Rêves (8)

Je suis bien convaincue que ce que nous vivons impacte nos rêves. A l’époque de celui qui suit, très bref – mais c’était surtout une ambiance particulière que j’en avais retenue – je vivais quelques mois par an à Tunis. Je m’étais remémoré le rêve de la nuit précédente alors que j’attendais quelqu’un dans les locaux de l’ENS, et précisément dans le « bureau des professeurs ». Le rêve avait donc précédé ces notations : « Des fils électriques dénudés à leur extrémité courent le long de la plinthe d’un mur sale dans cette pièce aux bureaux empoussiérés, aux étagères et placards dont les portes sont disjointes, au volet roulant délabré, aux rideaux gris dans un tissu frappé qui nécessiterait un bon nettoyage… Je mesure derrière cette saleté, cette médiocrité, l’insulte faite aux professeurs et aux étudiants. »

Des petites maisons dans ce rêve-ci, des masures plutôt, dispersées, grises, autour d’une maison en bien meilleur état, une grande pièce chauffée à l’étage où me recevait Nans. Et je devais repartir, rejoindre la petite maison qui m’avait été attribuée… 

8 mars 2019

Carnet des jours (62)

Dimanche 1er janvier 2023
Encore le souvenir de ce film vu hier à Vaison – Caravage – qui retrace la vie du peintre ; la débauche et l’hypersensibilité pour nourrir des tableaux plus impressionnants les uns que les autres. Et cette fin terrible… probable.

2 janvier
Reçu aujourd’hui A l’aube d’un dimanche, de François Mocaër…
Premier cours d’italien de l’année… impression d’avoir déjà tout oublié !

3 janvier
« C’est lorsque je me suis retrouvée en fauteuil que j’ai cessé de me battre. Il ne faudrait jamais être dans un fauteuil. » Une dame à l’Unité de soins longue durée que je n’accompagne pas mais que je salue ce jour-là et avec laquelle je finis par discuter une demi-heure !

4 janvier
J’apprends la mort d’Erik Borja, survenue le 28 décembre dernier. Je retourne faire un tour sur la page d’atelier d’écriture de haïku… Et je regrette de ne plus trouver ce temps-là pour étudier vraiment cette poésie.

5 janvier
Chrysalide, 3 nouvelles 1 nouveau , une galette des rois, deux reines, beaucoup de joie à se retrouver.

6 janvier
Nous prolongeons les cours de paléographie jusqu’en mars.

7 janvier
Sensation d’échapper à ma vie, d’être hors de mon rythme personnel.

Dimanche 8 janvier
Visite de l’expo « Singulièrement brut » à Vallaurie, avec B. et G. Très chouette. Découverte d’artistes locaux et régionaux. De l’art brut et singulier comme le suggère le titre de l’événement. Un dessin de Chaissac… Je n’ai pas noté le nom des artistes, quelle idiote. Et un poisson boîte de sardines qui m’a rappelé bien des souvenirs !

9 janvier
Réunion de bureau C & R.

11 janvier
Retour à l’appartement. D’autres habitudes qui reviennent très vite. Mais je ne resterai plus aussi longtemps partie.

12 janvier
Réunion C & R de bureau « élargi » à midi, chez A. Des choses se disent, c’est bien. Puis CA à 18 h. Bilan du festival. Beaucoup de tensions. Quel dommage. Me sens de moins en moins à ma place ici.

14 janvier
Un petit repas tranquille en famille, chez B. et P. Les jeunes nous convient à un jeu de dictionnaire version boîte de jeu, cartes et comptage de points. De bons fous rires… et l’occasion d’enrichir son vocabulaire !

Dimanche 15 janvier
Rappelé F. M. comme convenu. C’est un grand oui ! Il pense publier mon recueil pour le marché de la poésie. Chouette !

16 janvier
Retourné le contrat. Mais je ne serai convaincue qu’avec le livre dans les mains…
Reçu aujourd’hui celui de Sabine. Quelle surprise ! Ces nanas sont épatantes. Ce qui me rappelle que je ne leur ai jamais donné les infos pour le POD. Mais elles se débrouillent tellement bien sans moi !

17 janvier
Auberge de Saint-Pantaléon, que de la truffe – une brouillade délicieuse – accompagnée d’un gigondan un peu moins à mon goût. Après-midi avec les dames en USLD… Toutes les deux me font de la peine aujourd’hui, toutes les deux perdent vraiment la tête. On ne réserve pas encore nos billets pour le Québec…

18 janvier
Préparatifs pour le départ vers Carry demain.

