Mon œil ! (6)

Commencé il y a quelques jours, le défi que lance #Karen Ward une ou deux fois par an pendant une dizaine de jours – #MyCuriousEyes. Il s’agit donc, sur un thème donné, d’ouvrir les yeux autour de soi et de publier une photo et une seule illustrant le thème. Plus de deux cents participants cette année. En léger différé donc, mes réponses à cette 6e saison… JOUR 6. Nous sommes en »freestyle » ! Et l’injonction de Karen réside tout simplement en celle-ci « So, today, take pictures that pique YOUR curiosity. !

Et alors que je voulais prendre en photo pour la énième fois le Djebel Ressas, à contre-jour, en voiture, voilà que le paysage se peuple d’un berger et de ses moutons !

Texte et photo : Marlen Sauvage

Construire une ville… – Anticipation

Kasbah Kef

EST

La route de la mer. A sept heures le glacier de la rue a relevé son store. Assis sur le seuil, le propriétaire observe d’un air maussade les vacanciers de l’immeuble voisin qui partent se baigner, femmes en maillot de bain, aux paréos noués à la taille, couples mixtes main dans la main. Ce petit monde chahute et rit, se bouscule sur les larges trottoirs où aucun café n’est plus autorisé à installer une table. L’ancien hôpital de l’avenue Ibn Sibna converti maintenant en résidence d’été lui fournit son lot de clients… il propose les meilleures glaces du quartier ! Sur le chemin de la mer, un jardin arboré accueille les estivants ; les restaurants succèdent aux pizzerias, aux pâtisseries. Au rond-point, on traverse l’avenue El Karraya pour atteindre la corniche qui surplombe la plage. De grands escaliers blancs fraîchement repeints mènent tout droit au sable fin vanté par les prospectus. Dans la mer, claire et bleue, plus aucun vieux pêcheur ne termine ses ablutions à l’ombre d’un rocher creux. La petite anse où le groupe vient se baigner en jouxte une autre, beaucoup plus profonde, réservée aux grands hôtels qui accueillent de nombreux visiteurs. Au large, le rocher Mida Seghira trône dans les flots bleus : plus aucun plongeon n’est autorisé et le moindre contrevenant pris sur le fait est verbalisé illico presto. Durant la période estivale, la zone touristique entièrement balisée relègue les habitants non riverains à l’extérieur de ses limites.

NORD

Vers le nord, la mer, la ville est une presqu’île ; ce fut d’ailleurs son nom, Ruspina, un nom phénicien, vieux de deux mille quatre cents ans ; mais avant la grève, on trouve le ribat de pierre blonde, avec sa tour vigie où flotte le drapeau rouge et blanc, ses bastions, ses remparts crénelés ; le plus ancien ribat du Maghreb et le plus important de la côte du Sahel avec celui de Sousse. Pour y parvenir, elle remonte tout droit la rue Mohamed Mhalla vers le centre ville, croise l’avenue du 1er juin 1955, se souvient qu’il y a quelques années, on voyait encore des femmes drapées dans le soyeux safsari régional couleur crème, tourne à gauche au bâtiment de la municipalité gardé par des militaires, s’enfonce sur une vingtaine de mètres dans l’ombre fraîche des arbres avant de longer sur la droite une série de cafés où de vieux messieurs côtoient de jeunes femmes, des couples, des familles ; à sa gauche, elle laisse le Park Baladia, ses fontaines mordorées à la tombée du soir, et là elle peut admirer la forteresse imposante, sereine, qui domine la mer et les hommes depuis des siècles. Derrière le ribat, le mausolée au parvis somptueux, aux dômes décorés à la feuille d’or, le tombeau du grand homme de la ville, que seuls les touristes osent encore admirer ou critiquer à voix haute. Plus personne ici ne mentionne le nom d’Habib Bourguiba. Partout on s’épie, on se méfie. Puis c’est la marina et ses immeubles blancs et bleus, ses façades à balcons, son port et ses mâts crevant l’azur, ses larges placettes bondées de touristes, ses palmiers aux troncs dénudés, aux toupets en corolle, ses boutiques sous les porches et ses restaurants bars qui ne désemplissent pas, ses réverbères ronds comme des soleils éteints, ses vendeurs de jasmin triés sur le volet. Au nord, c’est l’île Ghedamisi, qu’un investisseur tunisien vient de rénover intégralement, depuis les sentiers ocres dallés jusqu’à la zaouïa en passant par le complexe hôtelier et sportif le plus moderne de la ville ; une île ponctuée de poubelles et de panneaux indiquant le montant de la contravention à qui osera jeter un mégot ou un papier, une île rose sous le soleil couchant ; aux criques réservées aux vacanciers de l’hôtel ; au nord, c’est le golfe d’Hammamet, et puis la Méditerranée vorace que sillonnent des bateaux surchargés d’hommes, de femmes, d’enfants errants, loin du rivage, loin des barbelés, loin des chars militaires.

