Carnet des jours – Journal du confinement #18

Photo : Marlen Sauvage

Pas de réflexion sur la situation, inutile. Il suffit de lire l’article de Mediapart, daté du 2 avril intitulé Masques : Les preuves d’un mensonge d’Etat pour que la colère (re)monte.
Pas de sortie aujourd’hui.
Des exercices de taïchi dans la matinée, en vidéo, pendant 40 minutes. Plus de jambes après.
Deux coups de fil d’une heure chacun. Ma fille à La Réunion me raconte que son petit garçon de 7 ans, en CE1, a deux heures et demie de cours par jour, selon l’évaluation de l’institutrice. Le plus petit, 5 ans bientôt, a lui aussi du travail (collages, dessins, calcul…), soit une heure environ chaque jour. Mais comme Julie ne peut pas les faire travailler en même temps, et que cela lui demande de l’énergie car les mômes ne sont pas forcément disposés à étudier, c’est plus qu’une matinée ou une après-midi à leur consacrer pour leurs devoirs. J’ai relayé sur Facebook le message d’une prof à propos de ces cours que le corps enseignant envoie pour « se donner bonne conscience » (en fin de ce billet). Et celui d’une autre maman dont la petite fille de 5 ans s’éclate avec une mallette de jeux éducatifs…

Je reçois ce poème d’Edmond Rostand, alors que je visionne aujourd’hui le film d’Alexis Michalik, Edmond. Pure coïncidence comme je les aime. C’est désuet et doux, réconfortant !

Le Souvenir Vague
Nous étions ce soir là sous un chêne superbe,
(Un chêne qui n’était peut-être qu’un tilleul)
Et j’avais pour me mettre à vos genoux dans l’herbe
Laissé mon rocking-chair se balancer tout seul.
Blonde comme on ne l’est que dans les magazines,
Vous imprimiez au vôtre un rythme de canot,
Un bouvreuil sifflotait dans les branches voisines
(Un bouvreuil qui n’était peut-être qu’un linot).
D’un orchestre lointain arrivait une andante
(Andante qui n’était peut-être qu’un flonflon)
Et le grand geste vert d’une branche pendante
Semblait dans l’air du soir jouer du violon.
Tout le ciel n’était qu’une large chamarre,
Et l’on voyait au loin dans l’or clair d’un étang
(D’un étang qui n’était peut-être qu’une mare)
Des reflets d’arbres bleus descendre en tremblotant.
Et tandis qu’un espoir ouvrait en moi des ailes
(Un espoir qui n’était peut-être qu’un désir),
Votre balancement m’éventait de dentelles
Que mes doigts au passage essayaient de saisir.
Sur le nombre de plis de vos volants de gaze,
Je faisais des calculs infinitésimaux,
Et languissants, distraits, nous échangions des phrases
(Des phrases qui n’étaient peut-être que des mots).
Votre chapeau de paille agitait sa guirlande
Et votre col, d’un point de Gênes merveilleux,
(De Gênes qui n’était peut-être que d’Irlande)
Se soulevait parfois jusqu’à voiler vos yeux.
Noir comme un gros pâté sur la marge d’un texte
Tomba sur votre robe un insecte, et la peur,
(une peur qui n’était peut-être qu’un prétexte)
Vous jeta contre moi. Cher insecte grimpeur !
Un frêle rameau sec levait sur le ciel pâle,
Ainsi que pour vous mettre en garde un doigt crochu;
Le soir vint. Vous croisiez sur votre gorge un châle,
(Un châle qui n’était peut-être qu’un fichu).
L’aube nous fit glisser aux pires confidences,
Et dans votre grand oeil plus tendre et plus hagard
J’apercevais une âme aux profondes nuances,
(Une âme qui n’était peut-être qu’un regard).
Edmond Rostand (1868-1915)

Pour rire un peu :
Un pingouin rend visite aux autres animaux dans un aquarium, à Chicago. (merci Runglaz !)

A lire :
Le journal de Londres, de Philippe Castelneau, sur son blog Rien que du bruit.

Pour jouer !
Le jeu du loup-garou, version numérique (je n’ai pas testé !)

École a la maison
MESSAGE D’UNE PROF 

« Je suis parent, je suis professeur dans une école.
mais je dis STOP 
C’est quoi cet acharnement des écoles sur les enfants ???
Quel est l’objectif ?
Les écœurer ? 
C’est réussi 
Leur mettre la pression dans une période déjà stressante ? 
Bravo encore !
Les occuper ? 
Il y a d’autres façons de le faire. 
Profitons de cette période pour les ouvrir sur d’autres choses, développer d’autres compétences, apprendre autrement et d’autres savoirs…
Nous sommes en train de balancer des exercices à n’en plus finir pour se donner bonne conscience !
C’est indigeste pour les élèves, pour les parents qui même s’ils sont demandeurs pour le moment vont vite comprendre leur douleur, pour les profs qui ne sont pas habitués à ces méthodes et ont souvent eux aussi des enfants à la maison !
Je vois défiler des exercices et des sites à n’en plus finir 
Si au collège et lycée cela peut se comprendre (et encore) au primaire c’est contre productif !!!
Avant tout les élèves ne sont pas autonomes, ils ont besoin de leurs parents qui ne peuvent pas s’improviser professeurs sur souvent plusieurs niveaux (on le répète suffisamment en temps normal) et sont pour la plupart en télé travail ( perso je vois moins mon mari que d’habitude) et n’ont donc pas le temps de les aider.
Ensuite tout le monde n’est pas équipé pour s’adapter à cette continuité pédagogique !
Combien d’ordinateurs et d’imprimantes faut-il pour 4 enfants ???
Combien de pièces faut-il pour que chacun suive sa visio ?
Chacun a besoin de s’isoler, de calme, de pouvoir entendre, d’utiliser l’ordinateur ou l’iPad, d’être aidé … c’est du grand n’importe quoi !
Au risque de choquer certains je ne pense pas qu’il soit dramatique de lever un peu le pied, leur vie ne sera pas fichue !!!
Gardons le contact, rassurons les, proposons d’autres choses 
De plus je ne conçois pas l’enseignement avec un enchaînement d’exercices et du bachotage. 
Les élèves ne vont rien construire ni retenir, c’est absurde !!
Une séance d’apprentissages se fait grâce aux échanges avec les élèves, aux interactions, l’époque du frontal est révolue.
Or c’est compliqué d’y parvenir en cette situation sanitaire.
Donc balancer une leçon toute faite suivie d’exercices d’application puis de réinvestissement je suis contre !
Faire avec les moyens du bord ne veut pas dire faire n’importe quoi !
Je ne suis pas convaincue d’avoir des idées incroyables mais je suis convaincue que je ne rentrerai pas dans ce système.
Faisons grandir nos élèves, ne les étouffons pas. »

MS

3 commentaires sur “Carnet des jours – Journal du confinement #18

  1. @Dominique Hasselmann Merci de votre réflexion toujours éclairée… et oui, les grands de ce monde vivent dans un monde différent du nôtre…

  2. À propos de Blanquer (sans parler du bac, des vacances supprimées, des profs éreintés, etc.), ce ministre ex-sarkozyste ignore sans doute la « fracture numérique » qui parcourt encore la France : il devrait en parler au spécialiste du gouvernement, le dénommé Monsieur O.

    La pandémie met en lumière crue l’anomie qui règne là où siègent les pontes « éducationnels » (rue de Grenelle à Paris). 😉

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