Florac/Gabriel – Photo d’ado

La photo est minuscule, jaunie sur les bords en forme de vagues, un noir et blanc
que je qualifierais plutôt de gris sépia. Quel âge avais-je ? Douze, treize ans voire quatorze, de toute façon j’en faisais dix, non j’exagère toujours ce complexe d’antan.
Je souris. Ma tenue est surprenante pour un gamin de cet âge, à cette époque-là,
une chemise blanche, une cravate sombre, un pantalon de costume, costume qui me fut offert lors d’un baptême qui arriva tardivement, à dix ans je crois !

Non parce que j’étais débordé par la foi, mais la promesse de cette tenue assortie
d’un chapeau en cuir imitation « Humphrey Bogart » m’avait fait franchir le pas :
et si on me baptisait ? J’avais dû réussir à l’époque à convaincre ma mère un tant soit peu « grenouille de bénitier », à la pousser dans sa culpabilité judéo-chrétienne afin qu’elle eût à réparer une procédure somme toute classique à cette époque.

J’avais ôté la veste, posais de profil et devais je suppose esquisser un pas de twist. L’américanisation de la variété française déferlait sur les ondes, le transistor faisait fureur sur les plages et le pick-up, visible à l’arrière plan, mangeait nos 45 tours avec un appétit d’ogre. Se souvient-il cet ado à peine pubère le bourre-mou que nous imposaient nos parents, nos « vieux » comme on disait. Verchuren, Aimable et Maurice Chevalier tenaient la corde, Trenet le zazou était jugé trop « bizarre », et Jean Sablon passait pour « moderne », c’est vous dire ! Loin de vous lire le catalogue des préjugés proférés à l’égard d’artistes devenus des icônes aujourd’hui, je préfère laisser là l’album figé d’une France gaullo-pompidolienne coincée du bulbe, et pas que du bulbe !

Mais revenons à la photo, l’une des seules que je connaisse me concernant. J’étais chez un voisin, et nous faisions une boum, que dis-je, une surprise-partie !

Quel enthousiasme mon garçon, quelle joie de vivre clairement affichée mais pourquoi, toi dont tu dis que la vie fut si terne jusqu’à à l’âge de ton certif ! Et pourtant, pourtant, je n’aime que toi : « Et pourtant… pourtant » !

Non chers amis, ce n’était ni Aznav ni Jauni (c’est bien fait, fallait frotter plus fort ! )
que je tenais dans mes mains écartées, les bras en croix. Non, c’était, c’était Eddie
et Gene, entendez Eddie Cochran et Gene Vincent Bi bop a lula she’s my baby !

Oui, lecteurs et auditeurs souvenez-vous parmi les Dieux du rock, ceux-là avaient
une place de choix dans notre Panthéon, mes amis, et je ne pouvais les départager !
Et pourtant, et pourtant, je ne comprenais pas l’anglais, mais cette musique me transformait, me disait autre, l’étranger, venu d’ailleurs, dans une langue éructive
que je méconnaissais. Oubliés le temps d’un après-midi les ringards, les bals musettes, (plus tard j’y suis revenu).

« Que reste-t-il de nos amours, baisers volés et billets doux », une photo de ma jeunesse…

Gabriel Fallet, atelier de Florac, 2011.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s