Ecrire, par Chrystel C.

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« Ecrire jusqu’au bout de la nuit, jusqu’au bout du rouleau, jusqu’à plus soif, jusqu’à plus d’encre.
Ecrire pour graver dans le marbre, pour faire trace, ne jamais oublier.
Ecrire comme une nécessité, un besoin impérieux de poser les mots, là, sur le papier, qu’ils soient enfin lisibles et accessibles.
Ecrire pour partager, pour rassembler, pour dire, juste pour dire, tout dire.
Ecrire jusqu’à la blessure, jusqu’à user la peau des doigts.
Noircir la page résolument, revenir en arrière, barrer, gribouiller, reprendre, poursuivre.
De courbes en liaisons, d’arabesques en ruptures, écrire comme on jette sur la feuille, avec ardeur, le fruit de nos pensées.
Ecrire tout ce qu’on ne peut pas dire.
Ecrire pour dénoncer, témoigner, raconter.
Ecrire tout et n’importe quoi.
Ecrire comme ça vient, écrire comme on est, ce que l’on est et ce que l’on n’est pas.
Écrire, pourquoi ? Pour qui ? Pour rien, pour le plaisir.
Ecrire assis, en silence, le jour comme la nuit,
Ecrire partout où c’est possible,
Ecrire seule ou parmi vous, seule parmi vous,
Ecrire en confiance, écrire pour avoir confiance, se sentir exister,
Ecrire pour se retrouver, pour ne plus jamais se perdre,
Ecrire pour s’évader, pour fuir,
Ecrire pour lutter ou pour s’abandonner,
Écrire le ventre plein, pour se nourrir, sans jamais être rassasiée.
Écrire les gens, les lieux, l’histoire, décrire et se morfondre,
Se fondre dans les mots, se tordre dans les pages, écrire de douleur
Ecrire pour la douceur des mots, dans la fraîcheur du soir, la torpeur du moment.
Écrire dans sa tête en regardant au loin les lumières de la ville, la Lune rousse dans le ciel noir et deviner, tout au fond, la mer assoupie.
Écrire et ressentir, toucher la feuille, palper les mots, humer les phrases.
Ecrire en voyage, en colère, en avion,
Ecrire les autres puis écrire soi.
Ecrire comme on aime, passionnément, à la folie, à perdre haleine, sans tabou, sans limite, sans compter.”

Texte : Chrystel C., atelier d’écriture juillet 2017.
Photo : Marlen Sauvage [au moulin de Grattegals, juillet 2016]

 

 

Nombres

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Viennent les filles de Tselofehad
fils d’Héfer fils de Galaad fils de Makir fils de Manassé fils de Joseph des clans de Manassé
Mahla Noa Hogla Milka et Tirtsa sont leurs noms
Elles sont devant Moïse et Eléazar le prêtre. Elles sont devant les chefs et la communauté à l’entrée de la tente du rendez-vous
Elles disent
Notre père est mort dans le désert. Mais il ne faisait pas partie de la bande des conspirateurs contre Yhwh la bande de Qorah. Notre père est mort à cause de ses péchés et il n’avait pas de fils. Pourquoi retrancher le nom de notre père de son clan parce qu’il n’a pas de fils ? Donne-nous une propriété comme aux frères de notre père. Moïse porte l’affaire devant Yhwh
Yhwh parle à Moïse
Les filles de Tselofehad parlent vrai
Donne-leur un héritage comme aux frères de leur père
donne-leur la part de leur père
Dis aux Israélites
Si un homme meurt
s’il n’a pas de fils
sa fille hérite
s’il n’a pas de fille
ses frères
s’il n’a pas de frère
les frères de son père
si son père était sans frère
la chair la plus proche de lui hérite dans le clan
pour possession
prescription légale
ordonnée à Moïse
par Yhwh

La Bible (© 2001, Bayard)
Nb 27,1 – 27,11
Traduction de Marie Borel, Jacques Roubaud, Jean L’Hour

Photos : Alain Andrieux (Jordanie, 1993. Tirage papier numérisé) – Marlen Sauvage

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Cette bible dort sur mes étagères depuis qu’elle m’a été offerte. Parfois ouverte pour peu de temps, jamais lue intégralement. De cette version littéraire de la bible, dont la traduction de chaque livre a été confiée à un exégète et à un écrivain, j’extrais ce qui me « parle » le plus. Je le fais dans l’ordre établi des « livres » qui est celui de ma lecture. Ce choix très subjectif est contestable bien sûr, car j’ai décidé d’occulter le plus violent de ce « texte sacré » (tout au moins dans ce qui constitue l’Ancien Testament, ici appelé « Alliance »).

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dans le métro ce matin

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Cet homme longiligne sur le bord de la route, casquette sur la tête, lunettes de soleil, la bouche en cul de poule, serré contre le mur d’une maison, entre mur et route, trois tréteaux dans la main gauche et un sac dans la droite. La lumière de l’après-midi dans l’œil, tétanisé, face aux voitures qui abordent le virage, et la chaleur par-dessus.

Celui-ci devant la porte du supermarché, maigre, le visage buriné et scarifié, qui se lève à mon approche et me demande – quelques abricots si vous pouviez m’acheter quelques abricots j’adore ça – et se rassied sans attendre de réponse, mais les yeux levés vers moi, des yeux sombres, avec une lueur dans le fond, où brûle l’espoir d’un fruit.

Bar du duty free. Aéroport de Marseille. Il se dirige vers la porte 10. Coup d’œil sur le baby-foot sur sa droite. D’un coup d’épaule il jette son sac à dos par terre, redresse la table pour que glisse la boule, s’empare de deux tiges, hèle un compagnon qui le suit et l’entraîne dans un match de quelques minutes, concentre. Perd dans un éclat de rire.

