Comme un poisson dans l’eau, Monique F.

Photo : Monique Fraissinet

Douleur, insupportable, rageant, à droite, épaule, meurtrie, brûlante, douleur, hématome, rougeur, lancinante,  agaçante, trop long, renoncement, nerfs en ébullition, en pelote, attente, éternité, nuits sans sommeil, douleur, matin, midi, soir, nuit, insupportable, demain, attendre, douleur, encore, encore, impatience, cerveau, agacé, tension, déplaisance, plus encore, irascible, douleur, électrique, immobilité, déception, difficultés, impatience.

Comme un poisson dans l’eau

 Murs capitonnés, lits vissés au sol, inamovibles.  Cris de hyène, stridents, insupportables, ça déambule,  ça piaille de tous les côtés.

– Tu t’es vu toi ? Regardes-toi, arrête, c’est quoi cette façon sotte et grenue de t’aplatir au sol ? Pff, ça te sert à quoi, à faire mal à ta tête d’œuf ? Tu t’es enturbanné de blanc, tête d’œuf je te dis, tu as une tête d’œuf.

– Tais-toi, le mal je l’arrête, que diable ! Ma tête d’œuf, le mal, il passe pas, il passe pas la coquille, elle se cassera même pas ma tête. Bien réfléchi, je vais me jeter à la mer, je noierai le mal, je l’ancrerai au fond, la poiscaille viendra le chercher, qu’il y reste au fond ce sale mal. Imagine des poissons avec le mal de tête, ils tourneraient, vireraient, ils pourraient même pas se tenir la tête avec les mains pour se calmer, Lui là-haut ne leur a pas fait des mains, c’est malin. Pas de mains, pas de bras, pas de jambes, pas de pieds, c’est pour ça qu’Il les a mis dans la flotte. 

Même pour baiser, ils n’ont pas besoin de rien, ils se z’yeutent un peu, font des ronds dans l’eau, tu me plais, je te plais, et vlan, juste l’air de rien et ça y est ! L’affaire est faite.

L’orage ils s’en moquent de l’orage, moi pas, ça me fiche un de ces mal de tête. 

– Arrête !  sors pas sur le balcon, plonge pas, y’a pas d’eau, tu vas te s’cratcher ! 

– M’en fiche s’ya pas d’eau ! 

Fada, il est fada ! 

– Fichtre, il a tout sali son turban blanc, même qu’il en devient rouge. Eh ! Oh ! réponds, tu causes plus, t’es comme les poissons, ça te sert quoi maintenant d’avoir des bras, des jambes, des pieds, t’es pas plus avancé, t’as tout cassé. 

Toi, avec ta panoplie blanche de cosmonaute, t’approches pas de lui,  enlèves ce masque de martien. Tu vois pas qu’il faut pas le réveiller, il dort, il est comme un poisson dans l’eau.

Monique Fraissinet

Ma proposition d’écriture 
A la façon de Tarkos, dans son texte 
Le contre-jour, dresser une liste de votre environnement mental ici et maintenant, en un bloc de texte, où seuls se succèderont des mots séparés par des virgules. Puis dans un deuxième temps et un deuxième texte, écrire en vous inspirant de cette citation de Virginia Woolf : « Ecrivez. Soyez niais, soyez sentimental, lâchez la bride à toute impulsion, faites toutes les fautes de style, de grammaire, de goût et de syntaxe, débordez, culbutez, dans n’importe quelle prose ou poésie. Ainsi vous apprendrez à écrire. » Marlen Sauvage

Amédée, par Aline Leaunes

Photo : Marlen Sauvage

A  l’ envers,  de travers, vers le bas, fixe, vide, 

                 le regard

Coincé, asphyxié, essoufflé, avorté, refusé, 

                 le mot 

Tremblent, cherchent, déformées, vides, inutiles,

                  les mains

Froid, inerte, atrophié, condamné, inutile,

                    le pied

Corps bloqué, disloqué, épuisé, ravagé.

……………………………………………………………………………………………….

Bonjour  Amédée, alors déjà levé ? 

Hé ouais, c’est pas toi qui décides, c’est moi le coq, le chef, j’ai chanté à cinq heures ce matin, elles sont  toutes là comme des mouches, à vouloir mes plumes… ouais ouais mes plumes et le reste…

J’me comprends ouais  ouais,  tout seul. 

