à chacun sa rue Vilin

J’ai tardé à écrire cette proposition suggérée par François Bon dans son atelier d’hiver : outre le fait que je n’avais plus d’ordinateur, je n’avais surtout pas « ma » rue Vilin !  Elle était loin d’ici dans le temps, quelque part à la fin des années 70, en 1975 précisément. Je l’ai retrouvée lors d’un court séjour à Paris, tout récemment, et ce fut un morceau du boulevard du Montparnasse.Tout cela pour arriver au bar de La Marine…

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Un trop vieux souvenir
Rue du Cherche-Midi ? Rue de Vaugirard ? Boulevard du Montparnasse la Tour les magasins leurs galeries (un toit, où ? Nous nous y allongeons et je te raconte ma vie courte et bousculée déjà. Il y avait un ciel semé d’étoiles blanches, j’avais posé ma tête sur ton torse, je n’avais pas dix-huit ans). Chez Bébert dans un angle de la place des voitures des piétons de la vie en masse. (J’arrivais de ma campagne. Je voyais ici autant de monde qu’en six mois là-bas.) Le boulevard du Montparnasse le long duquel tu avais garé ta voiture à la parisienne, une Fiat immatriculée 3516RA91. Quelque part sur le boulevard, une pizzeria, (je me souviens de la pizza Pino mais ce n’était pas celle que l’on trouve aujourd’hui sur ce même boulevard si près de la place Montparnasse, en tout cas celle-ci ne m’évoque rien). Le bar de La Marine à l’enseigne rouge (des fauteuils et des banquettes de Skaï rouge dans mon souvenir) avec une ancre bleue et blanche (l’ai-je rêvée ?). Un mois de septembre clément.

Janvier 2017
Boulevard du Montparnasse au départ de l’angle qu’il fait avec la rue de Vaugirard, de ce côté qui mène vers le Port Royal, le café restaurant La Marquise et sa terrasse ouverte avec ses deux palmiers. Service continu 7 h – 20 h en lettres blanches sur une bâche rouge vermillon. Ninasushi, blanc sur noir. Fermé. La Parizienne Hôtel, à l’entrée noire et grise. La coiffure à petits prix, 22 à 52 €, shampoing brushing à 10 € inscrit dans un macaron rose collé sur la vitrine. Au n° 35 un homme s’apprête à poignarder un lion, le bras droit dressé au-dessus de la tête, gravure dans la pierre qui surmonte le porche et le portail en fer forgé orné de rosaces, noir tout entier, mais aux poignées dorées. Une boutique d’antiquités, bijoux-brocante, à la devanture rouge, solde ses prix en rouge dans un immense placard jaune vif qui couvre le tiers de la vitrine. Au théâtre du Palais Royal, on joue Edmond, la nouvelle création d’Alexis Michalik. L’affiche collée sur la porte d’entrée représente un homme de profil sur fond bleu, un nez de caoutchouc attaché par une ficelle autour du crâne. Dans la vitrine, un lévrier de bronze sur un socle de marbre se solde 350 €. Au Stock Montparnasse, mercerie, on vend des boutons pression, des boucles de ceinture, du fil à broder, des aiguilles à tricoter, des bonnets et des pulls marins. À côté, l’hôtel trois étoiles Best western Le Montparnasse a son accueil sur le boulevard et l’homme en vitrine derrière le comptoir ouvre et referme le cahier des réservations. La maison du croque-monsieur est à céder 06 26 26 21 67. Derrière la vitrine désertée, sur une table haute, une branche de conifère remplit un petit pot de métal blanc. Un caoutchouc orne l’angle du resto et celui du n°39, séparé par une paroi de verre et de métal. Au 39, deux cornes d’abondance taillées dans la pierre encadrent un blason vierge. On monte trois escaliers jusqu’au portail de fer forgé. Un homme sac au dos, une boîte d’œufs dans une main, un paquet de mouchoirs dans l’autre tape le code et franchit la porte après l’avoir poussée du pied. Trois grands bacs de bois supportent des sapins et séparent le 39 du Bistrot du sud-ouest, à céder. Sur les marches en tôle galvanisée, une bouteille de champagne côtoie la Cuvée du Patron. Les deux sont vides. En ce samedi le Grand Optical solde à 50 % dans un espace quasi vide où les vitrines de lunettes se font face de part et d’autre d’une grande allée centrale. Casden banque populaire. Un Vespa recouvert d’une bâche noire stationne devant la vitrine. Au 43-45, la porte vitrée d’un jaune pisseux ouvre sur quarante-quatre appartements et deux cabinets d’avocats. Un petit resto miteux propose des pizzas à emporter. Au 47, une double porte à battants bleu canard et aux vitres grillagées épaule un pas de porte à vendre. Restaurant japonais Tokugawa, à la porte peinte en gris. Passe devant la vitrine noire un homme aux cheveux blancs. Un tricycle stationne sur le trottoir. Au 51… Le 51 au store écru sali, et devant, l’arrêt de bus « Place du 14 juin 1945 ». Tête à tête, un restaurant asiatique au 53. Sur la façade de l’immeuble de cinq étages, aux balcons de fer forgé, le nombre s’affiche en blanc dans un rectangle d’émail bleu au-dessus d’une entrée notariale au fronton orné d’un cordon de pierre. A droite, le Bistro Burger tout de gris souris, assorti au temps et à la pluie, puis une crêperie aux lettres dorées sur un fond bleu roi. Au 55 un porche s’élève jusqu’au premier étage. Ici il est interdit de stationner mais une voiture blanche stationne. A droite, Djerba, un café aux tables dressées dehors sous la pluie, aux chaises en plastique tressé, marron, sales. G 20, un petit supermarché. La Pizza Pino. Une agence de Caisse d’épargne, vieillotte, un portique bleu anglais. Le café 1900. Un hôtel trois étoiles, Terminus Montparnasse coincé entre le café et le bar de La Marine.
MARLEN SAUVAGE

