Mon œil ! (11)

Commencé il y a quelques jours, le défi que lance #Karen Ward une ou deux fois par an pendant une dizaine de jours – #MyCuriousEyes. Il s’agit donc, sur un thème donné, d’ouvrir les yeux autour de soi et de publier une photo et une seule illustrant le thème. Plus de deux cents participants cette année. En léger différé donc, mes réponses à cette 6e saison… JOUR 11 avec une citation de Lucille Ball comme déclencheur potentiel ! Ce qui est demandé… un selfie… Se regarder avec amour !

J’avais passé une nuit blanche, laissé mon chat tôt le matin chez le vétérinaire pour une petite intervention (mais le chat de ma fille était resté sur la table d’opération quelques semaines auparavant pour la même chose), vadrouillé toute la journée pour m’occuper l’esprit, et en rentrant chez moi (avec le chat !), pensé in extremis que je devais faire ce fameux selfie… Avec pour seul appareil, un vieil iPad (merci Stef !) et PhotoBooth… Heureusement, dans mon dos, les tableaux de Stéphanie Heendrickxen pour égayer la prise de vue.

Texte et photo : Marlen Sauvage

Exocet

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Paris-Montréal. Départ à l’aube, arrivée prévue à 11 h du matin. Vous serez là à m’attendre, je suppose. Je l’espère. A ma dernière visite, j’avais erré, valise à la main – j’ai horreur des roulettes – dans la salle où chacun retrouvait ses proches, son amour, ses amis. Mes pas claquaient sur le sol, je vous cherchais des yeux sous mes paupières fatiguées, j’avais commandé au bar du coin un café serré et c’est à ce moment que vous aviez surgi du tourniquet. Deux humains à tête d’animaux, un zèbre, une girafe qui se tenaient la main, doigts enlacés. Le décalage horaire me joue toujours de ces tours. Retrouvailles, embrassades, nouvelles des uns et des autres, échangées dans le brouhaha des annonces et le bruit des roulettes – vous avez horreur de porter les valises – et puis vous m’aviez conduite jusque chez vous et je m’étais endormie la joue contre la vitre de l’auto. Je me souviens de ce rêve étrange où une jeune femme aux cheveux noués dans un foulard blanc lève les yeux vers le ciel traversé par un drôle d’exocet mi-poisson mi-avion alors qu’une voix tonne dans son dos : « Après les voyages à dos de mulet, à cheval, en charrette, en galère, le bateau à vapeur nous [paraît] quelque chose de miraculeux (…) »* Et la jeune femme répondait :  » Le miracle est partout, monsieur Gautier. Mais là sans vouloir insister, ce vol Paris-Montréal me paraît compromis. »

*Th. Gautier, Voyage en Espagne.

Avec un grand merci à Stéphanie Heendrickxen !

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠34

Nous poursuivons notre voyage dans l’univers  Des poissons et des femmes entamé le 4 janvier et pour une année entière : sur une image de Marc Guerra, j’écris un texte et publie le tout chaque vendredi… jour du poisson !

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Livre, Stéphanie Heendrickxen

Lancement Impertinent Vaseux Revers Emballer

D’un revers de la main, elle refusa son invitation au lancement de son livre. Elle savait son geste impertinent, mais elle ne se laisserait pas emballer comme ça. Avec lui, elle avait l’impression d’être une truite qu’il fallait ferrer à tout prix. Elle en avait marre de ses sous-entendus vaseux, elle était décidée à lui filer entre les doigts.

Le tableau ci-dessus est une œuvre de Stéphanie Heendrickxen, peintre et auteur de jeunesse. Il s’intitule « Odile ne mord pas, elle croque », et il me semblait pertinent pour illustrer le jeu du soir proposé… Stéphanie vit au Canada.

Photo issue de : http://www.artflakes.com/

Absence, Stéphanie Heendrickxen

Abcès blanc suinter écorché nœud crever encore

Elle étouffait, asphyxiée par les mots pendant dans sa gorge blanche, ces écorchés suintant la honte, elle préférait crever, là, tout de suite et encore, plutôt que d’en cracher le nœud, d’exhiber cet abcès qui signifierait sa fin en tant que femme.

Photo©Marc Guerra