Variations et vibrations : le manque

J’aime ses mots, ses images, son univers… Je publie ici avec son accord textes et photos de Marie-Christine Grimard publiés sur son site le 19 mars dernier. Merci encore à toi, Chris !

 

« On peut donner bien des choses à ceux que l’on aime. Des paroles, un repos, du plaisir.

Tu m’as donné le plus précieux de tout: le manque.

Il m’était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais tu me manquais encore.

Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour.

Tu as cassé les vitres et depuis l’air s’y engouffre, le glacé, le brûlant, et toutes sortes de clartés. »

Christian Bobin

(La plus que vive)

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Le manque. Le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à ceux que l’on aime. L’occasion de se poser et de penser à l’autre.
L’occasion de penser à soi. De faire silence pour écouter vibrer son âme dans la fraîcheur du petit matin.

D’oublier le vacarme et la fureur pour se recentrer sur l’essentiel.

Quelle est cette quête permanente, ces besoins perpétuellement insatisfaits ? Pourquoi et de quoi le monde est-il insatiable ?

Quel est ce besoin d’exister seulement dans le regard des autres ?

Quel est ce besoin d’écraser l’autre pour mieux exister ?

Toujours plus haut, toujours plus fort.

Toujours plus vite.

Moi d’abord ! Il me faut tout, tout de suite ! Regardez-moi ! Répondez-moi !

Réagir plus vite que son ombre, répondre à toutes les sollicitations si possible sans réfléchir, à l’instinct, sur l’instant. Dans l’urgence permanente.

Être sur tous les fronts, de toutes les urgences, de tous les combats, suivre toutes les modes ou mieux les précéder, les initier ! S’acharner sur la dernière trouvaille médiatique et hurler avec les loups sans se poser de question, du moment qu’on est dans l’air du temps. Ne plus voir que l’on est manipulé, que l’on n’est qu’une marionnette parmi d’autres.

Donner de soi l’image qui vous flatte, se regarder dans le miroir de ses propres « selfies », exister seulement dans le portrait que l’autre se fait de vous. Etre tel que l’on vous imagine. Ressembler à ses « tweets » ou finir par croire que l’image que l’on dessine du bout des doigts, est plus vraie que nature.

Oublier qui l’on est derrière l’image que l’on donne de soi.

Se perdre dans l’illusion d’un monde factice.

Se suivre à la trace. Laisser ses empreintes partout pour avoir l’illusion de vivre.

Il est temps de couper les ficelles de la marionnette. Il est temps d’être de nouveau.

Je veux exister pour ce que je suis, et non pour ce que l’on imagine de moi. Je veux laisser le temps au temps qui me porte. Je veux être imparfaite et différente, rebelle et libre  de mes choix. Je veux assumer mes erreurs et mes succès, tranquillement, et m’appuyer sur eux pour aller plus loin sur le chemin de ma vie.

Je veux apprendre chaque jour quelque chose de quelqu’un. Je veux être utile chaque jour pour quelqu’un. Je veux m’oublier pour l’aider. Je veux donner plutôt que prendre. Je veux aimer chaque jour de ma vie et pouvoir en sourire chaque nuit.

Je veux avoir le temps d’exister, sentir le soleil glisser sur mon visage et la vie couler sur ma peau. Je veux croiser ton regard et goûter à ton souffle. Je veux entendre battre ton cœur dans le silence de la nuit. Je veux caresser ton regard et le laisser m’envelopper de sa douceur.

Je veux qu’aux petits matins frais, la vie qui me saute au visage soit chaque jour un nouvel enchantement.

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Message d’espoir

marlen-sauvage-Lecomte

« Trois sources complémentaires d’inspiration forment le socle conceptuel de cet ouvrage :

  • la psychologie positive, qui étudie les conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions ;
  • le convivialisme, nouvelle philosophie politique, qui considère qu’une politique légitime devrait reposer sur les quatre principes de commune humanité, de commune socialité, d’individuation et d’opposition maîtrisée ;
  • une vision optimiste de l’être humain, selon laquelle il existe en toute personne une aptitude à la bonté, qui peut s’épanouir ou s’étioler en fonction de ses choix personnels et de son milieu social. Certaines conditions peuvent faire émerger le meilleur de l’être humain, d’autres le pire. 