du lieu public avec Bergougnioux

Un quai de gare par tous les temps, de septembre à juin, sauf pendant les vacances, trois ans durant, chaque lundi de l’année – où mon père me déposait tôt dans le jour à peine levé (après vingt-cinq minutes de trajet en voiture sur les petites routes de campagne avalées à cent trente kilomètres à l’heure à une époque où l’on ne connaissait pas les limitations de vitesse) après une nuit sans sommeil pour moi comme pour lui que je croisais dans le grand matin attablé dans la cuisine devant des pages de notes et de chiffres. Un quai de gare sombre l’hiver à six heures, où les pieds battent la semelle sur le bitume gris, où les rares silhouettes encapuchonnées, emmitouflées dans leurs écharpes prennent des allures inquiétantes à peine font-elles mine de se diriger vers vous, dans ce décor de béton hostile où vous semble-t-il personne ne lèvera le petit doigt pour vous sauver d’un drame. Étrangement la fumée d’une cigarette humée à distance réconfortait mon attente, du tabac brun à l’odeur familière, de la gauloise bleue, compagne de vie malgré nous. Un quai de gare éclairé par la vie qui se déroulait à l’intérieur du bâtiment, de lumières jaunes, de néons crus, de guichets s’ouvrant sur des employés économes de mots, au regard hagard, habité encore par les rêves de la nuit, le quai où furtivement mon père glissait dans ma main un billet de cinquante francs, sans un mot, avant de repartir vers son lieu de travail posté. Et là, égarée sur le quai ou à l’intérieur de la gare sous les néons violents qui fatiguaient les yeux, environnée des sons d’une journée débutante, avec les voix basses d’abord des voyageurs qui peu à peu traversaient l’espace du hall pour se planter devant les vitres – adultes en manteau, adolescents en blousons et en moufles (pourquoi seul le souvenir de l’hiver s’impose-t-il ?) – avec le froid glacial et les bouffées de mistral à l’ouverture des portes, derrière, devant ; le carrelage clair aux larges dalles, piétiné, sali les jours de pluie ou de neige ; avec le bourdonnement des voix qui enflait à l’annonce d’un train et au fur et à mesure que l’heure avançait, la semaine se hâtait vers moi, le hall se remplissait de monde, lieu d’allers et venues, de reconnaissances, de saluts, et l’on marchait côte à côte jusqu’au wagon où l’on s’installait le plus près de la vitre pour regarder défiler le paysage, se lever le jour définitivement sur la campagne puis les villes alentour jusqu’à notre terminus. Entre-temps peu de mots échangés, le silence du sommeil enveloppant le wagon de ce train omnibus, s’ouvraient les regards à chaque ouverture de porte pour se refermer aussitôt sur des paysages intérieurs, le mien entre des paupières lourdes tentant de s’ancrer quelque part dans le défilement des arbres, des poteaux, des champs, des maisons, des routes, des noms de gares traversées, lieu et temps du vide à soi, où ne rien penser, attente d’une semaine à vivre dans la promiscuité, les repas pris en commun, les prières collectives, les vexations pour un bouton manquant sur une blouse beige, l’internat honni, qui m’éloignait d’une vie familiale inconnue, inexistante, moi qui n’avais de souvenirs que de dortoirs, de sorties en rang par deux, de pommes jaunes au dessert. Le dernier sas avant le rituel de la rentrée chaque semaine, c’était cette porte en métal forgé qui donnait sur la rue de la Cécile, à emprunter seule, laissant aller devant ou derrière soi les compagnes croisées depuis la gare, jetant un œil sur les hauts arbres du square et les magnolias qui symbolisaient pour moi – avec leurs larges fleurs éphémères mais renouvelées chaque saison – la possibilité d’une vie pleinement épanouie entre ces murs prisons de nos âmes et doublement alors hors d’ici. Plus je passais la porte pourtant, plus l’inquiétude pesait et je ne savais plus s’il fallait se hâter de quitter cet endroit ou s’y cloîtrer en mesurant sa chance.