OUEST

Vous êtes ici. Avenue Mohamed Mhalla où chaque maison, chaque immeuble possède son numéro… Pour aller vers l’ouest vous suivez l’avenue du 1er juin 1955 sur la gauche, qui sépare l’hôpital Fattouma Bourguiba d’une école primaire ; longez un parking, empruntez des trottoirs où plus aucun vendeur ne tente de gagner quelques dinars avec une brocante improvisée ; ici des patients en béquilles hèlent un taxi, des familles attendent leur proche, assis sur les bancs de béton ou debout sous le porche ; au coin droit de l’avenue, un feu passe au rouge et toutes les voitures stoppent dans un coup de frein qui se prolonge ; un boulanger jouxte une boutique de vêtements ; vous franchissez la voie, obliquez vers la gauche où tous les trois mètres, de part et d’autre de la rue, vous trouvez un commerce jusqu’à la halle et son marché aux poissons ; un kiosque à jus de fruits et borj ; un café bondé du matin au soir de vieux messieurs bavards ou alanguis par la chaleur ; et enfin les remparts de la médina qui abritent des constructions basses, quand il y a dix ans encore, des bâtisses collées à la pierre blonde les surplombaient de leurs pignons aveugles, de leurs ferrailles verticales.

SUD

Toujours plus au sud. Vers le soleil qui aveugle, le verbe guttural, la parole facile, les chansons nostalgiques, les familles, la fête, la graine et l’harissa, vers les toits plats et les fils électriques, les cours intérieures, le parfum du jasmin et des roses, vers le froissement des tissus et des djellabas, vers les vallées de montagnes, l’air vivifiant, les oasis, vers les chotts, les oueds, les canyons, les plages, vers les campagnes oubliées où les ânes tirent encore des charrettes de fruits, vers les marabouts comme des seins dans la ville, vers les cimetières blancs, vers les maquis épineux, les figuiers de barbarie, les palmiers-dattiers jaune d’or, vers les crépuscules roses, vers le ventre de la terre, vers les médinas et leurs escaliers, leurs ruelles pavées, vers les boutiques aux devantures bleues, aux faïences mauresques, vers les petites mosquées de brique sans prétention, vers les kasbah, vers les coins de rues ombragés où palabrent de vieux messieurs, vers les kilims et les margoums, vers les drapés aux portes et les tasses de thé sucré, vers les marchands d’amandes, de pistaches, de cacahuètes, vers les trottoirs encombrés de bidons de plastique, de cageots colorés, vers les cafés bondés, vers les églises chrétiennes, vers les basiliques-marchés, vers l’oud et l’envoûtement des musiques soufies, vers les mosquées ostentatoires, dans les pas de saints, de peintres, d’écrivains, de poètes, vers la fierté, l’orgueil, le ressentiment, la duplicité, la corruption aussi, vers l’amertume, le désespoir, vers la mer transparente, turquoise, porte close, mortelle. Vers l’enfance.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