Je l’ai vu l’autre… t’usais,  la bas, plus loin, t’usais…

Vous voulez du lait avec votre café ?

Du lait… du lait, du pis de ma femme ? Je l’ai vu ce matin à minuit, elle est sortie avec sa fourrure de synthétique, verte, sur le dos. Elle est amoureuse de lui, ouais… ouais j’me comprends, tu crois que je vois pas  des choses ?

Amédée, vous voulez de la confiture ou du miel avec vos tartines.

Ah !!! parce que tu as fait du miel toi, cette nuit, je t’ai pas entendu, je les ai toutes appelées, elles sont pas venues, et ça bourdonne,  ça bourdonne, là ! là ! A croire que la forêt va brûler.

Tu sais le Justin, il est venu tout à l’heure, il m’a donné une boîte d’allumettes, tu le dis pas hein ! 

Je vais mettre le feu moi ouais… ouais j’me comprends

Amédée, buvez ce verre s’il vous plaît, là maintenant, tout à l’heure nous irons visiter le rucher.

Ah !! oui le rucher, rusé comme le rucher, c’est ça ? Regarde… regarde là derrière la vitre, elles sont toutes là, la blonde là oui… oui, elle me  cherche, c’est la reine on a guinché toute la nuit et ça bourdonne !! et ça bourdonne !!, elle me guigne depuis un moment, elle me croit  une fleur de sureau ou peut être même le bourdon, mais moi, ça bourdonne… ça bourdonne là… là. Elle regarde mes yeux comme ils bourdonnent, mais elle croit quoi, que le vais venir, j’suis pas un tarnagas encore, j’irai demain, peut être, si j’ai envie. 

Oui demain, Amédée, nous irons demain voir la reine dans son rucher. 

Attends… attends, il faut que j’te dise, tu sais la compagnie des Indes, qui me téléphone tous les matins,  et ben !!, ils veulent absolument que je leur livre du lait de mes poules, alors demain j’peux pas venir avec toi, il me reste les poules encore à traire, alors tu vois j’suis pas sorti d’l’auberge.   

Texte : Aline Leaunes

Ma proposition d’écriture 
A la façon de Tarkos, dans son texte 
Le contre-jour, dresser une liste de votre environnement mental ici et maintenant, en un bloc de texte, où seuls se succèderont des mots séparés par des virgules. Puis dans un deuxième temps et un deuxième texte, écrire en vous inspirant de cette citation de Virginia Woolf :« Ecrivez. Soyez niais, soyez sentimental, lâchez la bride à toute impulsion, faites toutes les fautes de style, de grammaire, de goût et de syntaxe, débordez, culbutez, dans n’importe quelle prose ou poésie. Ainsi vous apprendrez à écrire. » Marlen Sauvage

La douleur, Mireille Rouvière

Photo : Marlen Sauvage

La liste

Oublier, cérébrale, tempête sous un crâne, la douleur, évanescente ou tumultueuse, la rêver, la manipuler, obédiente ou indocile,  douleur vagabonde, oppressante, dominante, accablante, pesante, refluer ou renflouer, l’amener à se corrompre, la stipendier, l’accepter pour soulager, finir par l’oublier.

La douleur

Pitre, oui bille de clown, faire l’arbre droit, oui oublier la souffrance. Regarder le ciel et dessiner des arabesques sur le sable clair. Un petit vélo dans ta tête qui fait des zigzags et se sauve pour soulager la tempête sous le crâne, il l’extirpe de ta pensée, il l’aspire la délie et la jette dans l’océan où elle va se fondre et se confondre avec le monde sous-marin. Le grand Léviathan reviendra se fourrera dans ton esprit et ta cervelle en explosera. Tant pis pour toi tu n’avais qu’à y penser avant, la douleur on ne doit pas attendre on doit la soigner dès qu’elle apparaît pour qu’elle nous laisse tranquille, pour qu’elle nous oublie. Maintenant essaie comme l’autruche, ta tête,  enfouis-la dans le sable et écoute si ça te soulage après tout tu n’as rien à perdre, seulement perdre la tête, et alors un décapité il la perd bien et cela ne lui fait ni chaud ni froid, elle roule on la  ramasse et on la lui sert sur un plateau. Ou bien allonge-toi sur la voie ferrée, choisis plus tôt celle du TGV c’est plus radical, tu es tranquille, tu te poses juste pour faire un essai et ta douleur elle a tellement peur qu’elle se retire, et là tu la considères tu lui parles de femme à  femme, face à face, tu l’insultes avec tous les jurons que tu connais et dans toutes les langues dont tu sais faire usage, alors tu la vois ta douleur elle devient rouge de honte, bleue de peur, blanche d’effroi, elle diminue, elle fond, elle se dessèche, elle s’effrite et elle disparaît définitivement.