Marlen Sauvage

Quatrieme atelier d’écriture d’hiver mené par François Bon.

Carnet du jour (5)

imageNon, ce ne sera décidément pas un journal, ni la transcription de celui que je tiens dans ce carnet bleu « de Rome ». Ou alors un journal en différé. Écrirai-je jamais sur Rome ?, me demandai-je un 23 novembre 2016. « Le temps a passé depuis le 26 octobre 2013, comme à reculons, vers un désastre annoncé. (Quelle drôle d’idée… Sans doute pensais-je le désastre derrière moi, ou plutôt l’avais-je pressenti, aussi j’y retournais fatalement.) Je reprends le carnet bleu, il sent la moisissure d’avoir croupi ces trois années dans le tiroir d’une commode, dans une pièce non chauffée. Mais cette odeur me dit son attente, son désir de moi, de mes mots, et je fais le vœu de ne pas le lâcher, de me cramponner à ses pages blanches, puis ocre jaune, et de les noircir pour accomplir leur destin. Au dehors la tempête s’est levée dans la nuit, après le déluge de la pluie ces derniers jours qui a réveillé toutes les cascades au flanc des routes, gonflé les gardons, abreuvé les champs. La tempête s’est levée et, étrangement, le calme m’a envahie, installant avec lui la confiance en l’avenir quel qu’il soit.

(…)

Le 6 décembre 2016 – Il me sera impossible de transcrire ce qui précède dans ce carnet bleu, sur le blog. Trop intime et puis, qui cela intéresserait-il ? Je parlerai donc de Rome, uniquement de Rome, ville fantasmée plus qu’arpentée. En ce jour de migraine, alors que le temps est au beau, dehors dans le ciel placidement bleu les cimes des châtaigniers ne bronchent pas d’une branche, je construis dans ma tête le texte destiné à l’atelier de François Bon. Un lieu point virgule un lieu. Pour moi ce sera ça.

le 10 décembre – Trente ans de Ballet Bross’ ce soir à la Genette. Beaucoup d’énergie dans ces spectacles de danse. Les plus anciens ont ma préférence, serait-ce que je vieillis ? Ecriture minimaliste dans le travail des plus jeunes, voire pas d’écriture du tout. Revu avec bonheur quelques ami(e)s. Terminé la correction de la thèse sur le polar noir, de Amin. Mais c’était hier. Donc, je vieillis. D’ailleurs demain jour anniversaire. Le sanglier marine et je n’ai aucun humour pour aucun jeu de mots.

Le 13 décembre – Réveillée pour le haïku ! En flânant sur FB, traversée par les images d’un long rêve où de jeunes femmes dansaient en short noir (réminiscence du spectacle de Ballet Bross’ sans doute) et puis cette soirée où je me rendais avec une amie (impossible de la reconnaître pourtant), à pied, parce que je n’avais pas compris qu’il fallait prendre la voiture. Une histoire aussi de gâteau ou de confit que je n’avais pas goûté en raison d’un malentendu. Bref c’était le rêve du malentendu et de l’incompréhension qui n’engendrait aucun conflit, seulement la sensation de passer à côté de la plaque, à côté de l’essentiel. »

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Vases communicants de janvier

 

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Plage et lac d’Oka sous la neige de décembre

 

C’est avec grand plaisir que j’accueille ici Huê Lanlan dans cet échange de formes brèves sur le thème de la rencontre.
J’ai croisé Huê sur le net il y a plusieurs mois, découvert son écriture à travers le site des Cosaques des frontières d’abord, puis sur le sien propre http://rencontresimprobables.blogspot.fr/ où, me dit-elle, « c’est la proximité d’avec la vie de l’inconscient qui (la) fait écrire ».
Il s’agit donc d’une rencontre d’écriture, fictive, – certains diront « seulement » – pourtant l’authenticité d’une rencontre ne réside-t-elle pas aussi dans cette proximité qu’engendrent les mots, un texte, qui nous bouleverse tant il exprime notre plus intime ?