 

Texte et photo : Marlen Sauvage
(photo Aéroport de Roissy, 2017)

Ecrit pour l’atelier d’été de François Bon, cru 2017. Tout est ici.

Ecrire

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Écrire en tension attraper la pensée
qui fuit déjà la saisir
et la perdre
Le cap sur l’idée
et d’essais en tourments le perdre à son tour
égarer le sextant croire à la perte momentanée éphémère
Avancer feutré obstinément accroché
à ses sensations ses émotions enfouies
mais où
Contourner l’obstacle lâcher l’affaire
se lever boire un verre se noyer
en apnée voir le mot me narguer
Écrire dans l’éblouissement grâce d’un moment rare
Se relire des années plus tard
ne pas retrouver celle que l’on était alors
Écrire de joie à tue-tête dans l’ascension d’un causse
Et de frustration dans l’absence et la nuit
Dans la solitude perverse qui inquiète
et réclame
Écrire entre
Entre les tiges de Nigel de Damas
entre les branches torturées d’un cèdre
entre les pierres d’un mur non jointoyé
À rebours défier le temps la mémoire
l’âme noire
Oser le grand bond revenir en arrière
Croiser ses morts et les entendre

Texte et photo : Marlen Sauvage
(Photo 2013, balade écriture en Cévennes)

Ce système de correction autographique est insupportable, qui me propose « nivelle » (de Damas) !!!

Lévitique

 

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Ne volez pas
ne mentez pas
ne vous trompez pas les uns les autres
Ne jurez pas un faux serment sur mon nom
ce serait profaner mon nom de Dieu
Je suis Yhwh
N’exploite pas ton prochain
ne le spolie pas
ne garde pas la paie de l’ouvrier une seule nuit
Ne maudis pas le sourd
n’entrave pas la marche de l’aveugle
crains ton Dieu
Je suis Yhwh
Si tu juges ne sois pas injuste
ne favorise pas les moins que rien
ne te courbe pas devant les grands
juge les tiens avec justice
Ne répands pas de calomnies contre les tiens
ne risque pas le sang d’un proche par ton témoignage
Je suis Yhwh
Ne trahis pas ton frère délibérément
avec ton compatriote ne te soucie que du droit
ne te mets pas en faute envers lui
Renonce à la vengeance
sois sans rancune envers les fils de ton peuple
aime ton proche comme toi-même
Je suis Yhwh

La Bible (© 2001, Bayard)
Lv 19,11 – 19,18
Traduction de Marie Borel, Jacques Roubaud, Jean L’Hour

Photos : Alain Andrieux (Jordanie, 1993. Tirage papier numérisé) – Marlen Sauvage

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Cette bible dort sur mes étagères depuis qu’elle m’a été offerte. Parfois ouverte pour peu de temps, jamais lue intégralement. De cette version littéraire de la bible, dont la traduction de chaque livre a été confiée à un exégète et à un écrivain, j’extrais ce qui me « parle » le plus. Je le fais dans l’ordre établi des « livres » qui est celui de ma lecture. Ce choix très subjectif est contestable bien sûr, car j’ai décidé d’occulter le plus violent de ce « texte sacré » (tout au moins dans ce qui constitue l’Ancien Testament, ici appelé « Alliance »).

marlen-sauvage-bible

 

Canicule

marlen-sauvage-Sidi

12 juillet – nuit

Particules de poussière brûlée
dans la nuit caniculaire

Loin du sommeil traverser les heures

Plusieurs fois sous la douche froide
goûter l’eau sur le crâne et le corps
le répit dure si peu

Dans le vacarme du ventilateur
la chaleur s’empare des filets de fraîcheur

Cette odeur encore
comme si un grand feu brûlait le dehors
tandis que résonne le chant du coq

Cinq heures
heure des moustiques

Dans le jour qui se lève
une meute de chiens aboie

Texte et photo : Marlen Sauvage

Exode

 

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« N’élève pas de fausse rumeur. Ne prends pas le parti du coupable par un faux témoignage. Tu ne suivras pas la foule pour faire le mal, tu ne répondras pas dans un procès pour dévier la justice en suivant la foule, et tu ne favoriseras pas un faible dans son procès.
Quand tu tombes sur le bœuf de ton ennemi ou son âne perdu, tu les lui retourneras. Quand tu vois l’âne de ton ennemi tomber sous sa charge, ne le laisse pas seul avec lui, libère-le avec lui.
Tu ne feras pas dévier le droit d’un pauvre dans son procès. Tiens-toi loin du mensonge, et l’innocent et le juste tu ne les tueras pas, parce que je n’acquitterai pas le coupable. Et les pots-de-vin tu ne les prendras pas, parce que le pot-de-vin aveugle le clairvoyant et ruine la cause du juste.
L’étranger tu ne l’opprimeras pas : et vous, vous connaissez l’âme de l’étranger, parce que vous avez été étrangers au pays d’Egypte. »

La Bible (© 2001, Bayard)
Ex 23,1 – 23,9
Traduction de François Bon

Photos : Alain Andrieux (Jordanie, 1993. Tirage papier numérisé) – Marlen Sauvage

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Cette bible dort sur mes étagères depuis qu’elle m’a été offerte. Parfois ouverte pour peu de temps, jamais lue intégralement. De cette version littéraire de la bible, dont la traduction de chaque livre a été confiée à un exégète et à un écrivain, j’extrais ce qui me « parle » le plus. Je le fais dans l’ordre établi des « livres » qui est celui de ma lecture. Ce choix très subjectif est contestable bien sûr, car j’ai décidé d’occulter le plus violent de ce « texte sacré » (tout au moins dans ce qui constitue l’Ancien Testament, ici appelé « Alliance »).

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