Mireille Rouvière

Ma proposition d’écriture 
A la façon de Tarkos, dans son texte 
Le contre-jour, dresser une liste de votre environnement mental ici et maintenant, en un bloc de texte, où seuls se succèderont des mots séparés par des virgules. Puis dans un deuxième temps et un deuxième texte, écrire en vous inspirant de cette citation de Virginia Woolf :« Ecrivez. Soyez niais, soyez sentimental, lâchez la bride à toute impulsion, faites toutes les fautes de style, de grammaire, de goût et de syntaxe, débordez, culbutez, dans n’importe quelle prose ou poésie. Ainsi vous apprendrez à écrire. » Marlen Sauvage

Un beau soleil, Chrystel Courbassier

Photo : Marlen Sauvage

Une liste

Du soleil, de la douceur, un café, cartables, école, réunion, visages, paroles, croissants, pain au chocolat, table, manger, barbecue, viande grillée, flambée, omelette, pommes de terre, champignons, salade, vin rouge, clafoutis, en reprendre, jardin, chaises, masques, désinfectant, visages, paroles, sonnerie, téléphone, écrits, entretiens, écran, échanges, messages, satisfaction, retrouvailles, visages, paroles, sourires, lettres, écrits, dessins, coiffures, tables, chaises, lumière, ordinateur, silence, pudeur, continuité, reprise, bien-être, verre d’eau, chocolat, se nourrir, de mots, de textes, d’aliments, de douceur, de soleil, des autres.

Un beau soleil

Il était beau le soleil ce matin, tout luminayant, tout gouleyant, t’aurais dû voir ça mon tendre, j’avais plus idée que ça existait un soleil tout rond, tout jaune, tout claironnant comme ça, si chatoyant et si gourmand qu’on aurait cru une grosse brioche de chez le boulanger du coin de la rue de l’église, tu sais, celui qui fait des croissants plus beurrés que le beurre, tout gros comme une baleine ce soleil, tellement magnifiquescent que quand j’ai sorti de la maison, j’avais envie de rire et de sourire à tout ce qui passait par là, même le bougre de voisin qu’a plus de dent et qui grogne tout le temps tellement si fort qu’on dirait un vieux bouc qu’aurait perdu ses cornes, j’avais envie de tout balancer, les corvées, les savates, la vaisselle, les marmots et d’aller me courir dans les champs avec toi, tous les deux, pour une fois, se coucher sur l’herbe toute douce et toute mouillée, chaude et humide, envie de m’empiffrer de douceurs, de ton odeur, de ta sueur et de me laisser remplir de lumière et de baisers salés qu’on se partagera comme des carrés de chocolat, et on se serrera les entrailles et on se scrutera dans les yeux, toi et moi, on se parlera des mots doux plus brûlants que le soleil et on oubliera un instant tout petit, tout minuscule, qu’il y aura un après et qu’un autre jour, il fera froid à nouveau et tu seras loin de moi à nouveau et on sera seuls à nouveau.