Merci à toi, Huê, d’avoir accepté cet échange quelques jours avant la date ultime de ces vases, et d’avoir choisi une de mes photos rapportées du Canada tout récemment.

H bien sûr est Huê, M est Marlen !

H : Chemin flocons
Oiseau alerte
Aimerais tes ailes

M : Vers le ciel regarde ! ~
Parmi les larmes de glace
Tu voles déjà

H : Entre calme et silence
Sillons dans la neige
Où vas-tu donc ?

M : Le sait-on jamais ? ~
A ta rencontre sans doute
Tous mes os me portent

H : Arbres si lourds
Silence si blanc
Attentif au vent

M : Le chant de l’hiver
Dans les branches cabriole ~
Murmure ton nom

H : Froidure brisure
De mots cristal
Au bout du chemin peut-être…

Huê Lanlan et Marlen Sauvage

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants: le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…
Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.“

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants tenu désormais par Marie-Noëlle Bertrand, vous retrouverez la liste des échanges de ce mois.

Les haïku du dernier mois

Pour Liliane

Avec tous mes souhaits vers vous tous pour une douce année 2017…

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Flottant comme une île
au-dessus d’une crème bleue
un nuage passe

Au soleil dormant
les courbes du paysage
jouent avec le ciel

Dans le matin bleu
l’œil se repose en paix ~
Sereine Nature

Claquement de mains
les nuages s’éparpillent ~
Qui commande au ciel ?

Toutes herbes folles
gravées dans le ciel du soir ~
Jeu à contre-jour

L’horizon au loin
enfante nuages roses
et cris des enfants

Paysage de brume ~
Dans la froideur bleue du soir
Seul le ruisseau chante

Dans un bain d’ouate
Les montages ont perdu pied ~
Ciel jeté à terre

Clarté du soleil ~
A travers un rideau flou
De brume… Des vaches

Branches dénudées
Journée d’automne à fêter
Soleil éclatant. Liberta Cunin (qui m’a offert ce haïku pour mon anniversaire !)

Nuages incendiés
Par un soleil blanc de zinc ~
Vision matinale

Avec ses pinceaux
la nature peint une toile
parfois sous nos yeux

Au loin le vieil homme
Part au-devant du soleil ~
La lumière en lui

Parler Rire Chanter ~
Quand les mots brûlent la gorge
Reste le stylo

Devant la fenêtre
Il dévore une galette ~
Et le paysage

En ciel comme en mer
Dans le sillon du bateau ~
Vagues de nuages

Dehors dans la brume ~
Le froid risque d’arriver
Plus vite qu’on ne pense

Orange horizon
De l’avion souligne l’aile ~
Sortie de sommeil

Prés verts. Canaux. Ciel
Ciel bas sur le plat pays ~
Écho d’une voix

Sous les semelles
Crissement de la neige ~
Bonheur de pionnier !

Par moins vingt degrés
Lac et plage de sable ~
La neige confond tout

Le ciel se déchire
Sur un paysage aimé ~
Qui le quitterait ?

Perché dans le ciel
Vertige sans importance ~
Tout paraît si vain

Cadeaux de noël ~
Yeux collés à la vitrine
Reve de gamin

Traces dans la neige
À qui appartiennent-elles ? ~
La mésange a fui

Au petit matin
plus aucun piétinement ~
Un silence blanc

A contre-soleil
Géométrique beauté
Des câbles ~ Ta voix

Face au lac gelé
Grand-père et petite-fille ~
Rêves engrangés

Paix Silence Joie ~
Au milieu du lac d’Oka
Glissent les mouettes

Dans le courant dru
L’hiver poursuit son chemin ~
Frémit l’an nouveau

Les haïku publiés ici chaque mois l’ont été individuellement chaque jour de l’année 2016 sur Twitter #haikuyear. Je faisais ainsi écho à Philippe Castelneau et j’ignorais en démarrant combien l’exercice serait difficile et contraignant ! Je suis contente de l’avoir fait et… d’en avoir terminé !