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Construire une ville… – Sud

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Toujours plus au sud. Vers le soleil. La canicule. Vers la mer. Transparente, turquoise, porte close, mortelle. Vers les accents chauds et la parole facile. Vers la lumière écrasante de midi. Les marabouts comme des seins dans la ville. Vers les toits plats et les fils électriques. Vers les cimetières blancs. Vers les maquis épineux, les figuiers de barbarie. Vers le ventre de la terre. Vers les églises-mosquées. Vers les basiliques-marchés. Vers les kilims et les margoums. Vers les médinas et leurs escaliers. Vers les boutiques aux devantures bleues, aux faïences mauresques. Vers les chotts, les oueds, les canyons, les oasis de montagnes. Là où les ânes tirent encore des charrettes de fruits. Vers les coins de rues ombragés où palabrent des hommes âgés. Vers les petites mosquées de brique sans prétention. Vers les trottoirs encombrés de bidons de plastique, de cageots colorés. Vers les marchands d’amandes, de pistaches, de cacahuètes, de bsissa. Vers l’enfance. 

Texte et photos : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

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Carnet de voyage (Sud tunisien 2)

(suite)

29 décembre 2017
Réveil dans le grand soleil chaud de Nefta, où je découvre l’hôtel du jour (que nous avons atteint à la nuit…).

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Chaque porte de la ville est surmontée d’un vers du poète national Abu El Kacem Chebbi, que me traduit A. Ici « Si un jour le peuple décide de vivre, alors le destin ne peut que se soumettre. » Cette parole a enflammé le désir d’indépendance du peuple tunisien (l’hymne national le cite), est devenue la phrase fétiche du monde arabe inspirant un désir de liberté. Mais peut-on vouloir se prendre en main sans Dieu ? La phrase a été jugée blasphématoire par la mosquée de la Zeitouna… Le poète renié revient mourir à Tozeur.

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Balade dans les rues de la ville, visite du marché aux fruits de saison, des ruelles aux bâtisses de pierre claire et aux portes ouvragées posées entre deux murs de béton, de l’oasis victime d’un manque de civisme navrant avec le dépôt incompréhensible de déchets en tous genres… Comment est-il possible de laisser ainsi se côtoyer les plus belles inscriptions poétiques et la puanteur d’une déchetterie à ciel ouvert ?

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Loin du groupe, nous nous installons pour boire un thé avant de déjeuner dans une gargote au mobilier bleu Majorelle, d’un poisson grillé sous nos yeux et… sur la rue ! Des cars déversent leurs touristes dans la ville, Ibn Khaldoun observe tout cela de sa hauteur quasi céleste, perché sur un piètement de mosaïque bleue que supporte une double colonne de pierre grise.

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Bientôt il faut rejoindre les autres pour filer en direction d’un site à visiter (oublié le nom du site…), où je me contenterai de l’oasis voisine et des ruelles du village, faute de pouvoir supporter le dénivelé du canyon… Zied me tient compagnie.

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J’erre alentour… des voix m’attirent et je m’approche d’un homme qui trie des dattes à même un tapis posé dans l’herbe fleurie tandis qu’un jeune homme, grimpé sur un palmier dattier, sectionne les régimes avant de les faire glisser sur un fil tendu entre l’arbre et le sol. Nous échangeons quelques mots. Je m’étonne de la couleur orangée des branches. Alors que je me suis écartée pour lire, le monsieur vient déposer près de moi un régime de dattes jaunes et juteuses. Aïchek. Sourires.

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Dans le village écrasé par la torpeur, un vendeur de pierres et de fossiles m’explique l’origine des coquillages, huîtres calcifiées, coquilles saint-Jacques, bigorneaux, bois pétrifié, calcédoine bleue, micaschiste, et bien sûr roses des sables qui s’amoncellent sur ses étals. Quelques ruelles plus loin, je découvre à quel point la terre en regorge car au bout du village, le sol en est jonché. La vue magnifique ouvre sur un défilé ocre où coulait jadis une rivière large, le canyon est profond, la montagne au loin ondule comme une mer pétrifiée.
Zied me raconte sa manière de faire découvrir la Tunisie aux touristes de l’association « Ritmi e danze dal mondo ». La Tunisie sous toutes ses facettes, plus ou moins photogéniques, authentique en tout cas.