Chrystel Courbassier

Ma proposition d’écriture 
A la façon de Tarkos, dans son texte 
Le contre-jour, dresser une liste de votre environnement mental ici et maintenant, en un bloc de texte, où seuls se succèderont des mots séparés par des virgules. Puis dans un deuxième temps et un deuxième texte, écrire en vous inspirant de cette citation de Virginia Woolf :« Ecrivez. Soyez niais, soyez sentimental, lâchez la bride à toute impulsion, faites toutes les fautes de style, de grammaire, de goût et de syntaxe, débordez, culbutez, dans n’importe quelle prose ou poésie. Ainsi vous apprendrez à écrire. » Marlen Sauvage

Le bertou, Claudine Albouy

Photo : Marlen Sauvage

La liste…

Le vase bleu, le coussin, la feuille gribouillée, le stylo, toi, le jardin, la table, le rayon de soleil, la mouche, les radis, lui, le verre, la salade, le papier chiffonné, le dessin, elle, le coude, la colline éclairée, les framboises, le rayon de soleil, la véranda, le sourire,  un papier noirci, l’édredon jaune, l’abeille, la voiture, elle, le verre plein, le souvenir, la photo, le pastis, le livre, la guêpe, son visage, le rayon de soleil, le sourire, les framboises, la tarte, la lumière, la bougie, le parfum, lui, toi, le rayon de soleil, le bruissement, le coucou, écrire, partager, envoyer, eux, toi, lui, elle, la chatte, l’orange, l’odeur du café, l’édredon,  pluie, gouttes, rayon de soleil, légèreté, la feuille vierge, la maison blanche, le rayon de soleil, la rivière, le jaune, l’édredon

Le bertou

« C’est vous la nouvelle patronne de cte barraque boudi en vla une drôle de maison on dirait un musée c’est plein de cochonneries de vieilleries j’vas vous en filer si vous voulez j’en ai plein ma grange qu’est ce que vous en dites ? » j’en disais rien pardi, j’l’avais vu arriver de loin c’était un vieux… «  le bertou » je crois bien qu’on l’appelait. Le rayon de soleil arrivait juste dans son œil noisette, un regard pétillant, il avait une dégaine incroyable, un pantalon noir remonté presque jusque sous les seins et serré à la taille avec beaucoup d’énergie, une grosse ceinture qui lui faisait une taille de guêpe, justement il y en avait une de guêpe qui commençait à tourner dangereusement autour de lui vite j’avais saisi sur la table le piège en verre pour qu’elle se noie après une ivresse de sucré au goût de mirabelle, belle elle l’était la  guêpe pas farouche même un peu entreprenante « le bertou » par contre il sucrait les fraises à cause des rincettes de gros rouge qu’il avait dû se mettre dans le cornet, il mâchait  plus qu’il le fumait le bout de son mégot coincé entre ses lèvres, ce qui ne lui facilitait pas l’élocution,  on aurait dit que le rayon de soleil le poursuivait aussitôt qu’il bougeait. Il venait de s’asseoir à la table à côté de mon bel édredon jaune, je craignais le pire déjà les mouches attaquaient et il venait de prendre son béret crasseux dans le ruban à mouches accroché au dessus de la table ! il ne manquait plus que cela il prit dans sa poche un papier qu’il défroissa avec la paume de la main, un de ces papiers gras tout griffonné  « j’vous ai mis une liste de courses à apporter de la pharmacie ça va le faire ? » m’interrogea-t-il. Le rayon de soleil l’avait poursuivi et éclairait le mouchoir à carreaux rouges qu’il s’était mis autour du cou, il portait une paire de moustaches à la mousquetaire,  mais un vieux mousquetaire qui se battait pour enlever son ruban encollé maintenant sur ses cheveux gris ! je repoussais discrètement l’édredon jaune plus loin, le bertou avait même poissé le verre sur la table, lui il était là, elle le regardait consternée, eux ils étaient hilares, arrivés manches retroussées, ils sucraient aussi les fraises !  « hé la patronne on se le fait ce p’tit pastis ? » le rayon de soleil avait chu, il sucrait les fraises lui aussi.

Claudine Albouy

Ma proposition d’écriture
A la façon de Tarkos, dans son texte
Le contre-jour, dresser une liste de votre environnement mental ici et maintenant, en un bloc de texte, où seuls se succèderont des mots séparés par des virgules. Puis dans un deuxième temps et un deuxième texte, écrire en vous inspirant de cette citation de Virginia Woolf : « Ecrivez. Soyez niais, soyez sentimental, lâchez la bride à toute impulsion, faites toutes les fautes de style, de grammaire, de goût et de syntaxe, débordez, culbutez, dans n’importe quelle prose ou poésie. Ainsi vous apprendrez à écrire. » Marlen Sauvage