 

 

Carnet du jour (4) Au revoir, Eduard

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Ce fut une belle rencontre… Un cadeau pour ma dernière soirée ici, à Deux-Montagnes, dans la banlieue de Montréal. Nous étions partis à la nuit tombée jusqu’à une maison voisine partager le repas du soir. J’admirais les branchages lourds de neige sur le trajet, une neige épaisse et floconneuse, tombée tout le jour et qui nous valait ce soir-là de nous y enfoncer allègrement jusqu’aux mollets. Je détestais la neige jusqu’à ce premier bout d’hiver.

En chemin, les maisons s’allumaient de guirlandes colorées, et je me disais qu’aucun souvenir joyeux de Noelne venait me chercher. Je profitais à fond de mon regard d’enfant. Je marchais dans la neige, je n’attendais rien, et c’est arrivé !

Que je vous dise d’abord… On est attendu parfois sans le savoir… Personne au monde ne le devine mais il y a une surprise pour vous dans une maison inconnue ! Ma surprise avait les cheveux d’un noir de jais, de beaux yeux sombres rieurs, une bouche mutine, une voix enchanteresse, c’est un lutin je crois, tout droit sorti d’un conte de fées. Nous nous sommes plu tout de suite. Attirés comme deux aimants… Au cours de la soirée, il a passé son bras autour de mon cou, puis sa main dans mes cheveux, m’écoutant attentivement lire une histoire de loups…  Au moment d’aller se coucher, pour lui, il m’a demandé d’un petit air tranquille : « Tu veux dormir avec moi dans mon lit ? « . Je lui ai souri. En guise de réponse, il a supplié doucement : « J’ai deux oreillers. » Un petit moment de silence ou je retenais mon fou rire. « Et des couvertures aussi !  »

Eduard a quatre ans. C’est un adorable petit bonhomme. Ma rencontre du 29 décembre 2016. En partant dans les bras de son père, du haut des escaliers qui l’emmenaient vers sa chambre, il a crié par dessus son épaule : « On va se revoir ! ». Et j’ai senti mon cœur se serrer.

MS

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Du mouvement, mais sans verbe…

Cour herbeuse au printemps, sèche l’été, graviers sous la plante des pieds dans les chaussures ouvertes, enlevés du bout des doigts, perchée sur une jambe, bousculée par les bourrasques de mistral, à huit ou dix ans, qui gelait les joues l’hiver. Pompe à eau métallique au milieu de la cour, ou est-ce un souvenir trompeur ?, au col lisse à caresser en passant. La meule de pierre. Les roses trémières. A l’angle du portail, le figuier aux larges feuilles, délice des coccinelles, la chênaie, le pré vert, ensemencé de blé, de trèfle selon les années, jaune l’été, coquelicots lumineux, bleuets tendres, rouleaux de foin, ballots de paille. Le chemin de Mialouze, caillouteux, à la crête enherbée en son centre, chênes verts, genêts jaune d’or qui fouettaient les doigts, écureuils furtifs, chemin tampon entre la solitude de la maison et la route pour le village. Champ de melons ou de lavande. Figuier aux fruits rouges à voler par dessus le mur. La route. Le goudron. La ferme des Donnadieu. Les villas des années soixante. La route. La maison des C. Le stop à l’endroit de l’ancienne voie ferrée. Le Lauzon. Le virage à droite. Le fenouil sauvage dans les fossés. La chapelle saint Jean. La maison des H. Le croisement avec la grand-route pour Saint-Paul-Trois-Châteaux. La montée vers le village, les maisons de pierre aux toits de tuiles romaines, maisons mitoyennes, la place de la mairie, la mairie et son drapeau et ses grands escaliers, l’épicerie du père Masbeuf, la boulangerie, l’école, l’église, l’arrêt de bus, le café où jamais on ne mettait les pieds, le stade de foot, trop loin j’ai filé, retour en arrière, la patte d’oie avec la route pour Valréas et le collège, à gauche où conduisait-elle ?, le château de Montségur et les ruines où se perdre et se délecter de la légende de la princesse morte dans une oubliette.

Marlen Sauvage

Deuxième atelier d’écriture mené par François Bon, hiver 2016.

(je ne parviens pas à coller le lien vers le site de François Bon et ses ateliers. Allez sur le-tiers-livre et la rubrique ateliers thématiques je crois. Ordinateur en rade. J’utilise l’IPad et c’est pas gagné…)