Nombres

marlen-sauvage-robesroses

Viennent les filles de Tselofehad
fils d’Héfer fils de Galaad fils de Makir fils de Manassé fils de Joseph des clans de Manassé
Mahla Noa Hogla Milka et Tirtsa sont leurs noms
Elles sont devant Moïse et Eléazar le prêtre. Elles sont devant les chefs et la communauté à l’entrée de la tente du rendez-vous
Elles disent
Notre père est mort dans le désert. Mais il ne faisait pas partie de la bande des conspirateurs contre Yhwh la bande de Qorah. Notre père est mort à cause de ses péchés et il n’avait pas de fils. Pourquoi retrancher le nom de notre père de son clan parce qu’il n’a pas de fils ? Donne-nous une propriété comme aux frères de notre père. Moïse porte l’affaire devant Yhwh
Yhwh parle à Moïse
Les filles de Tselofehad parlent vrai
Donne-leur un héritage comme aux frères de leur père
donne-leur la part de leur père
Dis aux Israélites
Si un homme meurt
s’il n’a pas de fils
sa fille hérite
s’il n’a pas de fille
ses frères
s’il n’a pas de frère
les frères de son père
si son père était sans frère
la chair la plus proche de lui hérite dans le clan
pour possession
prescription légale
ordonnée à Moïse
par Yhwh

La Bible (© 2001, Bayard)
Nb 27,1 – 27,11
Traduction de Marie Borel, Jacques Roubaud, Jean L’Hour

Photos : Alain Andrieux (Jordanie, 1993. Tirage papier numérisé) – Marlen Sauvage

+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
Cette bible dort sur mes étagères depuis qu’elle m’a été offerte. Parfois ouverte pour peu de temps, jamais lue intégralement. De cette version littéraire de la bible, dont la traduction de chaque livre a été confiée à un exégète et à un écrivain, j’extrais ce qui me « parle » le plus. Je le fais dans l’ordre établi des « livres » qui est celui de ma lecture. Ce choix très subjectif est contestable bien sûr, car j’ai décidé d’occulter le plus violent de ce « texte sacré » (tout au moins dans ce qui constitue l’Ancien Testament, ici appelé « Alliance »).

marlen-sauvage-bible

 

dans le métro ce matin

marlen-sauvage-Roissy

Cet homme longiligne sur le bord de la route, casquette sur la tête, lunettes de soleil, la bouche en cul de poule, serré contre le mur d’une maison, entre mur et route, trois tréteaux dans la main gauche et un sac dans la droite. La lumière de l’après-midi dans l’œil, tétanisé, face aux voitures qui abordent le virage, et la chaleur par-dessus.

Celui-ci devant la porte du supermarché, maigre, le visage buriné et scarifié, qui se lève à mon approche et me demande – quelques abricots si vous pouviez m’acheter quelques abricots j’adore ça – et se rassied sans attendre de réponse, mais les yeux levés vers moi, des yeux sombres, avec une lueur dans le fond, où brûle l’espoir d’un fruit.

Bar du duty free. Aéroport de Marseille. Il se dirige vers la porte 10. Coup d’œil sur le baby-foot sur sa droite. D’un coup d’épaule il jette son sac à dos par terre, redresse la table pour que glisse la boule, s’empare de deux tiges, hèle un compagnon qui le suit et l’entraîne dans un match de quelques minutes, concentre. Perd dans un éclat de rire.

 

Texte et photo : Marlen Sauvage
(photo Aéroport de Roissy, 2017)

Ecrit pour l’atelier d’été de François Bon, cru 2017. Tout est ici.

Ecrire

marlen-sauvage-atelier

Écrire en tension attraper la pensée
qui fuit déjà la saisir
et la perdre
Le cap sur l’idée
et d’essais en tourments le perdre à son tour
égarer le sextant croire à la perte momentanée éphémère
Avancer feutré obstinément accroché
à ses sensations ses émotions enfouies
mais où
Contourner l’obstacle lâcher l’affaire
se lever boire un verre se noyer
en apnée voir le mot me narguer
Écrire dans l’éblouissement grâce d’un moment rare
Se relire des années plus tard
ne pas retrouver celle que l’on était alors
Écrire de joie à tue-tête dans l’ascension d’un causse
Et de frustration dans l’absence et la nuit
Dans la solitude perverse qui inquiète
et réclame
Écrire entre
Entre les tiges de Nigel de Damas
entre les branches torturées d’un cèdre
entre les pierres d’un mur non jointoyé
À rebours défier le temps la mémoire
l’âme noire
Oser le grand bond revenir en arrière
Croiser ses morts et les entendre

Texte et photo : Marlen Sauvage
(Photo 2013, balade écriture en Cévennes)

Ce système de correction autographique est insupportable, qui me propose « nivelle » (de Damas) !!!

