pied, et je sens l’âme, j’entends le timbre clair, les accords puissants, je sens mes doigts maîtriser les octaves, les arpèges perlés, les notes qui dansent, je me perds dans les sons… on m’a mise au piano à sept ans et c’était le bonheur. Malgré les leçons arides, malgré les tentations d’évasion, le piano m’a toujours comblée. Accompagnée dans ma vie. J’ai quitté le grand piano à queue que j’ai pu remplacer plus tard par un petit piano droit rouge corail, des regrets pour le son plus petit, moins universel, mais je n’avais ni la place ni les moyens pour un piano de rêve. Il valait mieux revoir les partitions, la technique, les morceaux que j’avais maîtrisés intégrés et c’est ce que j’ai fait. Exercices journaliers, je m’y tenais, tous les jours, à 14h pile, la porte ouverte sur le jardin, personne pour me déranger, me gêner dans le jeu, car je jouais pour moi, pour moi seule. Il n’y avait que les fêtes de Noël de mon enfance qui me demandaient une prestation devant la famille. Comme au concert. Assez bonne maîtrise. Perdue pendant vingt ans. Retrouvée. Et puis reperdue. Beethoven, Schubert, Chopin et d’autres attendaient et mes doigts se perdaient. Ma petite fille a exigé des leçons, non, je veux que avec toi ! nous avons appris la lettre à Elise. Et puis la vie nous a happées à nouveau, éloignées du piano. Au dernier Noël, elle m’a offert une partition, difficile, les nocturnes de Chopin. J’avais perdu jusqu’au solfège. Il faudra tout revoir. Chopin attendra.

Autrice : Monika Espinasse

Un personnage, une histoire, par Monique Fraissinet

Textes issus du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Monique Fraissinet

1 – A pas feutrés, elle ne voulait pas être vue, elle s’avance vers la petite porte en bois qu’elle ouvre, se penche en avant et dépose son fardeau juste après avoir posé ses lèvres sur front, referme la porte,  actionne la sonnette et s’enfuit rapidement.

2 Elle l’entrevit lorsqu’il ouvrit la porte de la chambre. Il s’appuya de la main gauche sur le chambranle et porta sa main droite au-dessus de ses yeux pour se protéger du contre-jour et mieux l’apercevoir recroquevillée dans le lit. Il grogna quelques mots, s’avança d’un pas lourd, et claqua la porte derrière lui. Depuis le perron on entendit des cris.

3 – Il reste un moment assis à l’ombre du grand chêne, vêtu de haillons, un balluchon posé à ses pieds, lorsqu’il surprend un étrange spectacle de l’autre côté du ruisseau. Les oiseaux de l’été chantent au-dessus de lui. Il se lève, franchit la clôture qui le séparait du champ de navets déjà monté en graines, se dirigea vers la cour de la ferme. Du portail un homme l’observait.

4 – Il avance à pas cadencés le long des sillons, plongeant à intervalles réguliers sa main droite dans le seau qu’il porte sur son avant-bras gauche. D’un mouvement circulaire il jette et éparpille les graines sur la terre noire fraîchement labourée. Quelques oiseaux le suivent. Régulièrement il crie pour les effaroucher. 

5 – Une sirène hurlante annonce l’arrivée de l’ascenseur. Il se précipite pour entrer le premier, en finir avec ces journées passées dans les entrailles de la terre. Il s’appuie contre la grille, la musette accrochée à l’épaule gauche. Seul le blanc de ses yeux se démarque sur son visage noirci. Rapidement il est rejoint par six de ses camarades. La porte se ferme dans un vacarme de ferraille. Ils disparaissent ensemble.

6 –  Un chien errant s’approche de son visage, le contourna, il tente de le repousser de la main droite, sa seule main valide, l’autre tient encore le fusil qu’il n’a pas lâché. Mesure de défense ou de protection. Du sol il aperçoit les chenilles d’un char qui vient vers lui à vive allure. Un soubresaut. Il ne voit plus rien ses yeux se ferment, l’arme glisse de sa main.

7 – Deux apiculteurs reviennent du rucher vêtus de leur combinaison.Un enfant les voit et s’effraie. Viens-voir il y a deux hommes qui arrivent de l’espace !

Autrice : Monique Fraissinet