    Or pour faire émerger le meilleur, la confiance et l’espérance sont indispensables. Ce dont le monde a le plus grand besoin aujourd’hui, c’est de messages d’espoir réaliste, qui nous montrent qu’un monde meilleur est possible et que chacun de nous peut y contribuer. »

    Jacques Lecomte,
    Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez !
    Editions Les Arènes

    Jacques Lecomte est l’auteur de plusieurs essais dont La Bonté humaine, Altruisme, empathie, générosité (Odile Jacob, Grand prix Moron de l’Académie française) et Les Entreprises humanistes. Il  est aussi président d’honneur de l’Association française de psychologie positive.

 

Carnet du jour (12)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

1er mars. Parce que le temps passe trop vite… mardi 28 février, lundi 27, dimanche 26, samedi 25, vendredi 24, jeudi 23. A rebours, comme la proposition d’écriture… de… François Bon ? Etudiée chez Bing il y a… 18 ans !

Aujourd’hui, atelier à Mende et toujours plus de 10 participants. Je reste émerveillée par ce que les uns et les autres produisent dans une simplicité et une sincérité bouleversantes. Sans chichis, sans grandes envolées réflexives, chacun s’empare à sa façon avec son cœur et sa personnalité de ce que je propose. L’un y va de sa chanson, l’autre de sa prose poétique, et celui qui décrète n’avoir rien écrit se décide pendant la lecture des autres à embarquer pour une de ses remarques de bon sens, étayée, lui qui ne savait pas écrire il y a trois ou quatre ans… J’aime ce groupe.

Virée au Mazel Escassier pour récupérer Baloo en garde depuis hier matin. Maurice est mort et P. est allé rejoindre E. Tristesse, et j’ai appelé B. pour passer le week-end chez elle. Un carton ou deux.

Lundi, repos, passé la journée à lire et écrire.

Partie vendredi chez P. et T. Revu avec plaisir Marius, Angèle et la belle Yseult. Coiffeur ce jour-là. Retour dimanche en fin d’après-midi. Je pense à ce que je vais proposer pour les Cosaques. Bio de P. que je m’obligerais ainsi à poursuivre ? Nouvelles remaniées écrites il y a des années ? Portraits de femmes (Marinette ?) ou de personnes issues de ma généalogie à partir de ce que Tournier disait de la ressemblance des visages avec le monde dans lequel ils vivent ? Je vais tout proposer à Jan !

Jeudi 23, première visite, qui n’aura pas de suite. 
Et hier, regardé petit film sur Daphné du Maurier. Quelle vie ! Quelle personnalité ! Quelle sensibilité ! Ce soir My Sweet Pepperland, un moment de vie entre Turquie, Iran et Irak, avec l’histoire de ces femmes kurdes qui combattent pour leur liberté face à des hommes arriérés et une société hypocrite, tout comme le fait Baran, le sensible commandant du commissariat nommé dans ce bout du monde où il rencontre la belle institutrice dont j’ai déjà oublié le nom (Govend ?). Vu aussi ces jours derniers une docufiction en 3 parties sur Charlemagne et découvert que Paderborn était sa résidence ! Ce qui me rappelle que CM m’a proposé d’animer des ateliers en Allemagne en mai… J’ai dit oui…