Lévitique

 

marlen-sauvage-desert

Ne volez pas
ne mentez pas
ne vous trompez pas les uns les autres
Ne jurez pas un faux serment sur mon nom
ce serait profaner mon nom de Dieu
Je suis Yhwh
N’exploite pas ton prochain
ne le spolie pas
ne garde pas la paie de l’ouvrier une seule nuit
Ne maudis pas le sourd
n’entrave pas la marche de l’aveugle
crains ton Dieu
Je suis Yhwh
Si tu juges ne sois pas injuste
ne favorise pas les moins que rien
ne te courbe pas devant les grands
juge les tiens avec justice
Ne répands pas de calomnies contre les tiens
ne risque pas le sang d’un proche par ton témoignage
Je suis Yhwh
Ne trahis pas ton frère délibérément
avec ton compatriote ne te soucie que du droit
ne te mets pas en faute envers lui
Renonce à la vengeance
sois sans rancune envers les fils de ton peuple
aime ton proche comme toi-même
Je suis Yhwh

La Bible (© 2001, Bayard)
Lv 19,11 – 19,18
Traduction de Marie Borel, Jacques Roubaud, Jean L’Hour

Photos : Alain Andrieux (Jordanie, 1993. Tirage papier numérisé) – Marlen Sauvage

+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
Cette bible dort sur mes étagères depuis qu’elle m’a été offerte. Parfois ouverte pour peu de temps, jamais lue intégralement. De cette version littéraire de la bible, dont la traduction de chaque livre a été confiée à un exégète et à un écrivain, j’extrais ce qui me « parle » le plus. Je le fais dans l’ordre établi des « livres » qui est celui de ma lecture. Ce choix très subjectif est contestable bien sûr, car j’ai décidé d’occulter le plus violent de ce « texte sacré » (tout au moins dans ce qui constitue l’Ancien Testament, ici appelé « Alliance »).

marlen-sauvage-bible

 

Canicule

marlen-sauvage-Sidi

12 juillet – nuit

Particules de poussière brûlée
dans la nuit caniculaire

Loin du sommeil traverser les heures

Plusieurs fois sous la douche froide
goûter l’eau sur le crâne et le corps
le répit dure si peu

Dans le vacarme du ventilateur
la chaleur s’empare des filets de fraîcheur

Cette odeur encore
comme si un grand feu brûlait le dehors
tandis que résonne le chant du coq

Cinq heures
heure des moustiques

Dans le jour qui se lève
une meute de chiens aboie

Texte et photo : Marlen Sauvage

Exode

 

marlen-sauvage-ane

« N’élève pas de fausse rumeur. Ne prends pas le parti du coupable par un faux témoignage. Tu ne suivras pas la foule pour faire le mal, tu ne répondras pas dans un procès pour dévier la justice en suivant la foule, et tu ne favoriseras pas un faible dans son procès.
Quand tu tombes sur le bœuf de ton ennemi ou son âne perdu, tu les lui retourneras. Quand tu vois l’âne de ton ennemi tomber sous sa charge, ne le laisse pas seul avec lui, libère-le avec lui.
Tu ne feras pas dévier le droit d’un pauvre dans son procès. Tiens-toi loin du mensonge, et l’innocent et le juste tu ne les tueras pas, parce que je n’acquitterai pas le coupable. Et les pots-de-vin tu ne les prendras pas, parce que le pot-de-vin aveugle le clairvoyant et ruine la cause du juste.
L’étranger tu ne l’opprimeras pas : et vous, vous connaissez l’âme de l’étranger, parce que vous avez été étrangers au pays d’Egypte. »

La Bible (© 2001, Bayard)
Ex 23,1 – 23,9
Traduction de François Bon

Photos : Alain Andrieux (Jordanie, 1993. Tirage papier numérisé) – Marlen Sauvage

+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
Cette bible dort sur mes étagères depuis qu’elle m’a été offerte. Parfois ouverte pour peu de temps, jamais lue intégralement. De cette version littéraire de la bible, dont la traduction de chaque livre a été confiée à un exégète et à un écrivain, j’extrais ce qui me « parle » le plus. Je le fais dans l’ordre établi des « livres » qui est celui de ma lecture. Ce choix très subjectif est contestable bien sûr, car j’ai décidé d’occulter le plus violent de ce « texte sacré » (tout au moins dans ce qui constitue l’Ancien Testament, ici appelé « Alliance »).

marlen-sauvage-bible

 

 

Ateliers de campagne (6)

marlen-sauvage-vebron

Rentrée des classes. Pour moi ce sera Vebron, un village situé dans une vallée au-delà de La Cam de l’Hospitalet. L’institutrice me demande d’écrire un conte sur l’environnement à partir du premier texte des Histoires naturelles de Jules Renard, avec des enfants de 6 à 8 ans. Il est 8h30. Passé le col du Rey, direction St-Jean-du-Gard, le temps est mitigé. Depuis que j’ai laissé la clairière protégée où je vis, le thermomètre a baissé de 2 °C. Col des Faïsses, 1018 m, le vent balaye le plateau, la route est large, et la vue magnifique.