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Le groupe d’amis italiens réapparaît à quelques mètres au-dessous de nous, leurs voix les ont précédés. Comme nos guides – Stefano, Sabrina et Zied – ont décidé de nous en mettre plein les yeux (et les jambes), nous repartons à tout berzingue en direction de Tamerza. il est près de 16 heures, le soleil est encore haut… d’un seul coup, fatiguée, je trouve que la journée est longue !

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Je choisis une fois de plus de rester avec un petit groupe aux jambes lourdes pour éviter une longue balade. Courte déambulation au milieu de petites cascades qui formaient il y a peu de temps encore un petit lagon. Rien d’extraordinaire cependant jusqu’à ce que le soleil tombe en jetant son badigeon ocre sur le paysage.

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Après un bref passage à notre hôtel, nous repartons vers la Dar Houidi dans les ruelles de Nefta, une maison qui appartient depuis huit générations à la même famille, et que tient un monsieur charmant, malade du cœur, enfoui dans un burnous marron (la tenue des hommes ici). On nous sert brick et chorba avant un couscous puis du poulet grillé et des fruits dont les fameuses poires locales que je ne goûte pas d’ailleurs, ayant déjà la panse fort remplie. Musique traditionnelle et danses, transes et marche sur les braises, finissent de nous transporter…

(à suivre)

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

Carnet des jours (29)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le 4 décembre 2017

Mort de Jean D’Ormesson… Rien lu de lui. Cet homme « cultivé, courtois, affable, plein d’humour dont le regard bleu inspirait confiance » a rendu les armes à 92 ans. Un bel âge pour mourir. Je suis étonnée de sa popularité en France !
Terminé la lecture de Chimères, de Naguib Mahfouz. Roman lent et subtil, qui révèle les codes de la société égyptienne, et de tant d’autres sans doute.
Le 5 décembre
On enterre Papy aujourd’hui à Hossegor… Le grand bonhomme au tempérament d’acier pour certains, au caractère odieux pour d’autres, a rendu l’âme à 92 ans. Il rejoint au cimetière sa femme et son fils. C’est tout mon passé qui a resurgi à cette nouvelle il y a deux jours. J’ai aimé ces deux hommes si différents. A la mort de Dominique, son père a eu ces mots touchants : « nous avons perdu un fils mais nous avons gagné une fille ». Comment l’oublier ? J’ai toujours eu de l’affection pour lui.

Le 6 décembre
De coup de fil en coup de fil avec le réseau revenu, je manque la nouvelle du jour : la mort de Johnny ! Ne l’apprends qu’à 13 h, et verse une larme encore sur le passé avant de retourner à mes occupations du jour.
Deux heures chez P. et E. pour pouvoir envoyer à Jan le dernier texte pour les Cosaques, commander un billet pour La Réunion, lire mes mails… Seule dans la nuit, j’ai écouté France Inter et l’émission sur Halliday, les invités tous émus (Miossec, Bono (U2), Camille…), retrouvé les grands tubes du chanteur qui a décidément occupé un bout d’espace dans nos vies durant soixante ans, repensé à mon père qui nous interdisait de chanter Que je t’aime, nous avions dix ou douze ans, lui qui ne jurait que par Retiens la nuit, appris que Charles Aznavour avait écrit cette chanson et je comprends qu’il devait y avoir un lien de cause à effet…
Une douleur lancinante dans le bras gauche me pousse à écrire un petit mot tout bête sans date ni signature pour conjurer le sort…
Terminé ce soir la lecture de Ouatann de Azza Filali. Une image de la Tunisie anté-révolution dont je me demande en quoi elle a vraiment changé après 2011…