Une histoire de neige

marlen-sauvage-aiken

« Ça n’avait peut-être pas été le deuxième ni le troisième matin – ni même le quatrième ou le cinquième. Comment pouvait-il en être sûr ? Comment être sûr du moment exact où la délicieuse progression était devenue nette ? Du moment exact où elle avait réellement commencé ? Les intervalles n’étaient pas très précis… Tout ce qu’il savait, c’est qu’à un moment ou un autre – peut-être le deuxième jour, peut-être le sixième – il avait remarqué que la présence de la neige était un peu plus insistante, son bruit plus clair ; et, inversement, le bruit des pas du facteur plus indistinct. Non seulement ne les entendit-il pas au coin de la rue, il ne les entendit même pas à la première maison. Il les entendit au-dessous de la première maison ; et quelques jours plus tard, au-dessous de la deuxième, et encore quelques jours après, au-dessous de la troisième. Graduellement, graduellement, la neige devenait plus lourde, son bouillonnement plus sonore, les pavés de plus en plus emmitouflés. Quand chaque matin, après le rituel de l’écoute, il trouvait en allant à la fenêtre les toits et les pavés aussi nus que jamais, cela ne faisait aucune différence. Ce n’était après tout que ce à quoi il s’était attendu. C’est même ce qui lui plaisait, sa récompense : la chose était à lui, n’appartenait à personne d’autre. »

Conrad Aiken,
Neige silencieuse, neige secrète, éditions La Barque

Carnet du jour (11)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mercredi 8 février
De retour d’un long week-end à Aubres et Avignon. Et toujours pas repartie à Rome… Les oliviers des Baronnies valent ceux de partout ailleurs. Week-end sans repos puisqu’en formation mais pour le plaisir et la connaissance des autres. J’ai laissé filer la semaine dernière, chargée d’ateliers, et de ce beau projet de Caravane avec Quoi de 9 et le Gem de Florac. Retrouvé Sophie pour cette aventure collective. Aujourd’hui sera journée d’écriture, une maison attend de connaître son secret. Le soir sur Youtube, écouté Ricœur et Bachelard.
« Le même souvenir sort de toutes les fontaines », disait ce dernier, justement.
Long coup de fil de P., bonheur d’échanger sur l’actualité (dont je ne me repais pas pourtant, c’est le moins que l’on puisse dire), sur son métier de professeur, elle si engagée, si intelligente, si audacieuse dans ses propositions… et courageuse finalement.

Ce soir du 9 février, je me réjouis ! De quoi donc ? Je ne sais mais j’ai le cœur en joie. Peut-être parce que je viens de terminer de préparer l’atelier de demain… 1h30 de transcription de textes et autant ce matin pour imaginer des propositions qui pourront coller aussi avec le projet plastique. Rangé mon bureau, autre occasion de me réjouir. [Des petits bonheurs qui ne me coûtent que l’effort du rangement… un bonheur qui coûte, il va falloir que je réfléchisse à ça ! me dis-je en transcrivant ce journal] Réunioné trois heures durant pour la préparation du prochain festival [du livre]. Signé le nouveau contrat de mission et envoyé mes colis à S. Papoté avec A. ce matin, répondu aux mails, tweets, messages FB. Comme l’impression qu’il n’y a que l’activité qui me convienne en ce moment.

Dimanche 12 février. Aujourd’hui anniversaire de C. Hier c’était celui de ma fille chérie. Je ne peux me faire à l’âge de ces deux-là… Repensé à la discussion avec K. hier et à ses mises en garde. Dormi l’après-midi, pour noyer ma fatigue et ma lassitude.

Mardi 14 février. Moral en bas mais aujourd’hui est un jour faste. Versé quelques larmes en contrecoup au merveilleux film de Beineix, 37,2 °C le matin, que je n’avais jamais vu et dont l’héroïne m’a bouleversée (jamais lu le buquin de Djian non plus). Superbe Béatrice Dalle qui en avait dans les tripes… Quelle beauté, quel jeu. Sa folie me parle et j’ai pensé qu’avec les années tout de même je m’étais calmée. Bon, je ne me suis jamais non plus arraché un œil… Mais quelle sensibilité à fleur de peau, quelle écorchée vive, et je prends conscience qu’un homme a imaginé cette fille-là ! Il a dû la connaître, impossible autrement !
Comme un baume sur mes états d’âme, un cœur percé par Cupidon… Il ne tient qu’à soi d’accepter les cadeaux pour ce qu’ils sont. Aujourd’hui aussi, vu 4 épisodes de Belphégor, après avoir écouté Gréco sur le net. Je ne connaîtrai sans doute jamais la fin, ça a trop vieilli. Quand je pense que nous nous étions pris une rouste pour avoir tenté d’écouter le feuilleton derrière la porte ! Nous devions avoir 6 ou 7 ans ! Avant-hier et hier, c’est Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli qui m’avait bouleversée. J’ai pensé fort à S. qui ressemble tellement, je trouve, à ce Christ. Robert Powell… S. ne serait sans doute pas d’accord, d’ailleurs il n’en a pas les yeux. Les siens sont mordorés, bien aussi troublants d’ailleurs.