marlen-sauvage-Cam

A droite, en direction de Vebron, le chemin de Salgas s’enfonce dans la forêt, la route – difficile et dangereuse, dit le panneau – serpente, et la pente est sévère. On l’appelle la Cardinale, après la Royale que je viens de quitter… Vestiges des dragonnades du début du XVIIIe siècle. Je croise deux ou trois voitures sur cette route communale où la place est comptée… Et le petit pont de Racoules est si étroit !

marlen-sauvage-borne

marlen-sauvage-racoules

J’ai préparé mes interventions, mais je ne fige rien, et de fait j’irai de surprises en surprises. Il est prévu dix ateliers de 2 h 30, la classe est scindée en deux groupes et il faut composer en fonction du travail de l’un puis de l’autre, expliquer ce qui vient d’être construit, redire à chaque fois où nous en sommes restés… Mais cela permet de mettre le doigt sur les incohérences, de recueillir d’autres idées, de laisser mûrir l’histoire. Au “chasseur d’images” qui ouvre le livre de l’écrivain morvandiau, les enfants ont préféré “le pêcheur d’images”, parce que pêcher leur semble moins cruel que chasser…

Leurs trouvailles m’amusent… A la question des sorts qui pourraient mettre notre héros en difficulté : celui qui lui ferait avoir des illusions d’optique… (nous convenons qu’un désert pourrait devenir un dessert, et c’est l’occasion de jouer sur les mots), un sort de vieillesse qui lui ferait oublier son seau à images, son pull pour mettre ses images dans ses manches… Dans leur fiche descriptive du pêcheur d’images, celui-ci est “étonné, angoissé, inconscient, impatient, coléreux, un peu crédule, curieux, naturaliste”, et tout cela est étayé par de bons arguments. Il n’est pas “un surhomme, il est parfois maladroit mais persévérant et courageux. Il évolue dans l’histoire car à la fin il est calme et il sait protéger la nature”… Parmi les interdictions qui lui sont faites : celles de “pêcher des images de légumes pourris, de chambres mal rangées (le quotidien finit toujours par les rattraper !, de pétrole dans la mer, de forêts en feu et de maisons enfumées”…   Les plus petits qui n’écrivent pas encore très vite inventent à voix haute. Nous lisons des contes, Le Tsarévitch aigle, Petit Chaka, etc. Nous repérons les points communs avec notre conte, dans son déroulement, sa construction, ses personnages… A chaque séance, quand 11h30 sonnent, les enfants se préparent pour aller déjeuner dans le village tandis que je regagne ma voiture. Leur école est en réfection et ils sont accueillis dans une vieille maison derrière l’église. Notre atelier se déroule dans une petite cuisine au rez-de-chaussée.

marlen-sauvage-ecole-Vebron

[En ce jour de juillet où je refais la route, celle du retour est chargée, je croise trois véhicules, mais surtout une biche plantée au milieu du bitume, mon appareil est près de moi mais impossible de shooter, la bête se rue dans les fourrés. Plus loin une mère et son faon s’attardent aux abords d’un bois.]

Après dix ateliers, un conte est né qu’il a fallu ensuite dialoguer pour un spectacle. Ce qui n’avait pas été prévu au départ, mais enfin quand on aime, on ne compte pas… En dehors du premier texte imposé, j’avais choisi le dernier du recueil, « Une famille d’arbres », et proposé aux enfants que notre personnage finisse par avoir un lien avec celui-ci – les arbres qui deviennent une vraie famille, dans le texte de Jules Renard. Les enfants inventèrent un voleur de mémoire venu une nuit voler les images du pêcheur, un « gragragnateur » animal de compagnie du voleur, des arbres qui murmurent à l’oreille de notre héros pour le prévenir d’un danger, et d’autres personnages tous plus fantasques les uns que les autres.

Le spectacle a été joué deux fois dans la salle de spectacle de Florac, La Genette verte. L’image de la fin du conte était un soleil levant accroché à un arc-en-ciel derrière une montagne où pousse un saule sacré… A la fin de ces rencontres-ateliers, alors que je remerciais les enfants, l’un d’eux eut cette  remarque : « Pourquoi tu dis toujours votre conte, c’est notre conte ».

Texte et photos (juillet 2017) : Marlen Sauvage
PS : Depuis ces ateliers (2010-2011), l’école a été restaurée !
Affiche réalisée par les enfants avec leur institutrice.

(à suivre)
……………………………………………………………………………………………………………

Quand j’étais enfant il existait une série télévisée intitulée Médecin de campagne… Le médecin était une femme et la campagne alors ressemblait à celle où je vivais dans la Drôme. Depuis que je sillonne les Cévennes pour animer ici et là des ateliers d’écriture, je ressasse l’idée d’écrire une série de souvenirs arrangés autour de ces allées et venues.