19 janvier
Départ pour Carry-le-Rouet. Un petit gîte quasi les pieds dans l’eau !

© Marlen Sauvage 2023 – Vue de Notre-Dame sur une anse du Rouet-plage.

20 janvier
Petite nuit… bruit de la clim réversible… lumières de la ville à travers les interstices des rideaux. Mais réveil tout de même sur notre île ! Avec la mer au-dehors et son reflet dans l’immense miroir des portes du placard, nous avons l’impression d’être sur un bateau. Petite marche plaisir d’une heure trente dans les environs. L’après-midi, découverte de La Redonne, superbe. Est-ce que je parviendrai à publier les photos sur mon blog ?

21 janvier
Journée en famille à Marseille. Le plaisir des retrouvailles et les petites sont si craquantes ! On a eu droit à une galette des rois et à un gâteau des rois, le seul « vrai » dixit les gens du coin ! Balade sur le Vieux-Port, on n’échappe pas au manège. Grands fous rires de toute l’équipée qui font honte à la petite T. perchée sur un cheval à l’étage, loin de nous. Elle tourne la tête à chaque passage ce qui intensifie les fous rires des adultes que nous sommes censés être… Nous ne repartirons pas en train, il nous fait faux bond, c’est la grève !

Dimanche 22 janvier
Coup de fil à maman. Impression souffrante qu’elle oublie de plus en plus de choses… Mais 90 ans cette année… On n’aime pas voir ses parents vieillir.

23 janvier
Lever à 7h30 pour se préparer à la visite de la grotte Cosquer, prévue à 10h40. La reconstitution est étonnante, subjuguante. Après quelques minutes je suis complètement emportée dans l’univers des habitants de l’endroit, il y a 33 000 ans ! La découverte de la main prise dans le faisceau de la lampe du découvreur de la grotte, Henri Cosquer, est un grand moment d’émotion. Comme les photos sont interdites, bien sûr, je vous invite à aller jeter un œil ici.

© Marlen Sauvage 2023

26 janvier
Tajine à Marseille, un délice malgré le froid ambiant. Je décide que ce sera mon dernier repas « complet » avant onze jours. Je démarre un jeûne dès demain. Après Niolon, Sausset-les-Pins, La Vesse, Carro ces derniers jours… Retour à la maison !

27 janvier
Meeting Insoumis à la maison de pays. Du monde, du monde, du monde ! Et un panel d’intervenants qui laisserait croire à une véritable union possible et durable. Mais dans les étages au-dessus ?

Dimanche 29 janvier
Coup de fil à Jo. Un conseil de lecture : L’humanité va disparaître, bon débarras ! Quelle chance que cette tata-là;-)

31 janvier
Manif pour les retraites. J’en reviens pour terminer ce carnet du mois… Un peu déçue. Moins de monde que pour la réunion avec Marie Pochon et Manuel Bompard vendredi où nous étions environ 250. Ça se poursuit à Montélimar dans l’après-midi. Je n’y serai pas, visite à l’USLD, dont je me réjouis.

MS


El jinete, le cavalier

© Stéphane Passet — 17 juillet 1913 – Aux environs d’Ourga, Mongolie.

Jinete¡ Chacun d’entre nous est un cavalier
lancé au galop sur une steppe à l’herbe drue et grise
L’âme cadenassée, le regard fixé sur le sol qui défile
nous allons sans trêve ni repos
Il nous arrive parfois de mettre pied à terre
pour cueillir un brin de lavande ou une rose sauvage
presque rien : juste le temps de poser une question
d’espérer une réponse
Mais le galop furieux finit toujours par nous reprendre…
Va Jinete, va cavalier : quelqu’un que tu ne connaîtras jamais
t’a donné rendez-vous là-bas
au bout de l’horizon
C’est ainsi que nous allons au galop forcené de nos vies
C’est ainsi que vont les peuples lancés au galop de l’histoire
Vers de nouveaux pâturages vers des terres plus fertiles,
vers des climats plus doux
sans autre raison parfois
que l’immense désir de rattraper le soleil dans sa course
sans autre motif que l’irrésistible envie
de passer au-delà de l’horizon.

Je suppose que ce texte est de Claude Marti, sans en être certaine. Avis aux lectrices et lecteurs : le savez-vous ?

Que du bleu ! (petite suite)

C’était un dimanche, le 22 janvier, balade en voiture jusqu’à Carry pour acheter les gâteaux du jour ! Un éclair et un macaron à la framboise emportent la palme avec un tout-chocolat à partager, avant de filer sur Niolon – calanque très visitée en ce jour, trop pour nous – puis La Vesse. Petite marche, là, dans les ruelles à l’abri du vent, près des « arches » de la voie ferrée. Aucune photo de ces deux calanques, en revanche une de Carro, ci-dessous, joli petit port de pêche éclairé par le soleil de la fin d’après-midi.