Le 18 février, samedi d’atelier autobio, avec 8 participants, des larmes et de belles discussions, dans ce lieu magique face à l’Aigoual, à la Rouvière, chez A. Fait la connaissance de A. sculpteur, randonneur, peintre, amoureux de la Nature. Quel bel homme à pleurer… que pleure A. toujours… Cet après-midi rangement, nettoyage par le vide. Hier vendredi belle journée ensoleillée, la première depuis plusieurs jours après pluie et froid, et brouillard, où j’en ai profité pour une balade jusqu’à Gardies, accompagnée par les chiens de N., méditation face aux montagnes, au sud, face au soleil. Grand bonheur et sérénité. Visite à E. qui a ses petites-filles craquantes près d’elle. Invitation à dîner avec T. et T. (quel merveilleux jeune homme que ce garçon de 12 ans, quelques mois de moins que Justin. Un amour aussi, mais brun aux yeux marron…) J’ai terminé de lire Thriller de je ne sais plus quel auteur anglo-saxon. Des fous rires souvent. Ecrit et finalisé le secret de la septième maison. J’ai terminé par la Crêpière… Proposer autre chose à Jan maintenant…

21 février. Rentrée ce soir de l’atelier du mardi soir sous une avalanche d’étoiles plantées dans un ciel pur. C’est cela aussi que j’étais venue chercher ici. 
Atelier d’un dynamisme rarement égalé… et d’une joie de vivre ! Avons-nous jamais autant ri ? Une enfant malicieuse dans chacune de ces femmes et de bons fous rires à pleurer. Quel bonheur ! Me souvenir plus tard combien cet atelier m’a réconciliée avec le quotidien, quand je sais tout ce qu’abritent ces vies derrière leurs visages joyeux.
Déjeuner sous le soleil du début d’après-midi chaud et doux. Passé ce matin au village pour déposer des bricoles. Commencé Montedidio prêté par C. et T. Superbe écriture de De Luca comme toujours. Je cherche une idée de structure pour la bio de P. et cette option fragmentaire me plaît tellement… Le talent de Erri de Luca tout de même… A. me dit ce matin que sa journée serait belle et ensoleillée comme moi. Quelle chance j’ai !

22 février. Journée ensoleillée et jardinage intense, taille des rosiers, de la vigne, la passiflore, nettoyage des parterres, sorti les plantes en pot. Depuis 2 ou 3 jours, je déjeune dehors, médite à l’écoute des oiseaux, leurs chants sont si différents, et depuis que je sais comment ils les apprennent, mon écoute est remplie d’émotion. Ce soir un couple de mésanges charbonnières faisait la navette entre le mirabellier et la glycine. J’avais l’impression qu’ils lorgnaient le pigeonnier, se demandant s’ils ne pourraient pas le squatter ! 
Nouvel aller-retour à SC. En raison des travaux, j’y ai laissé les baguettes de protection de la portière droite… et la pierre a rayé tout le bas de caisse… Rangement de la paperasserie, tri des dizaines de cahiers sur les rayonnages, et des ateliers « volants » qui ont retrouvé leurs classeurs. Ereintée et dans mon lit avant l’heure après une douche salvatrice. Décidé de lire Montedidio au calme, demain il fera jour.