Dans les pas de saint Augustin

Une porte sur le site archéologique de Bulla Regia.


J’avoue, avant ce court séjour dans les pas de saint Augustin, je n’avais rien lu de ce théologien chrétien, ni La Cité de Dieu ni Les Confessions, bien que cette dernière œuvre soit souvent citée comme la première autobiographie connue. J’y ai remédié tout au moins pour ce qui concerne Les Confessions, les 22 volumes de La Cité m’en ayant un peu dissuadée, encore qu’une version existe maintenant ramassée en un énorme pavé. Toujours est-il que durant trois jours, en septembre dernier, je rejoignis l’association tunisienne Via Augustina et un groupe très cosmopolite pour une marche sur les traces de l’évêque d’Hippone (actuelle Annaba), de Bulla Regia à Aïn Draham pour terminer par Tabarka. C’était aussi la première édition du Festival Numidia du film sacré, et malgré l’interdiction, contre toute attente, de projeter le film de Jean Dulon à Aïn Draham, ce fut l’occasion de rencontrer ce journaliste et de voir son très beau témoignage Chrétiens d’Algérie – Sur les chemins de la rencontre.

Le site de Bulla Regia est magnifique et comme par hasard… mon appareil est tombé en panne de batterie après quelques photos sans grand intérêt. Pour avoir une idée de cette ville fondée par les Numides, je vous renvoie donc à ces belles images. L’histoire de Bulla Regia est ici

Une stèle à l’entrée du site figurant ce personnage féminin.
Derrière les ruines, la colline de Chemtou.
Après une nuit à Aïn Draham, marche dans la forêt qui l’entoure.
On y pratique notamment la chasse au sanglier.
Chênes-liège aux troncs dénudés, ressource économique de la ville.
Plumbago (me semble-t-il) et figues de Barbarie… qui causèrent quelques misères aux plus téméraires.
L’image inattendue du troupeau de moutons et des deux bergers discutant à l’orée de la clairière.
Un lac de barrage.
Notre minibus tombé en panne à proximité de Tabarka… Mais dix minutes après avoir fait du stop, c’est un bus municipal qui nous a pris en charge.


Arrivée aux Mimosas, à Tabarka, lieu de séjour prisé par les jeunes mariés.
Le fort génois de Tabarka, datant du XVIe siècle, situé sur une petite île reliée à la terre.
Dès 1540, la ville accueillait une importante communauté chrétienne italienne.
Depuis l’hôtel des Mimosas, vue sur Tabarka, connue pour ses plages de sable et la beauté
de ses fonds sous-marins.
Projection dans l’enceinte de la basilique, construite sur une ancienne citerne romaine.
La route du retour et ses paysages désertiques.

Carnets de Carthage [≠ 2]

J’étais revenue. Face au soleil couchant.

Les pensées portées par la brise légère arrêtées en cet instant sous le bougainvillier à l’ombre de la terrasse gravillonnée où j’avais surpris l’éclosion de la fleur de bananier, un matin de grand soleil juste après ton départ. Ici, ne manquait que la mer… quand j’avais pleuré les montagnes dans cette crique derrière la maison de Carthage, un jour de novembre et de solitude, sur cette plage où se baigner un samedi soir avait relevé du défi aux regards lubriques, de biais, des hommes accompagnés de leurs femmes emmaillotées de noir jusqu’aux mains gantées, que j’aurais voulu déshabiller et pousser dans l’eau tiède. Me revenait aussi le regard en dessous de ce petit garçon de sept ou huit ans, à ma gauche, collé à la robe de sa mère, qui avait baissé la tête quand j’avais surpris ses yeux sur moi.

Ici, il ne manquait que la mer et les cargos au loin, le vol des mouettes, celui des poissons brillants à fleur de vagues, la brume de chaleur, le camaïeu de verts et de bleus jusqu’à l’horizon.

Entre les nuages échevelés du ciel cévenol, je guettais une pointe du bleu qui m’aurait propulsée dans les rues de Sidi Bou Saïd, et d’autres noms venaient murmurer la Tunisie : Bizerte, Zaghouan, Ghar el Melh, Aïn Draham, Tabarka, Sousse, Korba, Nabeul, Siliana… Je leur opposai quelques lieux-dits : Rouvilliente, Le Saltet, La Pause, Témelac, Le Ranc, La Baume, La Comba del Salze pour me rappeler qu’ici aussi les sonorités m’enchantaient, que la langue dansait dans ces coins de nature qu’elle avait nommés des siècles plus tôt, qu’en chaque lieu se terrait une histoire à débusquer dans la parole autochtone, recueillie ici et là dans les petites vallées par des gens soucieux de conserver la trace du passé.

J’étais revenue, partagée en deux, pour comprendre un peu la peine de ton père à son retour de France, et ton amour immense pour ce même pays.

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Pour A.

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Texte et photo : M. Sauvage