Au bord de la plage, un phare rouge et blanc surveille l’horizon. Il domine la réserve marine créée pour la protection et le repeuplement du milieu marin. Toutes les activités de pêche y sont interdites ainsi que la plongée en scaphandre et le mouillage des bateaux. A Sausset-les-Pins, je ne reconnais rien d’une très ancienne visite… le soir tombe, le ciel y est particulièrement beau. C’est tout ce que je photographierai…

Que du bleu !

Carry-le-Rouet, une petite ville dans le vent froid, durant notre séjour hivernal… « La Perle de la Côte Bleue » ainsi nommée dans les prospectus touristiques, mérite très certainement son qualificatif. Mais voilà, emmitouflée dans écharpes et manteau, je n’ai rien photographié d’autre en me baladant le premier jour que cette somptueuse Villa Arena (hôtel-restaurant) du XVIIe siècle.
A l’extérieur de la ville, sur la plage du Rouet, le gîte situé à l’étage d’une maison tout en escaliers donnait juste sur la mer. Une largeur d’impasse entre nous et l’eau… Chaque matin, un cargo de marchandises traversait l’horizon de la large baie vitrée de l’appartement, je comptais les minutes pour le voir disparaître mais il prenait parfois son temps, stoppant en cours de route ou me tournant le dos pour s’en aller de l’autre côté de la Méditerranée. A toute heure du jour, j’ai aimé cette immensité bleue, gris clair, argentée, qui côtoyait toutes les nuances de rose.

Au réveil, dès les rideaux levés, et parce qu’un placard-miroir occupait tout le mur, reflétant la mer, j’avais l’impression de flotter sur l’eau. Une île pour rêver. Aucune connexion pour se préoccuper du monde, Yoga, d’Emmanuel Carrère, un moleskine rouge, un cahier de mandalas et une valise de crayons de couleur. Les mouettes donnaient un concert d’ailes dans le froid du matin : – 4°C à huit heures. J’enviais leur liberté et peut-être leur inconscience de se savoir libres.

Une grande marche dans le vent fort le long de la mer sublime, transparente, nous mène jusqu’à une calanque et une plage de galets. Il a fallu descendre 37 marches puis 129 – mon plaisir de compter les pas – en monter ensuite 96 pour se hisser à hauteur de la voie ferrée et surplomber l’eau. Ce même jour, une virée en voiture pour nourrir le frigo nous conduit à la calanque de La Redonne, après une descente vertigineuse. Comme je n’ai pas d’appareil photo, je me contente de mon téléphone, mais celui-ci refuse ensuite de me transmettre les photos, par quelque moyen que ce soit. Peste que ce B. ! Voici une vue chipée sur le net (MarseilleTourisme.fr, merci), que je changerai pour les miennes dès que je les aurai récupérées.

© MarseilleTourisme.fr

A suivre, bien sûr, nos petites vacances ont duré 8 jours !

Rêves (7)

J’ai l’habitude de noter mes rêves au réveil, sans me poser de questions, sans rature, d’un seul geste spontané, pour restituer au plus près ce dont je me souviens. Comme je ne relis pas mes carnets, j’avais oublié ce rêve, sa ressemblance (dans sa première partie, uniquement) avec le rêve n° 5 et je n’avais surtout pas remarqué la nuit à laquelle il s’est manifesté. Dans cette journée du 19 décembre 2018, nous avons appris la mort d’Eric.