Le 7 décembre
J’ai occulté hier la nouvelle politique du jour : la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël… De quoi attiser la colère et le ressentiment d’un peuple et de nombreux pays.
Le 13 décembre
Il a neigé sur le Vercors. Cruas crache au ciel sa vapeur blanche et casse la ligne orangée de l’horizon. Nous rentrons de Valence où se tenait le marché de Noël et où Nans et Julien proposaient « Les thés en hiver », du thé bio et des poteries… Ils font un tabac, si je peux dire.
Le 17 décembre
Aéroport Marseille Marignane. Les agents de contrôle sont fous, nous poussent à grande vitesse pour que nous passions nos bagages. Pas le temps de vider mes petits produits ! Mon tube d’argile acheté le matin pour soigner ma cheville passe illico presto à la poubelle. C’est vrai que j’ai l’air d’une poseuse de bombe. Le bonhomme de service me répète que c’est pourtant clairement expliqué. Je lui fais remarquer que je ne suis pas une machine et lui demande s’il lui arrive de se tromper. Mon sac est mis de côté. Fouillé par un gars encore plus débile qui cherche la contenance de mon parfum alors que le flacon est quasiment vide. Je lui dis qu’il est une caricature du zèle, il me regarde en ricanant, et poursuit sa fouille nonchalamment. Voilà, une équipe merdique qui a décidé d’enquiquiner les voyageurs, on ne sait pas pourquoi, mais de toute évidence il s’agit de cela car nous sommes très peu, on ne se bouscule encore pas au portillon. Bref.
Coup de fil tendu hier avec M. J’en ai perdu mes cordes vocales mais j’ai résisté à l’envie de lui envoyer un mail pour atténuer ma requête.
Le soleil de Marseille me réconcilie avec la vie. Je me souhaite un bon voyage et un bon séjour en Tunisie. Envie de réussir cette vie-là.
20h50 Terminé mon sandwich au thon façon Panini et bien entamé mon deuxième direct demandé très chaud. Servi brûlant avec le sourire. Tunisie que j’aime, exubérante, bruyante, fougueuse. Nous avons attendu plus d’une heure avec Donai, une jeune tunisienne rencontrée dans l’avion,  dans une triple file où chacun jouait des coudes au contrôle de police.
Installée au Cappuccino « café et restaurant ». Face à Avis, j’attends. Je suis celle qui attend. Je ne me plains pas. C’est pour moi le temps de l’acclimatation au pays – rapide je dois reconnaître –, de la réflexion, de l’attention aux sensations qui m’envahissent quand je pense le revoir, lui qui reste une surprise pour moi.
Mardi 19 décembre
A la recherche de la pièce manquante, cassée, du chauffe-eau. Garée le long d’une voie express, j’attends l’homme et la pièce.
Hier lundi journée d’achats et de règlement d’échéance. Le salon sera livré le lendemain, la cuisinière arrivera mercredi.
J’apprends ce matin que les élections municipales ont été décrétées pour le 6 mai 2018. J’ai éclaté de rire. Mais un décret est un décret. Sept ans après la révolution, la Tunisie sera enfin administrée localement. Le spectre d’Ennahda flotte droit devant. Toujours à l’arrêt dans une zone de commerces divers, j’observe huit femmes prenant le soleil devant Roche-Bobois, certaines en blouse de travail, un moment de pause peut-être, d’autres en manteaux, des clientes ? Toutes sont voilées. La recrudescence du voile m’a sauté aux yeux il y a un an déjà, je ne sais ce qu’il cache pour ces femmes confrontées à la schizophrénie de leur société.
[Entre le 19 et le 31, voyage dans le sud tunisien.]
Le 31 décembre 2017
Fête à Douz avec le groupe d’Italiens emmenés par Stefano, Zied et Sabrina. Nous visitons le matin la maison de l’artiste Salah, peintre sur peau de mouton, qui parle un excellent français comme les gens de son âge (74 ans). Ses tableaux sont inspirés de la calligraphie et de la société tunisienne, de la place des femmes. Salah insiste sur le geste calligraphique (il parle de « gestuelle ») davantage que sur la calligraphie et c’est vrai que cela donne un élan particulier à ses tableaux. (Mais je n’ai aucune photo de ceux-ci…)
marlen-sauvage-Salah

(à suivre…)

Texte et photos : Marlen Sauvage