Encore une fois…

©Marlen Sauvage

Ces roses dorment sur mon bureau depuis plusieurs jours, depuis ma visite à Génissac, dans ce paradis parfumé qu’a su créer mon amie Claude. Je les retrouve ce matin, dans un autre paradis, et, décidant de les publier, je cherche une citation qui pourrait les illustrer (les mots illustrant la photo, oui). Comme je ne suis pas chez moi, et comme je ne connais pas l’immense bibliothèque, je me fie à ma main, attrape La Première fois, d’Anne-Marie Garat, l’ouvre au hasard et tombe sur ce passage, vous me croirez ou pas :

« Avisant de loin le rosier, l’idée m’est venue d’un geste positif. Par exemple, de le tailler en vue du printemps prochain. Mais ce remontant ne se rabat qu’aux premières gelées, du reste il est en pleine floraison, ses roses sont si belles, coupons-en une, mettons-la dans un verre, me dis-je mais, à quoi bon, demain je repars. Alors, glissons-la entre les pages d’un livre : faisons sécher la dernière rose des Calinottes, gardons ses pétales peu à peu dévitalisés en souvenir du dernier soir, voilà un geste de haute portée. Au lieu de quoi, j’ai mis mon nez dans son cœur humide, inspiré son parfum, mais ces roses n’en ont pas beaucoup, il ressemble au sirop d’orgeat trop dilué, aux fleurs d’oranger fanant sous les globes. Malgré tout, je le recueillais, pleine d’espoir et de déférence, attentive à son signal lointain, sans en obtenir davantage le sentiment que je cherchais, sa piété ou son chagrin de dernière fois. » (1)

J’ai retrouvé dans ces phrases une impression de déjà vécu, toutes ces réflexions que l’on se fait à la vue de roses qui explosent ou se fanent, cette envie d’immortaliser entre les pages d’un carnet une senteur et une couleur dont on sait bien pourtant qu’elles ne dureront pas ; le désir de les conserver dans la gelée ou dans l’alcool, d’en disperser les pétales sur une table ou dans des coupelles, mais plus encore m’a saisie la mémoire de la plongée en apnée dans le cœur d’une rose, dilatant les narines d’un coup pour en extraire le parfum subtil, la plus lointaine essence, et le souvenir m’a projetée dans un passé heureux, dans l’image figée d’un instant où l’intense connexion au monde vous rend vivant plus que jamais.

MS

(1)- Anne-Marie Garat, La première fois, Essences, Actes Sud, 2013.

Saint-Emilion, de pluie et de rues vides

Je n’avais pas pris mon appareil photo, mais seulement mon téléphone mobile. Et ce qu’il déforme à souhait me plaît davantage que tout le reste !

©Marlen Sauvage

Saint-Emilion, c’est ce pan de mur, première image dans ma mémoire biscornue de cette ville et de la virée – à moto ? en voiture ? – les deux sans doute, à des années de distance.

J’ai déambulé dans les rues vides avec dans la tête la nouvelle de la disparition de Silvère, ajoutant à mes souvenirs de Saint-Emilion celui-ci d’un départ attendu et pourtant source de chagrin. Tous les oiseaux sur mon chemin me rappelaient cet homme qui les a si bien aquarellés, évoquant aussi pour moi l’envol d’une âme vers, je l’espère, une autre vie plus lumineuse.

©Marlen Sauvage

Saint-Emilion, c’est aussi ce restaurant dont la façade n’était pas aussi rutilante, me semble-t-il… et revient aux papilles la saveur des gambas grillées au pastis, dégustées dans l’arrière-cour, sous des arbres protecteurs. Il faisait si chaud alors !

©Marlen Sauvage

MS

Silvère

©Nadia D Rivière

Cet après-midi, alors que je passe quelques jours dans le sud-ouest, j’apprends la mort de Silvère, le monsieur qui aurait fêté ses 99 ans le 13 juillet prochain, et que j’accompagnais dans sa résidence depuis décembre dernier. Je me doutais en le quittant il y a une dizaine de jours, que je ne le reverrais pas. Je rends hommage ce soir à sa gentillesse, à son humour, à son intelligence des gens et des choses, à sa délicatesse aussi. Reposez en paix, cher Silvère.

MS