Le rêve en morceaux de la nuit passée (nous sommes mercredi 19)
Je marche avec à mes côtés B. et P. Nous nous déplaçons dans un vaste espace, d’immenses salles se succèdent. Nous parlons en souriant, je ne sais pas ce que nous disons. Il y a une couleur rouge qui domine dans la lumière de la scène. J’aperçois par une porte ouverte un brouillard qui plane à ras du sol dans une salle : c’est la salle du brouillard. Nous continuons d’avancer en nous demandant « où c’est ? » quand un homme vêtu de blanc s’avance vers moi, s’approche jusqu’à presque m’embrasser mais ne le fait pas (j’entends B. et P. se questionner à ce propos, se demandant si finalement je connaissais cet homme et suggérant que mon attitude avait engendré ce comportement de la part de l’homme). Mais j’ignore qui il est et il me conduit là où je dois aller (en stage, en formation ?). Je ne me souviens pas où nous allons alors que mon rêve m’y emmenait… 
Autre image : alors que je discute avec deux personnes, un jeune femme s’approche de moi, serre la main des deux autres et on me la présente « Anne, fille de… » (?). Je la regarde intensément, je la trouve belle, elle porte les cheveux courts, elle est jeune et souriante, j’hésite à l’embrasser comme elle est la fille de x que je ne connais pas. Alors que je me fais la réflexion de ma gaucherie, elle m’embrasse au coin de la bouche (la coutume est d’embrasser sur la bouche, mais j’ai bougé imperceptiblement) en me disant tout le plaisir qu’elle a à me rencontrer et que nous nous reverrons très vite. Je suis heureuse, je souris.
Autre image : un jeune homme, la trentaine, brun, vêtu d’une chemise ou d’un costume bleu jean pâle. C’est une connaissance, nous discutons. A un moment donné, il est allongé, il semble dormir sur le ventre, la tête dans un oreiller, mais pourtant nous sommes en pleine conversation. Nous ne sommes pas du tout intimes. Il répond à mes questions précisant qu’il ne se mariera qu’avec une jeune fille vierge, il poursuit, mais je ne me souviens pas de la conversation. Je lui glisse juste à l’oreille : « Tu ne serais pas Tunisien, toi ? » Et il éclate de rire.

Rêves (6)

Le rêve suivant se déroule en 2019. Je l’avais totalement oublié. A le relire, je le trouve apaisant ! C’est le pouvoir de certains rêves, de certaines personnes que l’on a aimées. L’homme dont il est question ici, le père de mes enfants, mort en 1980, reste une figure rassurante pour moi, il vient trop rarement me visiter… Nous aurions aujourd’hui fêté ses 72 ans.

Dans la nuit du 3 au 4, long rêve avec Dominique que je retrouvais, le même qu’à sa mort, cheveux longs et barbe. Nous n’avions pas su ni l’un ni l’autre que nous étions vivants chacun de notre côté, mais enfin, on m’avait annoncé que Dominique était mort, et je l’avais cru. (Je n’ai pas vu Dominique après l’accident et longtemps je l’ai cherché dans la vraie vie.) Il me raconte qu’il a été remarié – tout est possible en rêve ! – il tourne la tête, n’en ajoute pas davantage. Nous rions beaucoup ensemble. Il est prévenant, se tient près de moi. Quand je dors, je l’appelle ; j’ai peur, un cauchemar et il est aussitôt près de moi, il me rassure… Encore après ce rêve, éveillée maintenant, je le trouve beau. Nous avons beaucoup parlé mais je n’ai rien retenu ! Je nous vois dans une seule et même pièce dont les contours n’apparaissent pas.

Rêves (5)

Encore un drôle de rêve – ou un cauchemar – autour de la claustrophobie et de la mort, je pense. Je lisais à ce moment-là Le chemin des âmes, de Joseph Boyden. Mais c’est aussi la période qui précède la mort de mon beau-frère.

Nous (?) décidons d’ouvrir un lieu d’accueil ; un endroit immense, assez moderne, constitué d’une succession d’immenses salles. Dans l’une d’elles, plusieurs machines (non identifiées) qui tomberont en panne plus tard dans le rêve, le jour de l’ouverture, au temps T, on parlera de « maintenance ». Il y a dans un aquarium géant une « vache de mer » (oui, je sais, on parle de lion de mer ou d’éléphant de mer, ici, il s’agit bien d’une vache !). Enorme, un corps en deux parties (j’ai tenté de la dessiner dans mon carnet, au moment du réveil). La bête est noire, ses poils ressemblent à des plumes luisantes. Elle sort la tête de l’eau en voyant passer un homme, mais elle la sort tout droit, il n’y a pas de vitre et aucune eau ne s’évacue…
Il y a une « couverture » d’algues vert d’eau, au grain très dense, qui recouvre des rambardes, des séparations dans les pièces. Ça pousse tout seul, doucement, ça recouvre tout ! Je dois soulever la peau d’algues pour retirer un drap ou autre chose resté accroché à une rambarde. Il y a un homme (est-ce un employé ? est-ce mon voisin ?) qui critique une signature sur une « ordonnance ». Il me la montre, elle ressemble à un dessin d’enfant. Je lui dis d’arrêter ses remarques désagréables. Muriel me ramène chez moi en passant à gauche d’un rond-point, je le lui fais remarquer et lui fais promettre d’emprunter la prochaine fois – et toujours – le rond-point.

Nuit du dimanche 16 au lundi 17 décembre 2018.